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Mauritanie: atelier régional sur la liberté de la presse alors que les médias mauritaniens agonisent

Mise à jour le 16/01/2018 à 18h27 Publié le 16/01/2018 à 16h57 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Médias
liberté de la presse

#Mauritanie : Nouakchott abrite un atelier régional sur la liberté de la presse et la déontologie avec la participation de plusieurs dizaines d'acteurs venus des pays arabes et d'Afrique. Cette rencontre intervient au moment où la presse locale vit une situation dramatique.

Plusieurs dizaines de professionnels des médias venus du monde arabe et d’une dizaine de pays d’Afrique sont réunis à Nouakchott les 15 et 16 janvier dans le cadre d’un atelier régional sur la liberté de la presse et la déontologie.

Les participants à cette rencontre sont venus d’Arabie Saoudite, du Maroc, mais aussi du Sénégal, du Mali, de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Gabon. 

Cette manifestation est organisée par le gouvernement mauritanien, en collaboration avec l’Union des radiodiffusions islamiques (URDI) et l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et la science (ALECSO).

Expliquant l’objectif de ce forum, Hawa Cheikh Sidya Tandia, ministre chargée des relations avec le parlement et la société civile, a rappelé le contexte géopolitique sous régional, marqué par «une forte menace d’instabilité» imputable à l’expansion de courants idéologiques extrémistes.


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Ainsi, la rencontre de Nouakchott offre l’occasion «d’un échange approfondi sur l’expérience des uns et des autres au sujet de la liberté de la presse, de son corollaire, l’obligation de respect des règles de déontologie», qui permettrait d’éviter les dérives, la course aux scoops à l’origine des fausses news, avec des risques de trouble à l’ordre et à la tranquillité publique.

Pour sa part, le directeur de l’Union des Radiodiffusions Islamiques, Ahmed Salem Ould Bouka, a indiqué que le choix de Nouakchott pour abriter cette rencontre est justifié par l’expérience de la Mauritanie dans le domaine de la liberté de la presse.

Cet atelier va servir «d’espace d’échanges sur les moyens de promotion de la liberté de la presse dans le respect des règles de déontologie et de la loi». Mr Ould Bouka a par la suite rappelé que les principes de liberté d’opinion et la presse ont été définis et clairement posés par les préceptes de l’Islam bien avant les penseurs et intellectuels occidentaux, qui s’en attribuent aujourd’hui la paternité.


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Au programme de la rencontre, des présentations suivies de débats sur «l’expérience de la radiotélévision saoudienne en matière d’éthique, les exigences légales et institutionnelles pour promouvoir la liberté d’expression et l’éthique professionnelle, l’éthique de base du journaliste dans un contexte pluraliste, des exposés sur l’expérience de tous les pays participants dans le domaine de la liberté de la presse et de la déontologie».

Cette rencontre sur la liberté de la presse et la déontologie intervient dans un contexte de profonde déprime et de lourdes menaces contre la presse en Mauritanie. Au-delà du problème structurel de l’inexistence d’entreprises répondant aux critères minimaux de viabilité dans ce domaine, de nouvelles difficultés sont apparues au cours des derniers mois, notent les observateurs.

Les cinq chaînes de télévision privées n’émettent plus de signal depuis 3 mois «faute de paiement des redevances». Les quelques radios privées sont à peine audibles à Nouakchott sur la bande FM «par défaut d’installations techniques aux normes», note un expert.


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Par ailleurs, la presse écrite a cessé de paraître depuis plusieurs semaines «à cause d’une pénurie de papiers à l’imprimerie nationale».

Des poursuites judiciaires ont également été déclenchées contre quatre responsables d’organes de presse privés, pour présomption de corruption, dans le cadre de l’instruction d’une affaire impliquant le banquier Mohamed Ould Bouamatou et 12 anciens sénateurs.

Pour remédier aux atteintes à la liberté de la presse, les autorités ont promis des mesures de redressement qui restent attendues avec impatience.         
Le 16/01/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

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