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Mauritanie: des Imams demandent l’exécution du blogueur «blasphémateur»

Mise à jour le 14/11/2016 à 19h02 Publié le 14/11/2016 à 18h58 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Société
ould Mkheitir
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#Mauritanie : C’est demain que la Cour suprême mauritanienne se penchera sur le cas du blogueur Ould M’Kheitir. Celui-ci est condamné à la peine capitale pour «apostasie». A la veille de la décision de la Cour suprême, un forum des Oulémas exige l’exécution de Ould M’Kheitir pour «apostasie».

«Nous, forum des Oulémas et des imams pour le soutien au prophète, émettons notre fatwa en rapport à l’apostasie d’insulte à l’envoyé d’Allah paix et salut sur lui, (crime) dont s’est rendu coupable Ould Mkheïtir avec son hérésie, en rappelant que la peine légale dans son cas est la mort sans aucune acceptation de son repentir s’il se repent». Ils ajoutent, selon saharamedias.net, «Nulle divergence sous les couleurs de l’islam sur le fait qu’un musulman adulte s’il choisit la mécréance doit être tué».

Cette sortie médiatique des imams qui disent se baser sur une série d’articles du Code pénal n’est pas fortuite. Elle intervient moins de 48 heures de l’examen de la sentence par la Cour suprême mauritanienne. Celle-ci doit surtout se concentrer sur la validité de la repentance de Mohamed ould M’Kheïtir.


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Pour rappel, le jeune blogueur a été condamné pour «apostasie» par une juridiction criminelle de Nouadhibou en 2015. Saisie du dossier, il y a quelques mois, la Cour d’appel d’appel de la ville portuaire du nord avait requalifié les faits «en mécréance» tout en maintenant le verdict de la peine capitale. Lors de ce jugement, Mohamed Ould M’Kheitir, accusé d’avoir attaqué certains aspects de l’organisation de la société arabe, notamment l’ordre des classes sociales, y compris sous le règne du prophète Mohamed (PSL), avait nié l’accusation d’apostat et s’est repenti.

Arguant du repenti¨r du jeune blogueur, la défense, conduite par matre Fatimata M’Baye, célèbre avocate, présidente de l’Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH), a plaidé la relaxe pure et simple pendant toutes les étapes de la procédure et les différentes instances du procès. Il faut souligner que face à l’intolérance de la société et aux menaces, plusieurs avocats ont préféré ne pas défendre le blogueur pour ne pas risquer leur vie.


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Face au tollé soulevé par cette condamnation à la peine capitale à l’international, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a évoqué la possibilité «d’une solution» dans cette affaire lors d’une interview accordée à des organes de presse français et espagnols il y a quelques mois.   

Cependant, avec la sortie du Forum des ôulémas, exigeant l’exécution de Mohamed Ould M’Kheïtir, la situation risque d’être compliquée pour le jeune blogueur.

Il faut souligner que la peine de mort figure encore dans la législation pénale mauritanienne (art 309 du Code pénal mauritanien). Toutefois, un moratoire est enregistré depuis la fin 1987.
Le 14/11/2016 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya