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Sénégal: décès de Mansour Cama, le "patron des patrons" et allié des travailleurs

Mise à jour le 03/08/2020 à 18h28 Publié le 03/08/2020 à 18h24 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Economie
Mansour Cama

Mansour Cama, président du patronat sénégalais.

© Copyright : DR

#Sénégal : Le Sénégal vient encore d’être endeuillé, avec la disparition de Mansour Cama. Le président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) est décédé ce matin à l’hôpital Le Dantec, où il était hospitalisé depuis quelque temps.

Le président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), Mansour Cama, est décédé ce dimanche à l’hôpital Aristide le Dantec, des suites d’une maladie.

C'est un homme avec un CV long comme le bras qui vient de tirer sa révérence. En effet, il a été l'initiateur de plusieurs projets, mis en place des dizaines d'organisations dans le monde sénégalais de l'entreprise et surtout dirigé de grandes sociétés publiques ou privées.

Le défunt, qui était le président du conseil d’administration de la Sénégalaise des eaux (SDE), a également été, de 2014 à 2018, président de la Fondation du secteur privé pour l’éducation (FSPE) avant de se faire remplacer par Aboubakar Sedikh Sy de Supdeco. Cama a aussi dirigé le collège des directeurs de la Banque régionale de marchés (BRM).

Dans les années 80, avec Fayçal Charara, Mansour Cama était à l’origine d’une série d’initiatives, dont la journée de l’entreprise. Pendant une trentaine d’années, il a participé à plusieurs négociations entre l’Etat, les organisations patronales et les syndicats, notamment celles ayant abouti à une nouvelle législation sur le régime fiscal.


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La Cnes est une des plus anciennes organisations d'entreprises du Sénégal. Le décès de Cama est une grosse perte pour le patronat, en particulier, et pour le Sénégal, en général. Il survient quelques jours seulement après la disparition d’un autre illustre fils du Sénégal, Babacar Toure, qui était l’un de ses meilleurs amis.

Hommages de la classe politique


La classe politique sénégalaise a commencé à réagir dès l'annonce de sa mort, avec à sa tête le chef de l'État, Macky Sall, qui a salué sa mémoire. «Le Sénégal vient de perdre une icône du patronat, un militant du travail et du dialogue social. Homme de devoir et de raison, Mansour Cama était un acteur clé du secteur privé national. À sa famille, à la Cnes ainsi qu'au monde du travail, je présente mes condoléances émues», a publié le président de la République sur sa page Facebook, ce jour.

Parmi les hommages au défunt, figure également celui du leader de l'Alliance pour le travail et la citoyenneté (Act), par ailleurs ancien Premier ministre, Abdoul Mbaye. «Mansour Cama vient de nous quitter. Le Sénégal perd un authentique patriote. Fondateur de la Cnes, de l’Institut sénégalais des administrateurs, figure majeure des Assises nationales, il était de tous les combats pour faire progresser son pays. Paix à son âme», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

L’opposant Ousmane Sonko a dit toute sa tristesse suite au décès du président de la Cnes. «C'est avec tristesse que j'ai appris le rappel à Allah de monsieur Mansour Cama, président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes). J'ai connu l'homme en 2006. À l'époque, le gouvernement du Sénégal avait décidé de baisser le taux de l'impôt sur les sociétés de 33% à 25%. Le syndicat des impôts, dont j'étais alors le secrétaire général, considéra que la mesure devait faire l'objet d'un strict encadrement pour ne pas constituer un simple cadeau fait à des patrons sans aucun effet sur la performance et les capacités productives des entreprises. Mansour Cama fut le seul président d'une organisation patronale à s'aligner sur notre position, allant même jusqu'à proposer au président de la République que les 5% de baisse soient affectés au renouvellement de l'outillage de production des entreprises et à l'amélioration des fonds propres. J'ai, depuis, apprécié l'homme pour cette posture patriotique et désintéressée. Que la miséricorde et le pardon divins soient ses compagnons éternels».

Témoignages du monde du travail


Outre la classe politique, les travailleurs, ceux à qui il a dédié sa vie, ont aussi émis des témoignages sur l’homme. Cheikh Diop, le secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal - Forces du changement (CNTS-FC) évoque un capitaine d’industrie modèle. «Dans notre jargon, on dit qu’il y a le Capital tout court qui représente l’accumulation, l’accaparement de richesses et le refus pratiquement de partage des fruits de la croissance. Mansour n’était pas dans cette optique du capital. Mansour était un investisseur-partenaire du monde du travail. Cela veut dire que toute sa richesse était réinjectée dans l’économie, et il acceptait le partage des fruits de la croissance que son investissement produisait. Ce type de capital est très différent de l’autre. C’est la raison pour laquelle, je vous dis que Mansour faisait partie des patriotes investisseurs qui faisaient fonctionner notre économie de la façon la plus correcte possible».


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Samba Sy, le ministre du Travail, ne tarit pas d’éloges à l’endroit du défunt, décrivant «un homme attachant, sobre, équilibré, toujours à la recherche de solutions pouvant servir la cause du travail, et plus globalement du pays».

Selon lui, «si on veut avoir une sorte de jauge de la carrure exceptionnelle de notre regretté compatriote, il faut avoir en mémoire sa participation à cette grande concertation nationale à un moment carrefour de la vie du Sénégal. Quand on est capitaine d’industrie, il n’est pas toujours facile de prendre un certain nombre de positions de responsabilités. Pourtant Mansour Cama n’a pas hésité, et il a fait partie des fils du pays (essayant) de trouver des solutions pour continuer notre marche en avant. La chance que nous avions, c’est d’avoir avec lui un interlocuteur d’une très grande intelligence. Il comprenait qu’au-delà du jeu de rôle qui faisait que nous étions positionnés en tant que membre du gouvernement, du patronat, d’organisation des travailleurs, ce qui nous fédérait et qui était essentiel, c’était le Sénégal, notre pays».
Le 03/08/2020 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé