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Sénégal: l’opposant Ousmane Sonko enfin entendu sur un détournement de 141 millions d'euros

Mise à jour le 11/10/2019 à 19h13 Publié le 11/10/2019 à 19h09 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Politique
Ousmane Sonko

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#Sénégal : Durant dix-huit mois, il n’a cessé de faire des révélations sur une supposée affaire de détournement portant sur 94 milliards de Fcfa, soit quelque 141 millions d’euros, sans que la justice ne lève le petit doigt. Hier, jeudi 10 octobre, l’opposant a, enfin, été entendu par le doyen des juges.

L’affaire remonte au mois de mai 2018, date à laquelle, le leader du parti Pastef a déposé une plainte auprès du procureur, tout en alertant les organes de contrôle de l’Etat sénégalais spécialisés dans les cas de malversations, à savoir l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) et l’Inspection générale d’Etat (IGE). 

Selon Ousmane Sonko, des faits graves se sont produits concernant un cas d’expropriation d’un titre foncier appartenant aux héritiers d’un certain Ndiaga Ndoye. Il accuse Mamour Diallo, le directeur de l’administration des domaines d’alors, d’avoir avalisé l’indemnisation au profit d’une entreprise détenue par un certain Seydou Sarr, alias Tahirou Sarr. 


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L’affaire "Mamour Diallo", aux allures très politiques, dénommée ainsi par la presse sénégalaise, défraie la chronique depuis plus d’une année à cause des montants en jeu, à savoir 94 milliards de Fcfa. 

Cependant, il s’agit de faits complexes, impliquant plusieurs intervenants et… qui commencent dès le 8 avril 1978. En effet, c’est cette année-là qu’une première vente, du terrain objet du titre foncier numéro 1451/5 situé dans la banlieue dakaroise, avait été réalisée au profit d’un richissime homme d’affaires, Ndily Mbaye, à travers sa société SIAM Indépendance. Ledit bien foncier porte sur 256,77 hectares, l’équivalent de 360 terrains de football. 

Mais la famille de feu Ndiaga Ndoye va en contester cette première cession. Et, après 34 ans, au terme d’un très long procès, une décision de la cour d’appel leur donnera raison le 9 février 2012, en dernier ressort. La pleine propriété est ainsi revenue aux plaignants. 

Cependant, en 1997, une décision d’expropriation avait été prise, pour un vaste programme d’aménagement. Le titre foncier 1451/R faisait ainsi partie des immeubles frappés par le décret concerné. L’Etat devait alors indemniser les propriétaires que furent, dans un premier temps la famille de Djily Mbaye, puis dans un second temps celle de Ndiaga Ndoye quand l’arrêt de 2012 a été rendu. 


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La famille de Djily Mbaye avait effectivement été indemnisée en 2008, par un acte d’acquiescement du directeur des domaines de l’époque. Mais il fallait tout recommencer, à partir de 2012, cette fois au profit des héritiers de Ndiaga Ndoye. 

C’est là où les choses se compliquent, puisque ces ayants-droits ne verront par la couleur de l’argent de sitôt. Ils se seraient d’ailleurs fait spolier une seconde fois. 

En effet, un certain Seydou Sarr, proche du ministre des Finances de l’époque, Amadou Bâ, viendra leur proposer l’achat de leur créance vis-à-vis de l’Etat du Sénégal. A travers deux de ses sociétés, à savoir Sofico SA et CFU SARL, il propose à une partie des héritiers Ndoye la rondelette somme de 2,5 milliards de Fcfa. Muni de cette cession de créance, il était en mesure de se tourner ensuite vers l’Etat, pour réclamer ses 94 milliards de Fcfa. 


Tout aurait marché comme sur des roulettes, si certains des héritiers Ndiaga Ndoye, se sentant flouer, n’avaient pas contesté la cession de créance au profit de Seydou Sarr. C’est, malheureusement, ce qu’ils feront et une décision de la cour d’appel de Dakar rendue le 11 janvier 2018 viendra casser la conciliation entre Seydou Sarr et une partie des héritiers Ndiaga Ndoye. 


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Tout était donc à refaire. Sauf que, selon Ousmane Sonko, Mamour Diallo, le directeur des domaines, aurait ignoré cette ultime décision de justice et considéré que le sieur Tahirou Sarr était en droit de se prévaloir de la créance de 94 milliards vis-à-vis de l’Etat du Sénégal. Du coup, deux actes d’acquiescement lui seront donnés, sur la base d’une évaluation au prix de 37.000 Fcfa le m2 du terrain. Le premier acte d’acquiescement porte ainsi sur 44,227 milliards de Fcfa et le second sur 49,950 milliards de Fcfa. 

Evidemment, l’Etat du Sénégal ne paye pas de telles sommes en une seule tranche, car la ligne budgétaire au titre de toutes indemnisations pour expropriation ne dépasse pas 15 milliards de Fcfa. Néanmoins, muni de ses lettres d’acquiescement, n’importe quel créancier de l’Etat est en mesure de se présenter auprès d’une banque commerciale et d’y domicilier le règlement. Cela lui permet ainsi de bénéficier d’une avance de la somme, moyennant des intérêts précomptés. 

Toujours selon Ousmane Sonko, c’est ce qu’aurait fait Seydou Sarr. Le leader du parti Pastef affirme détenir des informations précises sur le compte bancaire où le règlement est domicilié. Il a tout intérêt, puisque si tel n’est pas le cas, au vu des graves révélations faites, il risque d’être poursuivi par Mamou Diallo pour dénonciation calomnieuse ou par le Procureur pour diffusion de fausses nouvelles.
Le 11/10/2019 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé