Catastrophes naturelles: 80% des victimes n’étaient pas assurées en 2025

Près de 7 millions de personnes ont été touchées par des inondations en Afrique occidentale et centrale en 2024

Le 21/01/2026 à 13h25

En 2025, les pertes économiques dues aux catastrophes naturelles en Afrique ont été estimées à environ 3 milliards de dollars dont moins de 20% étaient assurés. Ces chiffres révèlent un continent exposé au dérèglement climatique mais sous assuré, oscillant entre vulnérabilités structurelles et besoins d’adaptation.

Loin des pertes spectaculaires observées dans les Amériques ou l’Asie‑Pacifique, le cas africain interroge sur la résilience des économies et des systèmes de financement des risques climatiques dans une région où les capacités assurantielles restent faibles et les instruments de prévention encore embryonnaires.

Selon le rapport Climate change presses on de Munich Re, les catastrophes naturelles ont entraîné des pertes d’environ 3 milliards de dollars en Afrique en 2025. Ce montant est inférieur à ce que l’on observe dans d’autres régions du monde, mais il s’agit d’un chiffre partiel, car il n’inclut pas les pertes liées à des phénomènes majeurs tels que les vagues de chaleur ou les sécheresses, qui constituent pourtant une part substantielle du risque climatique sur le continent.

Dans le détail, plus de la moitié de ces pertes ont été causées par trois cyclones sévères dont l’un ayant frappé l’île de la Réunion en février, et deux autres ayant touché Madagascar en janvier et le Mozambique en mars 2025.

Sur ces pertes attribuées aux cyclones, près de la moitié des pertes à la Réunion ont été assurées, alors que virtuellement aucune couverture assurantielle n’a été enregistrée pour les dommages au Mozambique.

Toutefois, la part assurée des pertes en Afrique reste globalement inférieure à 20% du total, ce qui signifie que plus de 80% des pertes demeurent non couvertes par des contrats d’assurance. Ce niveau de couverture est nettement inférieur à celui observé dans les économies avancées et illustre la faiblesse des marchés assurantiels sur le continent.

La répartition géographique des événements extrêmes souligne l’exposition de zones côtières et insulaires aux phénomènes cycloniques. Les trois cyclones mentionnés dans le rapport Munich Re -dont Madagascar et Mozambique- ont dominé le bilan africain, consolidant l’idée que la variabilité climatique exerce une influence croissante sur l’occurrence et l’intensité des tempêtes tropicales dans l’océan Indien.

La Réunion, bien que territoire français intégré dans les circuits assurantiels européens, offre une rare exception de couverture, avec près de la moitié des pertes liées au cyclone assurées. À l’inverse, dans des États insulaires à faible revenu comme le Mozambique, la quasi absence de couverture reflète des marchés d’assurance sous‑développés ou des politiques publiques incapables de mobiliser des solutions de transfert de risques à grande échelle.

CatégorieChiffres mondiaux / africainsDétails
Pertes économiques totales mondiales (2025)224 milliards USDInclut catastrophes naturelles majeures: cyclones, tempêtes, feux de forêt, inondations
Pertes assurées mondiales (2025)108 milliards USDCouverture globale tous types de catastrophes
Pertes totales en Afrique (2025) 3 milliards USDPrincipalement cyclones et inondations ; vagues de chaleur et sécheresses exclues
Part des pertes assurées en AfriqueMoins  20%Couverture très faible comparée aux économies avancées
Événements extrêmes majeurs en Afrique3 cyclones majeursMadagascar (janv. 2025), Mozambique (mars 2025), Réunion (févr. 2025)
Part des pertes assurées par cycloneRéunion 50%Existence d’un marché assurantiel développé
Classement risque climatique Maroc (1993–2022)136ᵉ pays42 décès liés au climat, pertes directes  147,9 millions USD
Coût moyen annuel des catastrophes naturelles au Maroc 8 milliards MAD ( 0,8 % PIB)Inclut inondations, sécheresses, autres événements

Le rapport Munich Re note que le chiffre de 3 milliards de dollars de pertes en Afrique publié est explicitement sous‑estimé du fait de la méthodologie retenue. Le rapport ne prend pas en compte les pertes économiques attribuables aux vagues de chaleur ni celles découlant de sécheresses prolongées, deux phénomènes qui gagnent en fréquence et en intensité sous l’effet du changement climatique.

Cette exclusion est significative pour l’Afrique, où la sécheresse affecte régulièrement de vastes zones agricoles, pèse sur les productions vivrières essentielles au PIB rural et génère des conséquences économiques durables. L’absence de prise en compte de ce type de pertes dans les statistiques de Munich Re limite donc la capacité des données à refléter l’ampleur réelle des impacts climatiques sur les économies africaines.

Le constat d’un faible taux d’assurance en Afrique s’inscrit dans un contexte plus large de vulnérabilité économique. La majorité des pays africains présentent des marchés d’assurance sous‑développés, marqués par une faible pénétration des produits d’assurance dommages et une capacité limitée des assureurs locaux à absorber des pertes significatives, une situation aggravée par l’exposition aux phénomènes climatiques extrêmes.

Sur le plan économique, l’absence de couverture adéquate entraîne une transmission directe des coûts vers les ménages, les entreprises et les finances publiques, augmentant le fardeau budgétaire pour la reconstruction et la reprise après sinistre. À moyen terme, cette dynamique est susceptible de réduire les marges de manœuvre des États pour financer des investissements productifs, au profit de dépenses de réparation et de rétablissement.

Pour répondre à ces défis, Munich Re propose plusieurs pistes de réflexion notamment le renforcement des mécanismes de transfert des risques, ou l’Afrique pourrait bénéficier d’une intégration dans des mécanismes de pool de risques régionaux ou internationaux (par exemple, l’expansion de modèles tels que le African Risk Capacity), afin de mutualiser et de réduire les coûts de couverture pour des États à faible capacité financière.

En outre, le rapport insiste sur le développement des assurances climatiques agricoles et paramétriques des produits d’assurance basés sur des indices- notamment pour les sécheresses et les précipitations- présentent un potentiel pour améliorer la résilience des secteurs agricoles vulnérables, en réduisant les délais et les coûts des indemnisations après événements extrêmes.

Concernant, les investissements dans les infrastructures résilientes, Munich Re soutient que les pertes dues aux cyclones (Madagascar, Mozambique) montrent l’importance des infrastructures résistantes aux chocs climatiques notamment les routes, les bâtiments publics et les réseaux d’eau et d’électricité doivent être conçus pour minimiser les dommages et les interruptions économiques.

L’autre enjeu est décliné sous forme de renforcement des données et des modèles de risque régionaux, un point stratégique qui est la production de données climatiques et de pertes détaillées, spécifiques à l’Afrique, pour éclairer la tarification des risques, la planification des investissements et les décisions de politique publique.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 21/01/2026 à 13h25