Politique

Afrique du Sud: comment le pollueur Eskom veut devenir le champion des énergies renouvelables

L’Afrique du Sud entame son virage vers les énergies propres. Le géant Eskom a dévoilé un ambitieux programme d’investissement de 7,3 milliards de dollars dans des parcs solaires et éoliennes afin de réduire sa dépendance au charbon qui assure plus de 85% de la production d’électricité du pays.

Par Moussa Diop
Le 03/09/2021 à 15h54, mis à jour le 03/09/2021 à 15h56
Energies fossiles et renouvelables
DR

Face à la pollution du charbon et aux délestages occasionnés par la vétusté des centrales électriques fonctionnant au charbon, l’Afrique du Sud, la première puissance industrielle du continent africain a décidé d’entamer un virage vers les énergies renouvelables.

Et pour y parvenir, Eskom, la société publique qui monopolise depuis près de 100 ans le marché de la production, du transport et de la distribution d’électricité, compte investir massivement dans les centrales solaires et éoliennes.

Elle a prévu d’investir 7,3 milliards de dollars, en 9 ans, dans des centrales solaires à concentration (CSP en anglais) et photovoltaïques et des parcs éoliens. Très endettée (la société traîne une dette de 27,5 milliards de dollars), l’entreprise compte mobiliser une partie de ces fonds auprès d’institutions de financement du développement.

En détail, lors de la première phase du plan qui sera déroulée sur la période 2022-2023, plusieurs centrales solaires photovoltaïques seront construites sur les sites d’anciennes centrales à charbon, à Arnot, Duvha, Lethabo, Tutuka et Majuba. Il s’agira d’implantation de centrales dotées de capacités de production globalement inférieures à 100 MW.

Ensuite, dans une deuxième phase (2023-2025), l’entreprise va monter des centrales de grandes capacités, dont une centrale solaire PV de 600 MW, une autre à concentration (CSP) de 750 MW et trois centrales éoliennes de 200, 250 et 300 MW.

Et durant la troisième phase (2025-2030), Eskom réalisera de très grands projets dont une centrale solaire de 2.950 MW et une autre éolienne de 3.100 MW. Ainsi, rien que durant cette dernière phase, ce sont 6.050 MW qui seront injectés dans la production d'électricité du pays.

Ainsi, grâce à ce programme, ce sont au total plus de 9.000 MW d’énergies renouvelables qui rejoindront la production électrique. Une grande partie de ces unités seront implantées dans des sites qui abritaient et/ou qui abritent encore de vieilles centrales à charbon qui seront fermées au fur et à mesure de la réalisation des centrales solaires et éoliennes.

Ainsi, si actuellement, les énergies renouvelables (bois et biomasse surtout) représentent à peine 7% de la consommation d’énergie primaire, les autorités ambitionnent de porter cette part à plus de 42% à l’horizon 2030.

Pour y arriver, outre les investissements du géant public Eskom, plusieurs projets éoliens et solaires sont développés par le secteur privé dont la production est ensuite vendue à l’entreprise publique.

A ce titre, et suite aux délestages et aux graves difficultés financières qui empêchent la compagnie publique d’investir dans de nouvelles capacités, les autorités sud-africaines ont encouragé la production privée d’électricité. Les entreprises privées ont désormais la possibilité de produire jusqu’à 100 MW, alors qu’elles étaient limitées à 10 MW auparavant. Une décision prise par les autorités qui vise notamment à inciter les grandes entreprises énergivores, notamment les entreprises du secteur minier, à construire des centrales pour alimenter leurs propres activités et vendre le surplus d’électricité à Eskom.

Avec ce virage vers les énergies renouvelables, l’Afrique du Sud, qui est un gros émetteur de gaz à effet de serre à cause de l’importance du secteur du charbon qui assure 71% de l’énergie primaire et 93% de l’électricité produite, pourra réduire de manière notable ses émissions de CO2. En 2018, ces émissions avaient atteint 428 Mt de CO2, soit 7,41 tonnes métriques par habitant, un niveau supérieur de 68% à la moyenne mondiale (4,42 Mt/habitant) et 7,6 fois supérieur à la moyenne africaine (0,98 Mt/habitant).

Par Moussa Diop
Le 03/09/2021 à 15h54, mis à jour le 03/09/2021 à 15h56

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