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Cameroun: ouverture d’une enquête sur la mort controversée d’un journaliste

Mise à jour le 08/06/2020 à 21h02 Publié le 08/06/2020 à 10h19 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem

#Société
Samuel Wazizi

Samuel Wazizi, journaliste camerounais.

© Copyright : DR

#Autres pays : Le journaliste Samuel Wazizi est décédé le 17 août 2019 des suites d'une septicémie sévère, a annoncé l’armée dans un communiqué vendredi 5 juin, réfutant des actes de tortures. Les organisations syndicales de journalistes parlent d’«assassinat» et réclament une enquête indépendante.

L’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, a annoncé vendredi 5 juin dernier que le président de la République «a promis» l’ouverture d’une enquête pour déterminer les causes et les circonstances du décès du journaliste Samuel Wazizi, dont la mort est au cœur d’une vive polémique au Cameroun.

«Nous avons fait part au président Biya de notre vive émotion suite au décès du journaliste Samuel Wazizi. Il a promis de lancer les enquêtes pour faire toute la lumière sur cette affaire», a déclaré le diplomate français à l’issue d’une audience avec le chef de l’Etat. L’armée camerounaise a confirmé au cours de la même journée de vendredi, dans un communiqué, le décès du journaliste, dix mois après les faits.

Selon le document, Samuel Ajiekah Abuwe alias Samuel Wazizi était «un logisticien de divers groupes terroristes». Il a été arrêté le 3 août 2019 à Ekona, localité de la région du Sud-Ouest en proie à la crise anglophone, et transféré dix jours plus tard au service central de recherches judiciaires à Yaoundé.


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Il «présentait un état fébrile» à son arrivée dans la capitale. Admis à l’hôpital militaire, il est décédé le 17 août 2019 des suites d’une «sepsis (septicémie) sévère», poursuit le communiqué qui réfute des actes de torture ou de sévices corporels. Son corps a été déposé le même jour à la morgue et sa famille en a «aussitôt été informée», indique le document signé du chef de la division de la communication du ministère de la Défense, le capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack Guemo.

Cette version des faits est rejetée par le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) et l’Association camerounaise des journalistes d’expression anglophone (CAMASEJ, acronyme en anglais). Les deux corporations affirment que Samuel Wazizi, journaliste à la Chillen Media Television (CMTV), une chaîne régionale émettant depuis Buea, a été victime d’un «assassinat» et exigent «la constitution d’une commission d’enquête nationale pour faire la lumière sur cette mort».


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Dans un communiqué sur son site Internet, Reporters sans frontières (RSF) juge les explications de l’armée sur la mort du journaliste «indécentes» et «inacceptables», et demande l’ouverture d’une «enquête impartiale et indépendante» pour établir les faits sur les «circonstances précises» ayant conduit à ce décès.

De son côté, la famille dément avoir reçu la confirmation de la mort de Samuel Wazizi avant le communiqué officiel de l’armée et réclame également une enquête indépendante.

«Si Wazizi est mort de cette manière, personne d’autre ne doit mourir ainsi… C’est pourquoi on veut que tous ceux qui sont responsables rendent des comptes. La famille ne veut pas qu’on lâche le dossier. Donc, à partir de mardi (9 juin 2020, Ndlr), on va déposer une requête formelle pour demander une enquête indépendante pour connaître les causes de sa mort», a déclaré l’avocat de Samuel Wazizi, Me Emmanuel Nkea, sur RFI.
Le 08/06/2020 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem