Libreville. Livre jeunesse: un 2e Salon pour désintoxiquer enfants et... parents des écrans

Des exposants en marge de la 2e édition du Salon du livre de Libreville.

Le 09/04/2026 à 15h05

VidéoContes, atelier d’écriture, dédicaces, débats… le deuxième Salon international du livre jeunesse de Libreville a pris ses quartiers du 7 au 11 avril. En choisissant le thème «Lire le monde de demain», l’évènement ambitionne de reconquérir le cœur des jeunes générations, gangréné par les écrans.

Sylvie Ntsame ne mâche pas ses mots. Devant une assemblée de parents, d’éditeurs et d’enseignants, la présidente de l’Association pour la promotion du livre et des arts (APLA) plante le décor. «Si on avait les statistiques, on aurait constaté qu’au Gabon les drames comme les suicides en milieu scolaire sont le fait de l’addiction des jeunes aux écrans. Le livre est le seul ami qui ne vous arrache rien, mais vous donne de l’intelligence et vous enrichit.»

C’est sur cette mise en garde que s’est ouverte, ce mardi à Libreville, la deuxième édition du Salon du livre jeunesse. Une semaine entièrement consacrée à la promotion du livre et de la transmission du savoir. Au programme: conférences, tables rondes, séances de dédicaces et ateliers d’écriture animés par les Éditions Dodo Vole. L’entrée est libre, l’ambition, elle, est totale.

Parmi les invités d’honneur, une jeune Tchadienne de 24 ans, Brenda Bilong, deux livres de jeunesse à son actif (La souris magique et le garçonnet qui guettait le père Noël) et un master 1 en action humanitaire en préparation. Lauréate du concours régional Onu-femme Afrique pour la résolution 1325, elle est une voix fraîche et déterminée.

«Le garçonnet qui guettait le père Noël, c’est l’histoire d’un enfant orphelin remis à une tante maltraitante. À la veille de Noël, une mamie du village va le couvrir de soins, une sorte de retour d’ascenseur pour les bienfaits que sa mère avait eus de son vivant.»

Et La souris magique? Une tradition africaine que beaucoup reconnaîtront. «Quand un enfant se casse une dent, on lui dit de la mettre sous l’oreiller, et une pièce apparaîtra. On prétend que c’est la souris qui l’a mise là. Ces histoires éveillent la conscience des enfants.»

Son combat, aujourd’hui, est de faire programmer ces ouvrages dans les programmes scolaires tchadiens. «Chez nous, la maîtrise du français reste un problème. Pour le régler, il faut revenir à la base avec la promotion de la littérature jeunesse.»

Cette année, l’APLA a lancé un concours d’écriture destiné aux lycéens. Un pari audacieux pour faire sortir les adolescents de la passivité numérique. «Ce sont les parents qui doivent motiver les jeunes à la lecture, ce sont les parents qui doivent le faire", insiste Sylvie Ntsame.

L’enjeu dépasse la simple alphabétisation. Il s’agit de recréer un espace de rêve et de réflexion, à l’abri des algorithmes et des contenus violents qui pullulent sur les écrans. Ici, on ne défile pas, on feuillette. On ne like pas, on imagine.

Le salon ne se vit pas en vase clos. Venu tout droit de Conakry, Sansy Kaba Diakité, fondateur des «72heures du livre» en Guinée, a tenu à être présent. «Nous sommes à Libreville pour encourager le Gabon de demain. Quand on parle de littérature jeunesse, on parle de l’avenir de nos enfants. Je pense que Conakry et Libreville vont sceller un partenariat.»

Une nouvelle qui réjouit les organisateurs, alors que le salon accueille déjà des éditeurs et auteurs de plusieurs pays d’Afrique.

Parce que le livre n’est pas poussiéreux. Parce qu’une semaine entière est dédiée à l’écriture, à la lecture à voix haute, aux rencontres avec des autrices comme Brenda Bilong. Parce qu’on y apprend que la petite souris magique, ce n’est pas une légende, c’est une porte ouverte sur l’émerveillement.

Alors, parents, enseignants, curieux: prenez le chemin du salon. Laissez les écrans au vestiaire. Et venez «lire le monde de demain» – un monde qui, espérons le, sentira encore l’encre et le papier.

Rendez-vous à la chambre de commerce de Libreville , toute la semaine. L’entrée est libre. L’imaginaire, lui, n’a pas de prix.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 09/04/2026 à 15h05