Annulation des «surtaxes» douanières de Trump et «droit de douane mondial» de 15%, quels impacts sur les pays africains?

Le président Donald Trump annonçant les surtaxes douanières appliquées aux différents pays de la planète.

Le 22/02/2026 à 10h24

La Cour suprême américaine a annulé les «surtaxes» douanières imposées au reste du monde par le président américain Donald Trump. Face à cette décision, qui remet en cause le cœur de son dispositif commercial, le président américain a aussitôt annoncé l’instauration d’une nouvelle taxe douanière mondiale de 10%, relevée dès le lendemain à 15%, avec «effet immédiat». Quels sont les impacts de ces décisions sur les pays africains?

Le vendredi 20 février, la Cour suprême américaine a jugé que le président Donald Trump a outrepassé les prérogatives prévues par la Constitution en vertu de la Loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (International Emergency Economic Powers Act, IEEPA) en imposant des droits de douane sur la quasi-totalité des produits entrants aux États-Unis. Elle a ainsi annulé les droits de douane dits «réciproques» imposés au reste du monde par Trump.

La conséquence directe de cette décision a été la baisse du taux moyen effectif appliqué aux produits importés, qui devrait passer de 16,8% à environ 9,5%. Une bonne nouvelle pour les importateurs, les industriels et les consommateurs américains, mais aussi pour les exportateurs des pays tiers qui étaient affectés par ces surtaxes douanières.

Toutefois, après cette déconvenue, le président américain est revenu rapidement à la charge en signant un décret imposant une nouvelle taxe douanière mondiale de 10% qui entrera en vigueur le 24 février. «Aujourd’hui, je vais signer un décret pour imposer un droit de douane mondial de 10% (…), qui va s’ajouter à nos droits de douane normaux déjà en vigueur», a réagi le président Trump après la décision de la Cour suprême. Le lendemain, il est revenu à la charge. «En tant que président des États-Unis d’Amérique, je vais augmenter avec effet immédiat les droits de douane mondiaux de 10% (…) au niveau pleinement autorisé (...) de 15%», a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. Ainsi, la taxe mondiale est désormais fixée à son maximum autorisé de 15%.

Pour ce qui est de la nouvelle «taxe mondiale», celle-ci se base sur une loi sur le Commerce de 1974 qui permet au président de rééquilibrer les échanges entre les États-Unis et ses partenaires économiques dès lors qu’un déséquilibre marqué de la balance des paiements est démontré. Autrement dit, cette taxe ne devrait logiquement concerner que les pays avec lesquels les États-Unis affichent de déséquilibres significatifs. Et en plus, la durée légale de cette taxe est limitée à seulement 150 jours. Au-delà, il faut une loi votée par le Congrès. Ce qui est loin d’être gagné pour le président en cette période d’élections de mi-mandat du fait des impacts de ces surtaxes sur les opérateurs économiques et les citoyens américains.

En tout cas, au niveau international, l’annulation des surtaxes douanières par la Cour suprême est globalement bien accueillie, même si la prudence est de mise, tant l’incertitude demeure avec l’annonce de la nouvelle taxe désormais de 15% qui s’applique aussi aux pays ayant déjà signé des accords commerciaux avec les États-Unis.

Et au niveau du continent africain, les décisions prises par la Cour suprême et le président Trump auront des impacts différents selon les pays. D’abord, la décision de la Cour suprême d’annuler les «surtaxes» douanières devrait être bénéfique à tous les pays du continent. Toutefois, la taxe mondiale de 15% change tout.

En effet, les pays africains initialement surtaxés à hauteur de 10%, soit le taux minimum — au nombre de 29, dont l’Égypte, le Maroc, le Rwanda, la Mauritanie, l’Éthiopie, la Tanzanie, le Sénégal et le Gabon — se verront désormais appliquer une nouvelle taxe de 15% sur leurs exportations, contre 10% auparavant. Une situation qui alourdit les droits de douane appliqués aux exportations de ces pays et rend, toutes choses égales par ailleurs, leurs produits moins compétitifs qu’auparavant, en particulier face à des produits similaires exportés par des pays asiatiques globalement plus compétitifs. Ensuite, pour la catégorie des pays qui étaient surtaxés à hauteur de 15% — notamment le Nigeria, le Lesotho, le Ghana, l’Ouganda, la Zambie, Maurice, la RDC, la Côte d’Ivoire et le Cameroun — aucun changement n’est à signaler pour leurs exportations. Leurs produits restent taxés au même niveau que ceux des autres pays. En revanche, ils ne bénéficient plus de l’avantage comparatif dont ils disposaient par rapport aux pays auparavant plus lourdement taxés.

Enfin, l’Afrique du Sud, l’Algérie, la Libye et la Tunisie qui étaient les plus surtaxés au niveau du continent avec des taux compris entre 25 et 30% sont les grands gagnants de cette annulation des surtaxes douanières. Leurs exportations se verront désormais appliquer la nouvelle taxe de 15%, à l’instar du reste du monde. Ces pays voient leurs produits devenir mécaniquement plus compétitifs sur le marché américain. Cela va permettre de réduire les risques de réduction des activités, de pertes d’emplois massives dans certains secteurs exportateurs.

Ensuite, cette décision intervient quelques jours seulement après la prolongation de l’African growth and opportunity act (Agoa), un accord qui permet l’accès de milliers de produits d’une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne au marché américain en franchise de douane, pour une année. Logiquement, avec cet accord, les pays concernés par l’Agoa ne devraient pas être concernés par la nouvelle taxe mondiale. L’annulation des surtaxes et la prolongation de l’Agoa devront offrir une plus grande visibilité aux pays africains bénéficiaires de cet accord.

Pour rappel, la prolongation d’une année de l’Agoa ne devrait bénéficier qu’à huit pays africains (Afrique du Sud, Nigeria, Kenya, Namibie, Malawi, Angola, Tanzanie, Ghana, Botswana et Togo), selon la mise à jour du Bureau du représentant américain au commerce (USTR), contre une trentaine auparavant. C’est dire que ces pays bénéficieront des avantages comparatifs et compétitifs face à d’autres pays qui supporteront désormais une taxe de 15% pour l’entrée de leurs produits sur le marché américain.

Toutefois, si la Cour suprême a annulé les «surtaxes» douanière, elle n’a pas touché aux taxes sectorielles imposées par le président Trump et qui concernent l’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre, les produits pharmaceutiques… Le maintien de ces taxes va continuer à impacter négativement les exportations de certains pays africains. C’est le cas des exportateurs automobiles vers les États-Unis et qui touche l’Afrique du Sud.

La taxe de 25% appliquée aux véhicules importés ainsi qu’aux pièces détachées alourdit considérablement le prix de revient des véhicules importés du marché sud-africain par les opérateurs économiques américains. D’ailleurs, les exportations automobiles sud-africaines vers les États-Unis ont fortement chuté, passant de 25.554 unités en 2024 à seulement 6.530 en 2025, soit une baisse de 74,45%. Ce recul s’explique notamment par la taxe automobile protectionniste imposée par les États-Unis, qui a lourdement pesé sur la compétitivité des véhicules sud-africains. Il en va de même pour les exportations d’acier en provenance d’Afrique du Sud et d’Algérie, qui continuent de supporter la taxe sectorielle de 50% en vigueur depuis juin 2025 sur les importations américaines.

Enfin, malgré la mise en place de la taxe douanière mondiale, la décision de la Cour suprême américaine constitue pour les pays africains, à l’instar du reste du monde, un signal institutionnel fort qui va soutenir la confiance des investisseurs aussi bien africains qu’étrangers à développer leurs business et entretenir des courants d’affaires avec les États-Unis. Cette décision renforce la confiance dans la stabilité des règles du jeu commercial, essentielle pour planifier des stratégies d’exportations à long terme. Ainsi, les opérateurs économiques des secteurs comme le textile et l’agroalimentaire du continent vont retrouver un peu plus de certitudes et stabiliser les investissements.

En effet, les surtaxes douanières imposées par Trump ont non seulement réduit les exportations africaines vers les États-Unis, mais elles ont également perturbé la production et entraîné des reports d’investissements, en particulier dans les secteurs fortement orientés vers le marché américain.

Reste que, si les effets de la décision de la Cour suprême peuvent être jugés positifs, il convient également de prendre en compte l’incertitude liée à la réaction de la Maison-Blanche. L’administration Trump a déjà annoncé son intention de recourir à d’autres leviers. Une situation qui devrait inciter les pays africains à faire preuve d’une plus grande prudence. En effet, si la décision limite les dégâts économiques immédiats, elle souligne aussi la nécessité pour les pays africains de maintenir des stratégies de diversification pour atténuer les chocs futurs liés aux politiques commerciales des grandes puissances. L’Afrique du Sud l’a démontré en augmentant ses exportations automobiles vers le marché européen, parvenant ainsi à plus que compenser les pertes de parts de marché enregistrées aux États-Unis.

In fine, il faut souligner que si les surtaxes douanières ont rapporté entre 130 et 140 milliards de dollars aux finances publiques américaines en 2025, elles ont aussi impacté négativement la compétitivité des opérateurs américains, sans pour autant réduire le déficit commercial des États-Unis.

En 2025, le déficit commercial s’est même creusé de 2,1% pour atteindre un niveau record de 1.241 milliards de dollars, selon les données publiées la veille de la décision de la Cour suprême par le département du Commerce. Ce qui prouve que les surtaxes ne sont pas une potion magique pour contribuer à équilibrer la balance commerciale américaine vis-à-vis du reste du monde.

En tout cas, au-delà des pays africains, cette décision de la Cour suprême intervient à point nommé pour les opérateurs économiques américains, au moment où la Chine a décidé d’accorder la franchise de droits de douane aux produits importés du continent africain. Cette décision de Pékin contribuera à rendre les industriels chinois nettement plus compétitifs que leurs homologues américains opérant dans les mêmes secteurs, ces derniers devant supporter la nouvelle taxe mondiale de 15%.

Par Moussa Diop
Le 22/02/2026 à 10h24