Boundiali, dans le nord du pays habituellement animé en cette période par l’abondance de mangues, le constat est amer. Les vergers, autrefois généreux, offrent cette année des récoltes maigres.
Producteurs et commerçants pointent du doigt le dérèglement climatique illustré par des pluies tardives, de fortes chaleurs et des vents secs. Autant d’aléas climatiques qui ont compromis la floraison et par conséquent la fructification des manguiers.
«Dans les plantations, il u a peu de manguiers qui portent des fruits», confie Konaté Mariam, une vendeuse à la gare de la ville. Elle disait avoir habituellement fait de bons chiffres d’affaires en cette période de l’année mais qui vit le contraire cette année.
Producteur dans la localité, Bamba Mèhin ne cache pas également son désarroi face à une campagne qu’il qualifie de «catastrophique». «Cette année, nous souffrons beaucoup. Les manguiers ont fleuri, mais les fleurs sont tombées avant de donner des fruits. Cette année, la chaleur a été trop forte et la pluie n’est pas venue au bon moment», explique-t-il.
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L’agriculteur ajoute, «généralement, je remplis plusieurs camions de mangues. Cette fois-ci, je n’ai même pas encore pu atteindre la moitié de ma production habituelle. C’est une grande perte pour moi et ma famille. Nous sommes vraiment inquiets».
Sur les marchés, la rareté du fruit se fait sentir. Les étals, moins fournis, proposent des mangues à des prix jamais atteints auparavant comme l’atteste Mariam, une commerçante, «avant, on achetait les mangues en grande quantité et à bas prix. Cette année, il est difficile d’en trouver, et c’est plus cher. Nous sommes obligées d’augmenter les prix, sinon nous ne gagnons rien».
Du côté des consommateurs, la frustration est également palpable. «L’année dernière j’ai acheté le seau à 1.000 Fcfa, mais cette année les mangues sont devenues un luxe. Avec les prix actuels, on ne peut plus en acheter comme avant», regrette Koné Bintou, une jeune dame de passage, rencontrée à la gare.
A cela faut-il ajouter d’autres faits déplorables notamment le prix bord champ fixé par le gouvernement mais non respectés par les pisteurs. «Le prix bord champ est fixé à 2,450 Fcfa pour cette campagne. Cependant, ils nous proposent à peine 2,200 Fcfa car disent-ils l’état de la route et les frais que cela engendre leur coutent cher. Mais les mangues sont des fruits périssables, on ne peut pas les conserver longtemps et donc si nous refusons de les vendre à leur prix hors norme, nous allons plus perdre», dénonce le producteur.
Et pis, poursuit-il, «nous les dénonçons chaque fois mais en vain. Mais nos décideurs, qui devraient soutenir notre cause, sont eux-mêmes corrompus».
Avant de formuler un appel aux autorités, «et pour éviter toutes ces tracasseries, nous avons demandé une usine de transformation, mais jusque-là, notre doléance tombe dans les oreilles du sourd, alors on ne peut que s’y faire», s’est-il désolé.
Malgré cette saison difficile, les producteurs gardent une lueur d’espoir. Tous espèrent un retour à des conditions climatiques plus favorables lors de la prochaine campagne. «Comme nous amorçons peu à peu la saison des pluies, on espère que la chaleur soit moins forte, ainsi nous pourrons retrouver une bonne production», veulent croire Bamba Mèhin et les acteurs.
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Cependant, les aléas climatiques qui ont compromis cette campagne était prévisibles: «pour 2025, les prévisions indiquent une légère baisse de la production en raison de la faible pluviométrie. À titre d’illustration, Akwaba Negoce International, une entreprise horticole orientée vers l’exportation, prévoit d’exporter environ 652 tonnes cette année, contre 870 tonnes l’année dernière" , rapportent des agences de presse qui précisent que seulement 20% de la production totale est exportée, le reste étant destiné au marché local ou... perdu.
En attendant, cette mauvaise campagne de mangues rappelle avec acuité la vulnérabilité de l’agriculture ivoirienne face aux aléas climatiques, et l’urgence de trouver des solutions durables pour protéger une filière essentielle à l’économie locale, la mangue fraîche étant le troisième fruit exporté par la Côte d’Ivoire.
