Les dernières données publiées par le FMI confirment une forte concentration des encours de crédits en Afrique. À elle seule, l’Égypte cumule 7,4 milliards de DTS, soit plus du double du deuxième pays du classement, la Côte d’Ivoire, qui atteint 3,6 milliards de Droits de Tirage Spéciaux (DTS).
Les DTS sont un actif de réserve international créé par le FMI pour compléter les réserves de change officielles de ses pays membres.
Derrière ce duo, plusieurs économies d’Afrique de l’Est et de l’Ouest apparaissent de manière récurrente dans les programmes du FMI. Le Kenya (2,9 milliards de DTS), le Ghana (2,2 milliards) et l’Angola (1,8 milliard) illustrent cette présence, suivis par la RDC, l’Éthiopie et la Tanzanie, selon le FMI, dans son analyse intitulée «Total IMF Credit Outstanding».
La liste se complète avec la Zambie et le Cameroun, ce dernier étant le seul représentant de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC, qui regroupe la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, et le Tchad) avec un encours d’un milliard de DTS.
Au total, ces dix pays concentrent plus de 24 milliards de DTS, soit environ 32 milliards de dollars selon le taux de conversion du FMI.
Le classement ne reflète pas une réalité homogène, mais traduit au contraire des trajectoires économiques très différentes.
L’Égypte occupe une position à part en raison de la taille de son économie, mais aussi de déséquilibres extérieurs persistants. Le pays fait face à une pression continue sur ses réserves de change et à des besoins importants de refinancement de sa dette, ce qui explique l’ampleur de son recours au FMI.
À l’inverse, la Côte d’Ivoire combine croissance soutenue et recours aux financements multilatéraux. Selon la Banque mondiale, la croissance ivoirienne a dépassé 6% en 2025, mais les besoins en infrastructures et en financement extérieur justifient le maintien d’un programme avec le FMI.
Le Ghana et la Zambie illustrent une autre dynamique. Ces deux pays ont engagé des restructurations de dette dans le cadre du G20, avec un accompagnement du FMI destiné à restaurer la stabilité macroéconomique.
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Les DTS constituent un instrument central du système financier international, mais leur distribution reste inégale. Lors de l’allocation exceptionnelle de 650 milliards de dollars décidée en 2021, l’Afrique n’a reçu qu’environ 33 milliards, soit près de 5% du total, selon le FMI.
Cette répartition reflète le poids limité des économies africaines dans le capital de l’institution. Toutefois, des mécanismes de réallocation permettent de corriger partiellement ce déséquilibre.
Plusieurs pays développés ont ainsi transféré une partie de leurs DTS vers des instruments dédiés aux pays vulnérables. Le FMI indique en 2025 que plus de 100 milliards de dollars ont été mobilisés dans ce cadre, notamment via le PRGT et le RST.
En parallèle, plus d’une vingtaine de pays africains bénéficient actuellement d’un programme actif avec le FMI, ce qui confirme l’ancrage durable de l’institution sur le continent.
Classement des principaux bénéficiaires (en milliards de DTS)
| Rang | Pays | Encours (en milliard de dollars en DTS) |
|---|---|---|
| 1 | Égypte | 7,4 |
| 2 | Côte d’Ivoire | 3,6 |
| 3 | Kenya | 2,9 |
| 4 | Ghana | 2,2 |
| 5 | Angola | 1,8 |
| 6 | RDC | 1,5 |
| 7 | Éthiopie | 1,3 |
| 8 | Tanzanie | 1,2 |
| 9 | Zambie | 1,1 |
| 10 | Cameroun | 1,0 |
Source : FMI, données au 31 mars 2026
Les DTS ne financent pas directement des projets publics. Leur rôle consiste d’abord à renforcer les réserves de change et à stabiliser les économies. Dans les pays en crise de dette, comme le Ghana ou la Zambie, ces ressources contribuent à restaurer la crédibilité financière et à contenir les tensions sur les monnaies.
Dans d’autres cas, comme l’Égypte ou le Kenya, elles permettent de soutenir la balance des paiements face à des déficits extérieurs persistants, souvent liés aux importations énergétiques ou alimentaires.
Ainsi, les programmes du FMI associent ces financements à des réformes structurelles. Les États concernés s’engagent à améliorer la mobilisation fiscale, à réformer les subventions ou à renforcer la gouvernance économique.
L’accès aux DTS ne se limite pas à l’allocation initiale. Plusieurs canaux permettent aujourd’hui d’en élargir l’usage.
Le principal levier repose sur la réallocation volontaire des pays riches. Une partie de leurs DTS est redirigée vers les économies vulnérables, en particulier en Afrique.
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Ces ressources transitent par deux instruments clés du FMI. Le PRGT finance les pays à faible revenu à des conditions concessionnelles, tandis que le RST soutient des réformes liées au climat et à la résilience économique.
Par ailleurs, un marché volontaire permet aux pays d’échanger leurs DTS contre des devises, ce qui facilite leur utilisation concrète.
Des conditions strictes d’accès
L’accès aux financements du FMI repose sur des programmes assortis d’engagements précis.
Les États doivent généralement réduire leurs déficits publics, améliorer la gestion des finances publiques et engager des réformes structurelles. Ces mesures visent à restaurer la stabilité économique sur le moyen terme.
Le FMI procède à des évaluations régulières, et les décaissements sont conditionnés au respect des objectifs fixés. Ce cadre explique les rythmes différents observés entre pays dans la mobilisation des ressources.
L’analyse du classement révèle que le niveau d’encours dépend moins de la taille économique que de l’intensité des déséquilibres. Ainsi, la position dominante de l’Égypte reflète une exposition élevée aux chocs externes et un besoin important de financement extérieur.
À l’opposé, des pays comme la Côte d’Ivoire ou la Tanzanie présentent des fondamentaux plus solides, mais utilisent le FMI comme un outil d’accompagnement de leur stratégie de développement.
Les pays engagés dans des restructurations de dette occupent également une place importante, ce qui confirme le rôle du FMI comme acteur central dans la gestion des crises souveraines.
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Le recours aux DTS et aux financements du FMI s’inscrit dans une relation structurelle entre l’Afrique et les institutions financières internationales.
La faible part du continent dans les allocations globales continue d’alimenter les débats sur la réforme de la gouvernance du FMI. Plusieurs États africains demandent une meilleure prise en compte de leurs vulnérabilités économiques et climatiques.
Dans le même temps, de nouveaux instruments comme le RST ouvrent des perspectives, notamment pour financer l’adaptation climatique, devenue un enjeu majeur pour de nombreuses économies africaines.
L’évolution des encours du FMI en Afrique dépendra de plusieurs facteurs, notamment la trajectoire de la dette, les conditions financières internationales et la capacité des États à mener les réformes engagées. Certains pays chercheront à réduire progressivement leur dépendance aux financements multilatéraux, en développant l’accès aux marchés financiers ou en renforçant les intégrations régionales.
Le classement au 31 mars 2026 confirme toutefois une réalité persistante: le FMI reste un acteur central du financement des économies africaines, à la fois comme prêteur, stabilisateur et catalyseur de réformes.
