Fusions-acquisitions en Afrique en 2025: cinq méga transactions supérieures à 1 milliard de dollars l’une

L’activité de fusions-acquisitions sur le continent africain a confirmé une forte dynamique en 2025.

Le 19/02/2026 à 10h25

Portée par des flux entrants et sortants en nette progression, l’activité de fusions-acquisitions sur le continent africain a confirmé en 2025 une dynamique amorcée l’année précédente. Cinq méga transactions y ont été recensées dont chacune dépasse le seuil de 1 milliard de dollars, selon le rapport du du cabinet et Herbert Smith Freehills Kramer, confirmant la capacité de plusieurs économies africaines à soutenir des opérations de grande envergure.

Conformément aux anticipations formulées un an plus tôt, l’année 2025 a été marquée par un redressement significatif de l’activité de fusions-acquisitions en Afrique. Selon le rapport du cabinet et Herbert Smith Freehills Kramer intitulé «Africa – Holding firm / M&A activity in the continent is expected to stay strong in 2026 despite ongoing uncertainty», la valeur des opérations entrantes a progressé de plus de 40 % par rapport à 2024. Le nombre de transactions a également augmenté, traduisant un élargissement du spectre des investisseurs actifs sur le continent.

Dans le même temps, les opérations sortantes d’entreprises africaines vers le reste du monde ont connu une hausse encore plus prononcée en valeur, de près de 85% entre 2024 et 2025, en dépit d’un léger recul du nombre d’opérations. Cette divergence entre valeur et volume traduit une concentration accrue sur des transactions de taille plus importante.

Ces évolutions interviennent dans un contexte international marqué par une croissance modérée, des tensions commerciales persistantes et un environnement monétaire encore contraint. La progression des flux vers et depuis l’Afrique suggère ainsi une réévaluation stratégique du continent dans les arbitrages d’allocation d’actifs. Ainsi, l’activité intra-africaine présente toutefois un profil plus nuancé. Si le volume des transactions régionales demeure relativement stable, leur valeur globale a diminué par rapport à 2024, du fait d’un nombre plus limité de méga-opérations.

Le rapport «Africa – Holding firm / M&A activity in the continent is expected to stay strong in 2026 despite ongoing uncertainty» attribue ce recul en valeur à plusieurs facteurs conjoints: incertitudes géopolitiques mondiales, renchérissement du coût du financement sous l’effet de taux d’intérêt élevés, et tensions commerciales affectant les perspectives de croissance de certains marchés.

Cette contraction relative ne traduit pas un désengagement des acteurs africains, mais plutôt une prudence accrue face à des conditions de financement moins favorables et à une visibilité réduite sur les perspectives macroéconomiques mondiales.

La géographie des transactions demeure structurée autour de quelques pôles majeurs. L’Afrique du Sud conserve sa position dominante, représentant 35% de la valeur totale des transactions enregistrées sur le continent en 2025. Le Kenya et l’Égypte suivent, avec respectivement environ 20% et 15% de la valeur totale.

En nombre d’opérations, l’Égypte se distingue comme le pays le plus ciblé, avec plus de 200 transactions recensées en 2025, contre un peu moins de 200 pour l’Afrique du Sud. Le Maroc enregistre également une progression notable, avec près de 100 transactions, soit une hausse d’environ 65% par rapport à 2024. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte d’ouverture accrue aux investissements et de diversification sectorielle.

Ces données confirment une polarisation des flux vers des économies disposant de marchés domestiques relativement profonds, de cadres réglementaires stabilisés et d’infrastructures financières développées.

Distinction entre concentration de valeur et densité transactionnelle

RangPar valeur des transactions Par nombre de transactions
1Afrique du Sud (35 % de la valeur totale)Égypte (plus de 200 transactions)
2Kenya (environ 20 %)Afrique du Sud (un peu moins de 200)
3Égypte (environ 15 %)Maroc (près de 100 transactions)

L’analyse des investissements étrangers entrants révèle une hiérarchie renouvelée des investisseurs. En valeur, la Suisse se positionne en tête en 2025, avec 3,4 milliards de dollars investis à travers six opérations. Le Japon suit avec 3 milliards de dollars répartis sur huit transactions, tandis que le Royaume-Uni occupe la troisième place avec 2,7 milliards de dollars investis dans 35 opérations.

Les États-Unis apparaissent comme le pays le plus actif en nombre d’opérations, avec 50 transactions réalisées en 2025. La France se distingue également, avec 25 opérations représentant plus de 300,61 millions de dollars d’investissements.

Cette diversité des origines de capitaux illustre un intérêt soutenu pour les actifs africains, au-delà des partenaires historiques du continent. Elle traduit également la recherche d’opportunités de croissance dans des marchés perçus comme offrant encore des marges d’expansion structurelle.

Consommation et énergie en tête des secteurs ciblés

Sur le plan sectoriel, le secteur de la consommation s’impose comme le principal moteur de l’activité en 2025, tant en volume qu’en valeur. Plus de 180 transactions y ont été recensées, consolidant une tendance observée ces dernières années. Parmi les opérations majeures figure l’acquisition de Coca-Cola Beverages South Africa par Coca-Cola HBC AG pour 2,6 milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie occupe la deuxième place en valeur, porté par plusieurs transactions significatives. En septembre, Vitol a acquis une participation de 30% dans le projet Baleine d’Eni en Côte d’Ivoire pour 1,65 milliard de dollars. Tullow a cédé ses actifs kenyans à Gulf Energy, tandis que Shell Nigeria Exploration and Production Company a acquis la participation non opérée de 12,5% de TotalEnergies EP Nigeria dans le champ pétrolier offshore de Bonga pour 510 millions de dollars.

Les services financiers enregistrent également une hausse du nombre de transactions par rapport à 2024, traduisant un intérêt persistant pour les marchés bancaires, assurantiels et de microfinance dans un contexte d’élargissement de l’inclusion financière.

Au total, cinq opérations supérieures à un milliard de dollars ont été annoncées en 2025, égalant le niveau de 2024. Parmi elles figurent l’acquisition par Asahi des brasseries kényanes de Diageo pour 2,3 milliards de dollars, l’entrée de Vodafone, via Vodacom, à hauteur de 15% dans Safaricom pour 1,6 milliard de dollars, ou encore l’offre de Black Caspian sur Alexandria Container and Cargo Handling Company pour environ 1 milliard de dollars. À l’international, l’acquisition par Gold Fields Limited de Gold Road Resources pour 3,7 milliards de dollars constitue l’une des opérations sortantes majeures de l’année.

Le rôle structurant des capitaux privés

Selon une analyse de l’Association africaine du capital privé (AVCA), les acquéreurs stratégiques demeurent plus actifs que les fonds de capital-investissement dans les opérations de M&A en Afrique. Néanmoins, les investissements de capital privé se maintiennent à un niveau stable et progressent en Afrique du Nord.

Les investisseurs en capital-investissement ciblent notamment les secteurs de l’alimentation et de l’agroalimentaire, tandis que le capital-risque continue de s’orienter vers les entreprises technologiques. Parmi les opérations notables figure l’acquisition par Africa Lighthouse Capital d’une participation de 11,07 % dans Money Quest Investments, opérant sous la marque Bayport Financial Services au Botswana.

Le rapport « Africa – Holding firm / M&A activity in the continent is expected to stay strong in 2026 despite ongoing uncertainty » souligne également l’intérêt croissant des capitaux privés américains, européens et africains pour les transactions minières, en particulier dans les minéraux critiques. Cette tendance pourrait se renforcer à mesure que les stratégies de transition énergétique accentuent la demande en métaux stratégiques.

Un encadrement réglementaire plus exigeant

Parallèlement à cette dynamique, les gouvernements africains encadrent plus strictement les investissements directs étrangers. Les autorisations sont de plus en plus assorties d’exigences en matière de contenu local, de transfert de compétences ou de retombées économiques pour les communautés.

Il n’existe pas de définition uniforme de l’intérêt public sur le continent, et les objectifs poursuivis varient selon les pays. Certains États maintiennent des régimes incitatifs attractifs, mais ceux-ci sont désormais fréquemment conditionnés à des engagements précis en matière d’ancrage local.

Ce durcissement réglementaire s’inscrit dans une volonté de maximiser les retombées domestiques des investissements étrangers, tout en préservant l’attractivité des marchés.

Prédominance des ressources naturelles et de la consommation dans les opérations de grande taille

RangOpérationSecteurMontant
1Acquisition de Gold Road Resources par Gold Fields LimitedMines3,7 milliards USD
2Acquisition de Coca-Cola Beverages South Africa par Coca-Cola HBC AGConsommation2,6 milliards USD
3Acquisition des brasseries kényanes de Diageo par AsahiConsommation2,3 milliards USD
4Acquisition de 30 % du projet Baleine (Côte d’Ivoire) par Vitol auprès d’EniÉnergie1,65 milliard USD
5Acquisition de 15 % de Safaricom par Vodafone (via Vodacom) auprès du gouvernement kényanTélécommunications1,6 milliard USD

Classement met en évidence la prédominance des secteurs des ressources naturelles et de la consommation parmi les opérations de grande taille

Les perspectives pour 2026 s’inscrivent dans un environnement mondial toujours marqué par l’incertitude géopolitique et les tensions commerciales. Néanmoins, la stabilité relative des investissements entrants en 2025, tant en valeur qu’en nombre, témoigne d’une confiance persistante des investisseurs.

Le rapport «Africa – Holding firm / M&A activity in the continent is expected to stay strong in 2026 despite ongoing uncertainty» anticipe ainsi le maintien d’une activité soutenue en 2026. L’Afrique pourrait continuer d’être perçue comme une zone relativement neutre pour les exportations de minéraux critiques et d’énergie vers les États-Unis, l’Europe et l’Asie.

La déclaration d’intention conjointe entre les États-Unis et l’Union européenne concernant le corridor de Lobito, ainsi que le prêt de 553 millions de dollars accordé par la Société américaine de financement du développement international au consortium chargé de son développement, illustrent cette centralité croissante des infrastructures africaines dans les stratégies d’approvisionnement occidentales.

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, les données de 2025 suggèrent que les opérations de fusions-acquisitions en Afrique reposent sur des déterminants structurels: croissance démographique, urbanisation, besoins en infrastructures, et repositionnement du continent dans les chaînes de valeur mondiales.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 19/02/2026 à 10h25