Le groupe Dangote, qui a déjà mis en service en 2024 au Nigeria la plus grande raffinerie du continent, entreprend la construction d’une raffinerie d’une capacité prévue de 700.000 barils par jour à Lamu, sur la côte nord-est du Kenya, bordant l’océan Indien.
Aliko Dangote posera mercredi la première pierre de ce projet, d’un coût estimé par lui-même à 16 milliards de dollars et dont les travaux sont prévus pour durer 30 mois.
L’Afrique produit plusieurs millions de barils par jour, mais importe 70% des carburants consommés sur le continent, estime l’Africa Finance Corporation (AFC) dans un récent rapport, avertissant que cette dépendance africaine aux importations de carburants allait s’accentuer.
«D’ici 2030, la majorité des pays africains seront autosuffisants» en carburants, a affirmé M. Dangote, répondant à une question de l’AFP lors d’une rencontre avec des journalistes à Nairobi. «Cela importe peu où ils sont raffinés, mais cela devrait être sur le sol africain».
Dans son rapport, publié en avril, l’AFC estime que les importations de carburant du continent devraient représenter en 2040 environ trois fois la capacité de la raffinerie géante du groupe Dangote au Nigeria.
Aliko Dangote a aussi balayé les inquiétudes soulevées par son projet kényan, qui fait déjà l’objet d’un recours en justice par des familles assurant être spoliées de leurs terres et de l’opposition de défenseurs de l’environnement, dont Greenpeace qui estime qu’il «menace un écosystème fragile».
Le comté de Lamu comprend une vaste partie littorale - qui abrite un port en eaux profondes inauguré en 2021 - et un archipel de plusieurs petites îles.
«Il n’y a aucun problème», a assuré M. Dangote, blâmant «des gens qui ne veulent pas le développement de l’Afrique».
«Juste le début»
Les observateurs s’interrogent sur l’origine du pétrole qui alimentera cette future raffinerie kényane, les pays alentour commençant à peine à exploiter leurs réserves.
La raffinerie sera alimentée par du brut de plusieurs origines hors de la région et sera prête quand des pays tels que le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique produiront en quantité, a répondu M. Dangote.
«Allons-nous attendre» que l’Afrique abrite «un quart de la population mondiale avant de commencer à réfléchir à quoi faire? Il faut répondre au problème maintenant», a-t-il expliqué, soulignant que la raffinerie kényane ne répondrait que pour une petite part à la demande en Afrique si l’économie croît.
«Quand on parle de 700.000 barils par jour, c’est en réalité peu», mais «cette raffinerie, ce n’est pas tout ce que nous allons faire ici, c’est juste le début (...) Vous allez voir le nombre d’industries qui vont venir autour de la raffinerie», a-t-il assuré.
Il est temps, dit-il, que l’Afrique cesse d’exporter des matières premières et commence à fabriquer des produits finis.
«Le plus grand problème, c’est que nous (Africains) exportons des matières premières, à peut-être 5 à 10% de leur valeur» finale, «et nous nous retrouvons ensuite à acheter (les produits finis) à 100% de leur valeur», a-t-il ajouté.
«Nous (Africains) exportons des emplois, car en continuant à exporter des matières premières, nous créons des emplois là-bas. Et quand vous achetez des produits finis (...) vous importez de la pauvreté, parce que vous ne créez en fait aucun emploi ici», a-t-il expliqué.
