Qui au Mali de s’est pas déjà délecté du sirop de karkadé et tiré profit de ses multiples vertus? L’oseille de Guinée, dont le Mali est l’un des plus grands producteurs africains, fait partie avec le gingembre, le balanite, la mangue, le pain de singe et le mil, des produits agricoles transformés par l’unité agroalimentaire Djemanguele de Koulikoro, à 60 km de Bamako.
Évoluant dans le secteur depuis 2007, la chargée de la production, Diakité Mah Coulibaly explique que «la production de jus et de sirop constitue l’essentiel de l’activité de cette unité. Nous fabriquons des jus à base de mangue, de tamarin et de gingembre.»
Essentiellement portée par des femmes, Djemanguele produit du bissap, boisson tirée de l’oseille de Guinée, «Il nous faut un kilogramme de fleurs mélangé à onze litres d’eau auxquels nous rajoutons 1.250 grammes de sucre par litre. Une fois le mélange préparé, nous le faisons cuire dans une marmite, puis on procède au conditionnement dans des bouteilles soigneusement lavées» détaille Diakité Mah Coulibaly. Et c’est à partir de cette étape que se pose le problème de la clientèle.
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Mais en dépit de cet obstacle, le nombre d’unités de transformation agroalimentaire de type artisanal des fruits et légumes est passé de 90 à 182 soit une progression de 26% entre 2015 et 2019 selon un document de 2022, et signé FAO, Union européenne et Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
Cette évolution vient en appui au secteur primaire (agriculture, élevage, pêche) qui contribue à 41% dans la formation du PIB du Mali. «Mais si on considère aussi les autres fonctions des systèmes alimentaires- transformation, commerce, services- la contribution des systèmes alimentaires à l’économie du Mali est estimée à 52% du PIB. Ces systèmes alimentaires occupent 3 Maliens sur 4, au sein des 630.000 exploitations familiales».
Afin de faire face à la faible industrialisation de l’économie nationale et à la volonté de transformer in situ les produits du terroir, de nombreux Maliens se sont lancés au cours de ces dernières années dans des unités artisanales et/ou semi-industrialisées pour transformer un certain nombre de produits.
Dans cet élan, Djemanguele a plusieurs cordes à son arc et la transformation locale des céréales en fait partie. C’est Kadidiatou Traoré qui s’en occupe «mon travail consiste à transformer les produits locaux tels que le djouka, le couscous à base de mil et de haricot, ainsi que le couscous arabe».
Kadidiatou enchaine et expliquent les étapes de sa mission de transformation du djouka: lavage, séchage, moulage, mélange du mil avec de l’arachide avant de le fumer pour obtenir le produit fini. «Contrairement au fonio, notre djouka est issu du mil transformé.»
Cela fait exactement dix ans que Kadidiatou Traoré travaille dans cette unité de production, une activité qui l’a énormément enrichi en savoir-faire et en expérience, confie t-elle. Selon le document déjà cité, le nombre d’unité de transformation de céréales est passé de 100 à 257 soit une progression de 39% entre 2015 et 2019.
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Djemanguele travaille avec des séchoirs solaires, des marmites de cuisson de 500 litres, de pasteurisateur, des broyeurs, des pompes de transfert, et la capsuleuse manuelle pour la fermeture des bouteilles.
Selon Oumar Traoré, le gérant de l’unité de transformation, son entreprise emploi 16 salariés permanents, «cela contribue à aider l’Etat à réduire le taux de chômage» dit-il. Pour lui, «venir dans l’entreprenariat et avoir tout dans un, voir deux ans, que cela n’est pas possible». Il estime «qu’il faut beaucoup d’engagement pour réussir dans l’entreprenariat.» Mais se pose le sempiternel problème d’une clientèle difficile à approcher auquel s’ajoute le manque de formation en gestion et marketing.