Les cours de plusieurs minerais ont atteint des niveaux jamais enregistrés. C’est le cas des métaux précieux comme l’or, l’argent, le platine,…, mais aussi des minerais dits stratégiques (cobalt, cuivre,…) très demandés par l’industrie électronique de pointe dans le cadre de la transition énergétique.
Pour de nombreux minerais, les cours, cotés au niveau des bourses américaines et anglaises, ont tout simplement explosé. Ainsi, les prix de l’or, du platine, de l’argent et du cobalt ont terminé l’année avec des progressions respectives de 66%, 124%, 144% et 120%. D’autres minerais ont aussi tiré profit d’un environnement globalement favorable et ont vu leur cours croitre sensiblement comme le cuivre, l’étain, l’aluminium…
Globalement, il y a un attrait sectoriel pour les métaux, qu’ils soient précieux (or, argent, platine…), c’est-à-dire des métaux de grande valeur économique, ou non (cobalt, cuivre, lithium…). Certains de ces métaux bénéficient même d’une sorte d’effet de contagion.
Lire aussi : Les cours des minerais fluctuent: fortunes et infortunes des producteurs africains
Qu’est-ce qui explique cette flambée des cours de ces minerais? Derrière cette flambée, une conjonction de facteurs. D’abord, ces fortes hausses sont le résultat de déséquilibres entre l’offre et la demande au niveau mondial qui peuvent être d’ordre structurel ou conjoncturel.
La forte demande des industries de pointe et l’essor industriel du secteur de transition énergétique impactent sur les cours de certains minerais dits stratégiques. Ensuite, il y a les tensions géopolitiques et les conditions macro-économiques, liées en grande partie à la présidence de Donald Trump. Outre les effets des politiques tarifaires (surtaxe sur le cuivre de 50%), il y a le comportement du billet vert et des taux d’intérêt bas, dans le sillage de la baisse du taux directeur américain, encouragée par Trump.
Or, les taux d’intérêt bas rendent le dollar moins intéressant et l’investissement dans les métaux précieux plus attractif. Par ailleurs, la conjoncture et les tensions géopolitiques pousse certains métaux à retrouver encore plus leur titre de valeur de refuge. C’est le cas notamment pour l’or, l’argent et même le platine qui en tirent profit par effet de contagion.
Lire aussi : «Plus de 40% des richesses naturelles mondiales, 5% de profit»: le paradoxe africain débattu aux MEDays
Les investisseurs, dans un contexte d’incertitudes géopolitiques persistantes, tout en intégrant des perspectives d’assouplissement monétaire aux États-Unis, ont tendance à renforcer leur exposition aux actifs de refuge (or, argent et platine), c’est-à-dire des actifs sûrs à long terme, achetés notamment par les banques centrales ou les particuliers pour assurer leurs arrières en période d’incertitudes, comme c’est le cas actuellement.
Ces métaux bénéficient cette année de la perte d’attractivité du dollar et des obligations d’État américaines, habituellement valeurs refuges concurrentes des métaux précieux.
Bref, ces métaux sont globalement portés par une «conjoncture favorable» combinant tensions géopolitiques et commerciales, baisses des taux, stratégie des banques centrales, dynamique de croissance de nombreux secteurs d’activité,… Et pour chaque minerai, des facteurs spécifiques peuvent aussi influer sur le cours. Par exemple, l’impact des achats des banques centrales, notamment en ce qui concerne les lingots d’or, influe aussi sur le cours du métal jaune.
Lire aussi : Le pétrole tire vers le bas et l’or brille: qui en profite et qui en pâtit en Afrique
Tous ces facteurs ont créé une forte tendance haussière des cours des métaux sur le marché international. Toutefois, les minerais n’ont pas tous bénéficié de cette hausse dans les mêmes proportions. Certains métaux ont vu leurs cours flamber durant l’année 2025 augurant des retombées positives sur certains pays africains producteurs.
Or : une vraie valeur refuge
C’est l’or, le métal le plus précieux, qui a donné le tempo de la hausse des cours des métaux. Dans le sillage de l’évolution de son cours ces dernières années, l’once d’or (31,1 grammes) a flambé en 2025, multipliant les records. Le cours de l’or est passé de 2.607 dollars à un pic de 4.549,71dollars l’once, le vendredi 26 décembre, avant de reculer à cause des prises de bénéfices, pour finir l’année à hauteur de 4.315 dollars lors de la dernière séance de l’année 2025, affichant une progression de 66%.
Plusieurs facteurs expliquent la flambée de l’or dont la disponibilité des stocks des lingots d’or des banques, l’état des réserves en or dans le monde, la demande industrielle, la demande de la joaillerie mondiale et les investissements.
En 2025, le cours du métal précieux a connu de fortes fluctuations avec une tendance globalement haussière, sous l’effet de la demande du marché et des incertitudes de l’économie mondiale et des tensions géopolitiques internationales, en jouant le rôle de valeur de refuge.
Lire aussi : Les producteurs d’or africains face à un paradoxe: cours record, bénéfices limités
Au niveau de l’offre, il faut souligner que les mines produisent environ 60% de l’offre mondiale, les 40% restant proviennent du recyclage et des reventes de stocks des banques centrales.
L’once d’or est aussi portée par les facteurs macro-économiques comme les anticipations de baisse des taux directeurs de la Réserve Fédérale (Fed) et ses impacts sur les taux d’intérêt.
Le cours de l'or a bondi de 66% en 2025 pour clôturer l'année à hauteur de 4315 dollars l'once. L'offre d'or, les tensions géopolitiques, la baisse du dollar et des taux d'intérêt,... sont derrière la flambée du métal jaune qui sert de valeur de refuge.. DR
Rappelons que l’or, inaltérable et inoxydable, est principalement utilisé pour la joaillerie (plus de 40%), la thésaurisation (réserves des banques centrales, investissement), l’usage pour les applications industrielles et technologiques, notamment en électronique (conducteurs, circuits imprimés) pour sa conductivité thermique et électrique exceptionnelle et les investissements.
Cette flambée du cours du métal jaune va profiter à de nombreux pays africains qui en sont des producteurs. L’Afrique détient autour de 30% des réserves d’or prouvées du monde. Les principaux sont le Ghana, premier producteur aurifère du continent (140,60 tonnes en 2024), le Mali (100 tonnes), l’Afrique du Sud (99 tonnes), Burkina Faso (95 tonnes), la Guinée (68 tonnes), la Côte d’Ivoire (58 tonnes), la Tanzanie (52 tonnes), le Zimbabwe (51 tonnes), la RDC (42,3 tonnes)…
Lire aussi : Réappropriation des minerais: l’Afrique de l’Ouest, nouveau gisement du souverainisme économique
Le Mali et le Burkina Faso qui se sont appropriés davantage de leurs ressources aurifères en modifiant leurs codes miniers pour monter davantage dans les tours de table des entreprises qui exploitent leurs ressources aurifères devraient pleinement tirer de la flambée des cours du métaux jaune, contrairement à d’autres pays qui ne détiennent que de faibles parts dans les sociétés minières contrôlées largement par les multinationales, à l’instar de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Soudan, de la RDC,…
Argent : valeur refuge derrière l’or
Dans le sillage de l’or, l’argent brille. Le métal blanc, brillant, malléable et ductile, a vu son cours croître de 144% à 71,83 dollars l’once (31,1 grammes), affichant ainsi la plus forte hausse des cours des minerais en 2025. L’once avait même atteint un pic à 75,15 dollars, un niveau jamais vue depuis 1979. Le cours de l’argent est fixé quotidiennement à 12h à la London Bullion Market Association (LBMA).
L’argent gagne en valeur sur fond d’incertitudes économiques et géopolitiques, mais c’est la demande des industriels qui influe le plus sur les cours.
Surnommé «l’or du pauvre», l’argent est un placement complémentaire au métal jaune et représente une opportunité d’investissement idéal.
Lire aussi : RDC: reprise des exportations du cobalt après dix mois de suspension
Pour 2026, grâce à une demande soutenu, un cours très bas et une extraction de plus en plus coûteuse, le cours de l’argent devrait continuer à s’envoler.
Cette hausse va profiter aux producteurs africains: Maroc, Afrique du Sud, Tanzanie, Namibie, Ghana... Le Maroc concentre une grande partie de la production du continent grâce notamment à des mines comme Zgounder dont la production devrait atteindre 155 tonnes en 2025.
Platine : l’Afrique du Sud assure 70% de la production mondiale
Le platine, un métal précieux longtemps resté dans l’ombre de l’or et de l’argent, a vu son cours croitre fortement de 124% à 2053 dollars la tonne, depuis le début de l’année, soit l’un des métaux dont le cours s’est le plus apprécié en 2025 à côté de l’argent. Le cours du platine est fixé quotidiennement à la London Platinum & Palladium Market par BASF Metals, Goldman Sachs, HSBC et la Standard Bank, a atteint son plus haut niveau depuis 2008.
Cette forte hausse s’explique par la rareté du métal, doté de propriétés uniques et largement utilisé dans l’industrie. C’est l’un des métaux précieux les plus rares et les plus recherchés au monde grâce à sa résistance exceptionnelle à l’usure et à la corrosion. Sa production est essentiellement assurée par deux pays: l’Afrique du Sud et la Russie. Ce qui en fait un métal rare sur les marchés actuellement.
Lire aussi : L’Afrique veut créer une coalition sur les métaux critiques
Cette hausse s’explique aussi par le fait que ce métal précieux attire de plus en plus d’investisseurs. Le platine jouant aussi un rôle de valeur de refuge durant cette période d’incertitude, derrière l’or et l’argent, avec toutefois une volatilité plus marquée
A l’instar de l’or et l’argent, l’attrait du platine ne se limite pas à la joaillerie haut de gamme grâce à son éclat et sa rareté qui en font un matériaux de choix, le métal occupe une place essentielle dans plusieurs secteurs en raison de ses propriétés uniques (résistance à la chaleur, inertie chimique, conductivité,…).
Le platine est particulièrement recherché par l’industrie automobile, où il est intégré aux pots catalytiques pour réduire les émissions polluantes. Ce métal est également utilisé dans le secteur chimique comme catalyseur dans la production d’acides ou de carburants synthétiques et enfin, dans le secteur d’équipements médicaux (stimulateurs cardiaques, instruments de chirurgie,…).
Ainsi, tout développement technologique de ces industries créé une demande supplémentaire et des tensions sur le cours du fait de la dépendance au marché sud-africain.
Lire aussi : Le précieux filon du raffinage de l’or en Afrique
Outre l’effet de la forte concentration de la production sur deux pays, il y a aussi l’impact macro-économique. En effet, même si le métal est perçu comme une valeur refuge en période d’incertitude, le platine réagit surtout aux cycles de croissance mondiale du fait des secteurs à l’origine de sa demande, du comportement de la monnaie américaine, ce métal étant coté en dollar, et des taux d’intérêt réels.
Au niveau du continent africain, le grand bénéficiaire de la flambée du cours du platine est l’Afrique du Sud qui concentre, à elle seule, plus de 70% de la production mondiale.
Cobalt: la RDC interdit les exportations, les prix s’envolent
Le cours du cobalt s’échange à 53.400 dollars la tonne, contre 24.300 dollars à fin 2024, soit une progression exceptionnelle de 120%. Malgré cette flambée, le prix du minerai est loin de s’approcher des sommets atteint en avril 2022 à hauteur de 82.980 dollars la tonne, ou du pic record de 92.575,8 dollars la tonne atteint le 19 mars 2028.
Au-delà de la forte demande en cobalt par le secteur de la transition énergétique, notamment pour la fabrication des batteries électriques et des téléphones portables, cette hausse du cours s’explique par la forte concentration de la production sur une poignée de producteur dont la RDC qui contrôle à elle seule plus de 75% de la production mondiale et surtout de la politique d’interdiction des exportations décidée par ce pays durant dix mois en 2025 visant à enrayer la chute du cours provoquée par un excédent d’offre sur le marché mondial.
Lire aussi : Métaux critiques: avec 2% de raffinage local, l’Afrique face au risque d’un siècle sans industrialisation
A noter que la Chine joue un rôle majeur dans l’achat du cobalt congolais dont elle contrôle les principales mines. Elle reçoit autour de 80% de la production de la RDC et est essentiellement derrière le raffinage du cobalt.
La demande de cobalt bénéficie du développement des chaines de valeur des technologies bas carbone, notamment des voitures électriques dont la production se développe, notamment en Chine et qui devrait être boostée par la décision de l’Union européenne d’arrêter les ventes de véhicules neufs à moteurs thermiques à l’horizon 2035, dans le cadre de ses objectifs climatiques.
Le plus grand bénéficiaire au niveau du continent africain de la forte hausse du cobalt est bien évidemment la RDC, également à l’origine de la flambée du cours en 2025. En effet, le pays dispose des plus grandes réserves de cobalt du monde et a fourni, en 2024, près de 76% de la production mondiale, soit 220.000 tonnes, selon l’Institut américaine d’études géologiques (USGS).
Lire aussi : Minéraux critiques: ce qui fait encore défaut aux pays africains pour capter davantage de valeur ajoutée
La RDC est plus qu’un faiseur de marché dont elle peut dicter la loi comme l’année dernière poussant à la forte remontée du cours du cobalt. Les autres producteurs africains du cobalt sont le Rwanda, le Zimbabwe, la Zambie, le Madagascar, la Tanzanie, le Maroc, l’Afrique du Sud,…
Cuivre: Trump fait flamber les prix
Le cours du cuivre a dépassé la barre des 12.500 dollars la tonne à fin 2025, affichant un niveau record. Le cours a ainsi progressé d’environ 45% par rapport à celui de fin 2024 (8652 dollars/tonne).
Derrière cette flambée de l’«or rouge», il y a les conséquences de la politique commerciale de Donald Trump et les craintes de voir le cuivre taxé plus qu’il ne l’est qui ont poussé les importateurs américains à importer en masse le métal et faire augmenter sensiblement son prix. Le président américain a annoncé, le 8 juillet 2025, l’entrée en vigueur de la surtaxe de 50% de droits de douanes sur les importations américaines de cuivre à partir du 1er août.
Lire aussi : Métaux critiques: pourquoi les Occidentaux s’allient aux pays du Golfe pour acquérir des actifs miniers en Afrique
A cela, il faut ajouter les craintes de pénurie de cuivre sur le marché sur fond d’utilisation intensive du métal. Le cuivre est un métal décisif sur le plan industriel où il est utilisé dans des industries décisives et en forte croissance comme celles des batteries électriques, les systèmes électriques, les panneaux photovoltaïques, les datacenters dont le nombre et la taille explosent grâce au développement de l’intelligence artificielle.
Alors que la demande est forte, l’offre et les stocks mondiaux ne sont pas en hausse du fait que les cycles pour accélérer la production sont plutôt lents. Ce déséquilibre entre l’évolution de la demande et celle de l’offre entraine des tensions au niveau du prix du cuivre sur le marché mondial. Ce déséquilibre est accentué par des accidents qui ont touché certaines mines.
A titre d’exemple, la compagnie Ivanhoe, active en RDC sur l’un des plus grands projets au monde, a rapporté un incident sismique qui l’a conduit à réduire ses objectifs de production en 2025 et 2026. De même, un glissement de terrain à Grasberg, en Indonésie, deuxième plus grande mine de cuivre au monde, a poussé l’américain Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc., l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre et d’or, à réduire de 35% sa production prévue en 2026.
Lire aussi : Voici les nouveaux tarifs douaniers imposés par Donald Trump aux pays africains
Après avoir gagné plus de 15% en décembre, le cours du cuivre devrait continuer à monter durant le début de 2026, à cause des anticipations sur d’éventuels droits de douane américains sur le cuivre raffiné. «Nous sommes convaincus que le cuivre dispose d’un potentiel haussier jusqu’en 2026, soutenu par plusieurs facteurs favorables, notamment un environnement fondamental et macroéconomique progressivement plus porteur», avancent les analystes de Citigroup.
Lithium: quand la Chine dicte sa loi
Le cours du lithium (carbonate de lithium qualité batterie) en Chine, référence mondiale, a progressé de 57,23% passant de 75.500 yuans/tonne (CNY/tonne) à fin 2024 à 118.000 CNY/tonne le 30 décembre 2025. Rien que durant le mois de décembre, le cours du métal a augmenté de 25%.
Malgré cette flambée, le cours du lithium se trouve toujours à un niveau très bas par rapport aux pics précédents des plus de 597.000 CNY/tonne en novembre 2022. Une situation qui s’explique par une surabondance de l’offre. Le marché du lithium est très cyclique, alternant de fortes hausses suivies de corrections.
La demande de batteries électriques pour les véhicules électriques reste le principal moteur de l’évolution du cours.
Le lithium est un métal alcalin très léger (c’est l’élément solide le plus léger de la planète) et réactif, essentiel à la transition énergétique, principalement utilisé dans les batteries lithium-ion pour l’électronique et les véhicules électriques. Ce métal est essentiel pour le stockage d’énergie.
La tendance haussière du cours du lithium devrait se maintenir en 2026 grâce à la demande de batteries électriques. Cependant, les nouveaux projets miniers peuvent impacter l’offre future et contribuer à la correction du cours.
Les principaux producteurs africains du lithium sont le Zimbabwe, la RDC, le Mali et la Namibie.
Lire aussi : «Sans infrastructures ni expertise»: que fera l’Afrique de ses 64 gisements de minerais critiques?
D’autres métaux ont bénéficié de cette embellie des cours dont l’étain (50%).
Du côté des perspectives, le rallye des matières premières devrait se poursuivre en 2026, mais à un rythme beaucoup moins soutenu. Les analystes restent optimistes avec des objectifs de 5.000 dollars l’once pour l’or, 100 dollars pour l’argent en 2026, si la Réserve fédérale adopte une politique accommodante et si la demande industrielle et les contraintes de l’offre persistent.
Toutefois, certains facteurs, notamment les tensions géopolitiques et les politiques commerciales, de nouvelles baisses de taux de la Reserve Fédérale en 2026 dans le sillage d’un ralentissement de l’inflation peuvent accélérer la tendance haussière où entrainer un repli des cours.
Les investisseurs s’inquiètent aussi des dettes publiques des grandes puissances et d’une bulle dans le secteur de l’intelligence artificielle. Tous ces incertitudes concourent à faire encore grimper l’or, l’argent et les autres métaux précieux.














