Pétrole: comment le Nigéria augmente sensiblement sa production de brut

Le 09/04/2026 à 16h21

Premier producteur de pétrole africain, le Nigeria est en train de creuser l’écart avec ses poursuivants en augmentant de manière conséquente sa production quotidienne qui oscille entre 1,6 et 1,7 million de barils par jour sous l’effet d’une conjonction de facteurs. Une aubaine pour le pays le plus peuplé d’Afrique dans un contexte mondial marqué par les tensions au Moyen-Orient et qui vont redistribuer les circuits d’approvisionnement du pétrole brut dans le monde.

Le pétrole est le cœur battant de l’économie nigériane. L’or noir représente autour de 90% des recettes d’exportation et plus de 40% des recettes budgétaires de l’Etat fédéral. En 2025, le secteur pétrolier a généré environ 37 milliards de dollars de recettes d’exportation, contre 34 milliards de dollars l’année précédente.

Seulement, après un niveau record de 2,47 millions de barils/jour (mb/j) en novembre 2005 et une production moyenne de 2,28 mb/j en 2006, la production n’a cessé depuis de décliner, tombant autour de 1,15-1,30 mb/j en 2022, cédant même momentanément la première place de producteur d’or noir d’Afrique à l’Angola.

Pourtant, le pays dispose des réserves de pétrole prouvées estimées à plus de 37 milliards de barils de pétrole. Premier producteur africain de pétrole, le pays a eu du mal à réorienter la tendance baissière de sa production.

Toutefois, les nouvelles autorités du pays sont engagées à inverser la tendance e plusieurs mesures ont été prises. Et les résultats, bien qu’en deçà des objectifs, demeurent encourageants.

Il y a, en premier lieu, la volonté politique d’inverser la tendance baissière de la production. Stratégique pour le pays, les autorités nigérianes ont lancé, en octobre 2024, le Project One Million Barrels (POMB), une initiative de la Commission nigériane de régulation du secteur pétrolier en amont (Nuprc) et qui vise à accroître la production du brut du pays.

Celui-ci vise à injecter un mb/j supplémentaires entre 12 et 24 mois et faire passer la production journalière du pays de 1,46 mm/J à 2,5 mb/j d’ici fin 2026. Sur le long terme, le gouvernement table sur une production de 4 millions de barils par jour.

Mi-2025, le projet avait permis d’injecter environ 300 000 b/j permettant d’accroître la production à hauteur de 1,7-1,8 mb/j. Toutefois, la production a été loin d’être stable sur la période et la production moyenne de pétrole brut s’est établie autour de 1,52 million mb/j en 2025.

Ensuite, il y a la lutte contre le siphonage qui a donné de bons résultats et réduit les volumes de brut détournés par les trafiquants qui alimentaient des unités de raffinages clandestins. Pour y parvenir, les autorités nigérianes ont collaboré avec les firmes qui exploitent les gisements pétroliers et renforcé les mesures de sécurité. Le siphonage était l’une des causes de la chute de la production nigériane du brut et avait découragé de nombreux majors pétroliers à se désintéresser du pays. Selon les autorités, le siphonage faisait perdre entre 300.000 et 500.000 barils/jour au pays.

En outre, il y a aussi l’impact des réformes structurelles de grande ampleur entreprises par les autorités pour attirer les investisseurs étrangers, notamment les majors du secteur pétroliers vers le Nigeria. Parmi celles-ci figure la mise en œuvre de la loi sur l’industrie pétrolière, qui a instauré un régime fiscal plus transparent et plus prévisible permettant l’accélération des procédures d’autorisation et de relancer des projets longtemps différés.

Ces réformes ont eu des impacts positifs en engendrant d’importants investissements ces deux dernières années au niveau du secteur pétrolier nigérian par les majors du secteur aussi bien au niveau du pétrole que du gaz. Selon la Chambre africaine de l’énergie (AEC), «rien qu’en 2025, le pays a obtenu 28 nouveaux plans de développement de gisements d’une valeur de 18,2 milliards de dollars, débloquant ainsi environ 1,4 milliard de barils de réserves de pétrole brut».

Parmi ces projets figurent ceux de Bonga North (Shell), Ubeta Gas (TotalEnergies), Owowo West (ExxonMobil), Preowei (TotalEnergies),… Ces approbations portent sur des projets qui correspondent à des volumes additionnels estimés à 1,4 milliard de barils équivalents pétrole et 5,4 trillons de pieds cubes de gaz.

L’impact sur le terrain est notable avec une très forte hausse du nombre de plateforme de forage qui est passé de 8 en 2021 à près de 70 en 2025 dont une quarantaine en opération.

Enfin, il y a la forte demande locale de raffinage qui pousse les autorités à miser sur l’augmentation de la production de pétrole disposant d’un débouché fiable à même d’absorber une très grande partie de la production du brut du pays.

Tous ces facteurs combinés à une efficacité opérationnelle accrue ont contribué à rehausser la production de brut du premier producteur de pétrole africain pour atteindre actuellement 1,6 à 1,7 million de barils de pétrole par jour.

Reste que la production fluctue fortement d’un mois à l’autre. Preuve que les autorités n’arrivent pas à rassembler le puzzle pour assurer une hausse régulière de la production du brut. Pour atteindre les objectifs fixés, le pays doit relever de nombreux défis dont la mise à niveau des infrastructures vétustes. A ce titre, il faut rappeler la mise en service d’un nouveau terminal pétrolier dédié à la production marginale dans le delta du Niger pour faciliter l’évacuation des volumes des petits producteurs.

Cette augmentation de la production est une aubaine pour la troisième puissance économique africaine et la première puissance démographique du continent. D’abord, cette hausse va permettre d’approvisionnement la méga6raffinerie d’Aliko Dangote d’une capacité de traitement de 650.000 barils par jour. Ce d’autant que cette raffinerie est en cours d’extension pour porter sa capacité de raffinage à 1,4 million de barils par jour et devenir la plus grande raffinerie du monde.

Ensuite, cette hausse permet d’accroitre les capacités d’exportation du brut nigérian sur le marché international au niveau duquel les cartes pourraient connaître une certaine redistribution suite à la guerre du Moyen-Orient qui s’est traduite par la fermeture du détroit d’Hormuz d’où transitent 20% de la production du brut et du gaz mondial.

Une fermeture qui a eu des conséquences néfastes sur l’approvisionnement de nombreux pays, notamment ceux d’Asie de l’Est et qui devrait pousser certains de ces pays à vouloir diversifier leurs sources d’approvisionnement en pétrole, gaz et produits pétroliers raffinés. Et en tant que premier producteur africain, le Nigeria sera à même de capter une partie de cette demande future, surtout si le pays arrive à continuer à accroitre sa production de brut et raffinée.

Par Moussa Diop
Le 09/04/2026 à 16h21