Guinée: il y a 7 ans, 150 personnes étaient massacrées et la justice traîne

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Le 29/09/2016 à 11h42, mis à jour le 29/09/2016 à 11h42

Le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry est le pire dans l'histoire de la Guinée. Les familles des dizaines de personnes tuées et les victimes de viols et de tortures demandent réparation. L'Afrique attend que démonstration lui soit faite de sa capacité à tenir un tel procès.

Kiosque Le360 Afrique. Plusieurs centaines de familles attendent que justice soit faite, dans ce qui est l’épisode le plus tragique de l’histoire de la Guinée, sept ans après les faits. Le 28 septembre 2009, sous le régime du putschiste Moussa Dadis Camara (dit Dadis), plus de 150 personnes qui manifestaient pacifiquement, confinés au Stade de Conakry, ont été tuées par les forces de l’ordre. On signale également une centaine de cas de viols et beaucoup d’autres de tortures et de sévices de toute sorte. 

Longue attente

"Combien de temps allons-nous devoir encore attendre avant que justice ne soit rendue?", se demande Asmaou Diallo, présidente de l’association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) dans les colonnes d’Amina, un journal en ligne guinéen. Selon elle, même s’il y a des "progrès réalisés", les six organisations intéressées par le dossier attendent "avec impatience le jour où les personnes responsables des meurtres seront jugées".

Les six organisations en question sont la FIDH, Human Rights Watch (HRW), l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH), l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA), Les mêmes droits pour tous (MDT), et la Coordination des organisations de défense des droits de l’Homme (CODDH).

Toumba Diakité en fuite: coupable ou bouc émissaire?

Une enquête a été ouverte cinq mois après le fameux massacre, en février 2010, à la chute de la junte militaire. Cependant, elle traîne en longueur à cause d’obstacles politiques, financiers et logistiques, même si les ONG reconnaissent certains progrès. Il y a eu des inculpations dont d’anciens et d’actuels hauts fonctionnaires guinéens. Parmi eux, Dadis qui était à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Son vice-président Mamadouba Toto Camara également. Dadis est actuellement réfugié au Burkina Faso au terme de l’accord qui avait permis de rendre le pouvoir aux civils. En septembre 2015, il a même déclaré sa candidature aux prochaines élections présidentielles guinéennes.

L’autre responsable présumé de ces massacres est "le bras droit de Dadis à l'époque, Toumba Diakité, inculpé lui aussi, mais toujours en fuite, au grand dam des victimes", nous informe RFI. Selon la radio française, Toumba Diakité n’a donc pas été entendu par les juges. Or depuis novembre 2009, la plupart des membres du CNDD - nom officiel de la junte au pouvoir en Guinée en 2009 - s’emploient pour leur défense à le désigner comme l'unique responsable du massacre, assurant qu’il aurait agi seul, en désobéissant aux instructions". Pour la FIDH, "s'il ne livre pas aux juges sa version des faits, il sera sans doute le bouc émissaire du procès au détriment peut-être de la vérité".

Une leçon guinéenne à l'Afrique

Quoi qu’il en soit, sept ans c’est long, mais tout le monde reconnait que ce genre de dossier est souvent compliqué et qu’une précipitation pourrait également nuire à la justice. Par ailleurs si les victimes attendent que justice leur soit rendue, l’Afrique cherche la preuve qu’elle est capable de se prendre en main sur le plan judiciaire sans avoir besoin de l’assistanat international. Par ce dossier, la justice guinéenne est en train de donner une leçon aux pays africains qui se précipitent pour jeter leurs ressortissants entre les mains de la Cour pénale internationale (CPI).

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 29/09/2016 à 11h42, mis à jour le 29/09/2016 à 11h42