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Guinée: l'inexécution des décisions de justice préoccupe

Publié le 25/05/2017 à 17h27 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Dans l'affaire Anta Ndiaye, le marteau de la justice a tapé un peu fort

Dans l'affaire Anta Ndiaye, le marteau de la justice a tapé un peu fort

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#Guinée : Magistrats et huissiers ont rencontré mardi les chefs de quartiers de la commune de Kaloum —centre administratif et des affaires de Conakry— dont les habitants sont réputés pour leur opposition à l'exécution des décisions de justice. C'est le début d'une série de rencontres dans tout le pays.

«Les décisions de justice sont rendues au nom du peuple de Guinée, s'opposer à leur exécution, c'est s'opposer à la volonté du peuple», a clairement signifié le procureur général de la Cour d'appel de Conakry, Mondjour Chérif, à la dizaine de chefs de quartier rencontrés mardi dans les locaux de la Cour d'appel.

Tout en sollicitant l'implication de tous, Mondjour Chérif a mis en garde contre toute opposition à une quelconque exécution de décision de justice. «Tout chef de quartier qui soutient une quelconque opposition à des huissiers de justice en train d'exécuter une décision de justice est un complice de cette opposition», a-t-il dit.

Les huissiers de justice ont été les plus heureux de la tenue de cette rencontre, première du genre entre acteurs de justice, autorités locales et forces de l'ordre. Depuis des années, ces auxiliaires de justice se plaignent de cette problématique qui a fini par être la préoccupation de  tous les acteurs de justice.


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En 2016, les huissiers de justice ont saisi le président de la République sur la question. Mais celui-ci n'avait pas donné suite à leur requête visant son implication personnelle en faveur d'une meilleure application des décisions. Les huissiers étaient alors convaincus que c'est le président de la République qui était derrière ce phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années.

«Les services de sécurité refusent systématiquement d'assister les huissiers de justice au motif qu'ils auraient reçu des instructions de la plus haute autorité, le Président de la République», avait dénoncé la Chambre des huissiers de justice qui avait alors menacé d'assigner l'Etat devant un tribunal pour violation de l'article 29 de l'OHADA.

Le parquet non plus n'avait pas été épargné des dénonciations de la Chambre des huissiers de justice. Elle avait indiqué que les parquetiers, qui devraient être la cheville ouvrière de l'exécution des décisions de justice, ont échoué dans leur vocation à travers leur refus de signer les réquisitions.


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«Mieux vaut ne pas avoir des cours et tribunaux que de ne pas appliquer les décisions de justice. La finalité du travail de la justice c'est l'application de sa décision», a indiqué Me Seydouba Kissing Camara, président de la Chambre des huissiers de justice. «Si nous voulons voir les investisseurs s'intéresser à ce pays, il faudrait qu'on cesse de faire souffrir les bénéficiaires des décisions de justice. Ce n'est pas parce qu'on est fort du pouvoir ou de l'argent qu'on doit s'opposer à l'exécution d'une décision de justice», ajoute l'huissier.

Au terme de cette première rencontre, les huissiers espèrent qu'exécuter une décision de justice ne sera plus un casse-tête en Guinée. «Nous croyons qu'ils (les chefs de quartier) se sont engagés, mais comme ce sont des politiciens, tu ne peux pas connaitre ce qu'ils vont faire après», reste tout de même prudent, Me Kissing.
Le 25/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

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