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Sahel: face à l'impopularité de Barkhane, la France va réduire sa présence militaire

Mise à jour le 06/11/2020 à 13h24 Publié le 06/11/2020 à 13h23 Par Le360 Afrique - Afp

#Politique
Barkhane et jihadistes

La force Barkhane a remporté plusieurs victoires, mais la situation ne fait qu'empirer dans le nord Mali.

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#Mali : La France va retirer dès le mois de février prochain plusieurs centaines de soldats de la force Barkhane positionnée dans le Sahel. Une décision motivée par l'impopularité de son intervention qui lui vaut d'être qualifiée de force d'occupation, alors que Barkhane est un gouffre financier.


Les Africains n'ont cessé de qualifier Barkhane de force d'occupation, allant jusqu'à rendre la France responsable de la complication de la situation dans le nord Mali. L'impopularité de la force française est telle qu'à plusieurs occasions, lors de manifestations au Mali, le drapeau tricolore a été incendié.

S'il est vrai pourtant que l'opération Serval puis celle de Barkhane ont permis au Mali de récupérer puis de garder dans son giron la partie nord du pays, il n'en demeure pas moins qu'il y a eu des ratés dans l'intervention française. Comme le fait d'avoir permis aux rebelles touaregs de contrôler la ville de Kidal en empêchant les forces régulières maliennes de la leur reprendre.


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En tout cas, l'hostilité de l'opinion publique malienne en particulier et africaine en général fait qu'il est impératif de revoir les choses. Cela passe évidemment par la réduction des troupes, après leur renforcement de janvier dernier. Sauf que ce retrait risque de créer un vide dans lequel les djihadistes n'hésiteront pas à s'engouffrer, surtout après la libération controversée de 200 d'entre eux en octobre dernier et le paiement en leur faveur d'une rançon de 30 millions d'euros, selon l'un des djihadistes, actuellement arrêté par l'armée algérienne après son élargissement.

Pour éviter cet éventuel appel d'air, il y a la force européenne récemment créée, baptisée Takupa. Paris mise ainsi beaucoup sur Takuba, un groupement de forces spéciales européennes censées accompagner les Maliens au combat et aider à recréer de la confiance entre ces soldats et la population. Une centaine d'Estoniens et de Français ont accompli en octobre leur première mission dans le Liptako (nord-est). Quelque 60 Tchèques devraient prochainement les rejoindre, puis 150 Suédois en 2021. Il leur faudra faire leurs preuves pour espérer attirer d'autres Européens.


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Si Takupa réussit à se substituer progressivement à la force française Barkhane, ce sera un gain certain pour l'image de la France qui pourra garder le commandement de ces forces spéciales européennes sans pour autant être taxée d'occupant.

En tout cas, ces changements sont tout l'enjeu des récentes visites au Mali de Florence Parly, ministre française des Armées et de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères. Ils devaient en effet faire un point sur la situation au Sahel, eu égard à l'engagement de Barkhane.

"On s'approche de la fin de l'année, c'est un moment naturel pour faire un point d'avancement", faisait valoir Florence Parly en marge de son déplacement. Emmanuel Macron avait déjà promis en juillet de nouveaux arbitrages "en fin d'année" sur la plus grosse opération extérieure française.


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En tout cas, ce retrait est déjà programmé. Il reste seulement à savoir combien de soldats quitteront le Mali à moyen terme. Dès février, sur les 5.100 actuellement dans le Sahel, plusieurs centaines devraient quitter le territoire, selon des sources françaises qui précisent que les fonctions transverses telles que le soutien, le renseignement et le génie pourraient également être concernées.

Ce qui est clair, c'est que la France n'a plus grand intérêt à rester au Mali où la situation empire de jour en jour. Les sept années de présence ont permis de neutraliser des dizaines, voire des centaines de djihadistes, mais l'Etat islamique pour le Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM) sont comme l'Hydre de Lerne aux multiples têtes; il suffit d'en couper une pour qu'en repoussent deux autres. D'ailleurs, les récentes victoires contre l'EIGS ont permis au GSIM d'avoir du répit et de se refaire une santé.

Pendant ce temps, le budget colossal consacré à l'opération n'est pas payé de retour en matière d'image pour la France. Au contraire, beaucoup voient dans cet effort de rester au Mali une manière de défendre des intérêts cachés. Il y aurait beaucoup d'or en jeu disent certains, alors que d'autres estiment que le pétrole et le gaz, voire l'uranium sont les véritables enjeux de cette présence militaire.
Le 06/11/2020 Par Le360 Afrique - Afp

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