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Mali: une journée de Ramadan à Bamako

Publié le 03/07/2016 à 17h15 Par De notre correspondant à Bamako Daouda Tougan Konaté

#Société
Mali
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#Mali : Hausse spectaculaire des prix de certaines denrées de première nécessité, jeux du chat et de la souris entre l’Etat et des commerçants véreux concernant le respect des prix consensuels de certains produits, notamment la viande. Tel est le quotidien des Maliens en ce mois de Ramadan.

Le mois de carême, censé être un mois de solidarité, est tout le contraire au Mali. Et les Maliens semblent s’habituer, comme nous le confie Dianguiné Camara, notable à Hamdallaye, un quartier de la Commune IV du District. «Que les prix prennent l’ascenseur, cela ne nous surprend guère, puisque c’est comme ça tous les ans. Nous y sommes habitués», dit-il avant d’accuser l’Etat de laxisme.

Justement cet Etat a montré ses limites quant au respect sur les marchés des prix dits ‘’consensuels’’ fixés de commun accord avec les commerçants pour soulager les fidèles musulmans.

Malgré un effort de 285 millions de FCA pour appuyer la filière viande, le gouvernement n’a pu empêcher que les prix de la viande augmentent dans la deuxième décade du mois avant de se stabiliser autour de 2000 FCFA (soit environ 3 euros) le kg de viande avec os et 2300 FCFA pour la viande sans os.

Même attitude impuissante du gouvernement quant à l’application sur les marchés des prix ‘’consensuels’’ des produits comme le sucre, le riz, l’huile, la farine, le lait en poudre. En dépit des descentes inopinées pour contrôler le respect de ces prix, les fidèles l’en ont vécu à leur dépend à cause d’un jeu du chat et de la souris parfaitement maîtrisé par les commerçants.

Commerçants et paradis

Moussa Sissoko, la quarantaine, pompiste dans une station, évoque ses difficultés à s’acquitter des dépenses nécessaires pour sa famille. «Ma situation salariale est identique à celle de l’an dernier, mais cette année, j’éprouve beaucoup de difficultés en cette fin du mois. Je me demande comment je vais jongler pour habiller ma femme et mes trois enfants tellement tout est cher», avant d’ironiser : «Les commerçants maliens n’iront pas au Paradis de Dieu».

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Certains se frottent bien les mains comme Aminata Coulibaly, vendeuse de Galettes au bout de la rue. «Alhamdoulilahi, depuis le début du mois de carême, mon business marche bien, car beaucoup de Bamakois, faute de moyens, se rabattent sur les galettes pour rompre le jeûne en famille. Si ça pouvait continuer, ça me fera énormément plaisir», se réjouit-elle.

La fête déjà dans les têtes

La dernière décade du mois de carême qui tire vers sa fin, particulièrement dense en prières, est aussi la période où les esprits se tournent vers la célébration de la fête. Aujourd’hui, à Bamako, un tour au centre-ville ou les lieux de forte attraction humaine, suffit pour attester cela. Malgré le poids du jeûne, il y a plus de monde dans la circulation de jours comme de nuit. Tout le monde ou presque semble être dans la fête.

Jeudi après-midi au parc d’exposition de Bamako où a lieu la foire du Ramadan, l’ambiance est bon enfant. A l’entrée quatre policiers sont postés pour veiller au grain, mais leur présence est surtout dissuasive, car ils ne fouillent pas les visiteurs.

Nous coïncidons avec un groupe de jeunes filles habillées en robe et pantalon avec des petits foulards sur les têtes, comme c’est devenu la mode à Bamako depuis le début du mois béni. Elles y sont venues acheter leurs habits de fête.

le jeûn, 29 jours et pas un jour de plus

«Nous venons acheter des habits. Comme vous le savez, la fête c’est le mardi, donc nous venons chercher le nécessaire», nous déclare la plus âgée. Oui, mardi, c’est la fête ! Cela est dans la tête de tous les Maliens, car, on n’a jamais jeûné au-delà de 29 jours.

Au niveau des stands, la tendance, nous indique-t-on, a changé. «En cette fin de Ramadan, l’affluence est beaucoup plus forte chez les vendeurs d’habits et de chaussures, que chez nous les vendeurs de denrées alimentaires», reconnait Salif Traoré, un exposant venu de Kati qui ajoute que les gens ont la tête tournée vers la fête.

Il était 17 heures 10, quand nous mettons pieds au centre commercial de Bamako en commune III. Ici, la même ambiance. On se croirait à la fête au village. Les alentours des grands magasins et les trottoirs sont pris d’assaut par des vendeurs de divers articles qui se font remarquer par des animations folkloriques. Des pas de danse au rythme de la musique ou du ‘’Tamani’’ (instrument traditionnel) attirent les clients. A chacun sa stratégie…marketing, à la malienne dirait-on. Dans cette ambiance, difficile de se frayer un chemin.

A 18 heures soit moins d’une heure avant la rupture, tout ce beau monde ou presque, commence à regagner leurs domiciles. Malgré les mesure instaurées par les autorités pour rendre fluide la circulation (des axes routiers et autoroutes sont transformés en aller simple), les plus pressés s’arrangent à créer des bouchons. C’est le cas de ce conducteur de moto à trois roues, actuellement très nombreux à Bamako, qui dans une manœuvre imprudente de marche arrière cogne le véhicule d’un particulier.

Le cousinage pour calmer les esprits

Les esprits s'échauffent. Mais tout rentre dans l’ordre grâce à l’intervention d’un piéton qui a utilisé la fibre du cousinage à plaisanterie, une valeur sociétale très ancrée encore dans la société malienne. Le motocycliste était un Coulibaly et le propriétaire du véhicule, un Kéïta. Entre les deux, le pardon est vite accordé et les invectives ont laissé la place aux taquineries.

Quant à la fréquentation des mosquées, le rythme a baissé contrairement au début du Ramadan. Au début du mois, les quelques 1100 mosquées de Bamako ne désemplissaient pas. Mais aujourd’hui, ce rythme a fortement baissé. Il n’est pas rare de voir un groupe de jeunes assis en train de prendre du thé à l’heure des prières surérogatoires.

Si les bienfaits du mois de Ramadan sont inestimables pour les fidèles musulmans, dans la pratique, la plupart des Bamakois attendent impatiemment la fin du mois du fait des dépenses surévaluées, mais pas seulement.

Le 03/07/2016 Par De notre correspondant à Bamako Daouda Tougan Konaté