Economie

Africa50 face au défi du financement des projets d'infrastructures en Afrique

Le déficit d'infrastructures en Afrique est criant. Le faible accès à l’électricité et à l’eau potable en est la preuve. Africa50, qui vient de tenir ses Assemblées générales à Marrakech, essaye d'atténuer ce déficit. Mais, le gap est si important qu'il faut de nouvelles approches.

Par Moussa Diop
Le 21/07/2022 à 13h16, mis à jour le 21/07/2022 à 13h18
Infrastructures
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L’Afrique est de loin le continent le moins pourvu en infrastructures (autoroutes, ports, aéroports, centrales électriques, barrages hydroélectriques, réseaux d’eau et d’assainissement…). Et cela handicape fortement son développement.

Ces déficits ont des impacts négatifs importants. Selon les données de la Banque africaine de développement (BAD), seulement 56% d’Africains ont accès à l’électricité et 42% à l’eau potable. Et au niveau de l’électricité, sachant que les pays d’Afrique du Nord ont des taux d’électrification de presque 100%, il va sans dire qu’au niveau de l’Afrique subsaharienne, le taux d’électrification devrait tourner autour de 40%. L'insuffisance des réseaux routiers entrave elle l’approvisionnement de nombreuses régions du continent dans des conditions efficientes.

Bref, le déficit d'infrastructures en Afrique est une réalité qui est devenue handicapante, poussant la BAD à faire du financement des infrastructures une de ses priorités.

C’est dans ce cadre que l'institution panafricaine a mis en place la plateforme Africa50, dédiée au financement des infrastructures au niveau du continent. Pour rappel, la BAD a investi 40 milliards de dollars dans les infrastructures en Afrique sur les 7 dernières années, avec des retombées positives sur les conditions de vie de plusieurs millions d’Africains en contribuant à leur accès à l’électricité, à l’eau, au transport… Toutefois, le gap entre les réalisations d’infrastructures et les déficits ne fait que se creuser à cause de la croissance démographique, de la faiblesse des entretiens des infrastructures existantes, etc., tant les besoins sont importants et croissants.

«Le rôle d’Africa50 est donc, à notre avis, plus que jamais d’actualité, en tant que catalyseur de l’investissement privé et en PPP dans les infrastructures africaines. Notre objectif est de contribuer à équiper les pays africains d’infrastructures modernes, compétitives et durables, pour leur permettre de concrétiser les opportunités de croissance dans divers secteur clés, tels que l’énergie, les transports et les TIC, mais aussi les secteurs à vocation sociale comme la santé et l’éducation», a souligné Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50, à l’ouverture des Assemblées générales des actionnaires d’Africa50 qui se sont déroulées à Marrakech les 19 et 20 juillet 2022.

Africa50 contribue à la réalisation de nombreux projets en Afrique. En tout, la plateforme a contribué à plus de 16 projets de grande envergure au niveau du continent dont la valeur totale s’élève à plus de 5 milliards de dollars.

Parmi les projets qui ont reçu la contribution d'Africa50 au niveau des TIC figure la Kigali Innovation City (KIC), une cité de l’innovation multifonctionnelle réalisée sur 60 hectares au Rwanda et qui va héberger 4 universités, des bureaux, des pépinières d’entreprises des hôtels et des logements. Ce projet d’un coût d’environ 300 millions de dollars est co-financé avec le Rwanda Development Board.

Dans les énergies, Africa50 participe au financement de plusieurs projets en Afrique, comme Scatec Egypt, avec un portefeuille de 6 centrales solaires photovoltaïques de grande taille sur le site de Benban, la centrale hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun, dotée d’une capacité de 420 MW, en partenariat avec l’Etat du Cameroun, la STOA, l’IFC et EDF, la centrale thermique à cycle combiné de Malicounda, dotée d’une capacité de 120 MW, la centrale Azura-Edo IPP, première centrale électrique indépendante construite au Nigeria depuis la réforme du secteur énergétique du pays, la centrale de Tobène de 115 MW au Sénégal…

Notons que l'énergie est le secteur qui reçoit le plus d’investissement du fonds Africa50, le déficit étant abyssal avec de nombreux pays qui ont des taux d’électrification inférieurs à 30%.

Par ailleurs, le fonds a participé au développement et au financement de l’extension et la modernisation de l’aéroport de Gbessia en Guinée dans le cadre d’un Partenariat public-privé (PPP) avec l’Etat guinéen et le groupe français ADP, et est engagé dans le financement de l’important projet structurant du pont reliant Kinshasa (République démocratique du Congo) et Brazzaville (Congo), les deux capitales les plus proches au monde, séparées par le fleuve Congo.

Le déficit d'infrastructures en Afrique nécessite des investissements colossaux, afin de réaliser une croissance durable et résiliente à même de sortir le continent africain du cercle vicieux de la pauvreté. Selon la BAD, le gap de financement en matière d’infrastructures en Afrique a atteint 108 milliards de dollars. Or, les finances publiques des Etats africains ne peuvent faire face à ce gap, surtout dans le contexte actuel de déficit budgétaire liés aux conséquences de la pandémie de Covid-19 et de la crise Russie-Ukraine qui ont mis mal les finances publiques du continent en poussant les Etats à davantage de subventions sur les carburants et les produits alimentaires afin d’atténuer l’impact de la flambée des prix sur le pouvoir d’achat des citoyens.

Ainsi, Africa50, pour jouer son rôle de catalyseur de l’investissement privé et en PPP dans les infrastructures africaines, compte accélérer la cadence. Outre le recours aux actionnaires pour apporter davantage de ressources au fonds, plusieurs initiatives ont été prises pour accroitre les capacités d’investissement de celui-ci.

De même, conscient que pour financer les infrastructures, l’Afrique dépendra fortement des institutions multilatérales, des investisseurs privés et de ses acteurs privés, le fonds Africa50 s’est positionné en pont entre les institutionnels et les partenaires publics et privés à même de contribuer au financement des infrastructures. C’est dans cette optique que s’est inscrite la création de l'Africa50 Infrastructures Acceleration Fund en 2021.

Par ailleurs, afin d’impliquer davantage les acteurs financiers africains, la BAD et Africa50 se sont alliés au Forum africain des investisseurs souverains (ASIF), qui regroupe de nombreux fonds souverains du continent (Agaciro Development Fund du Rwanda, le Fonds souverain de Djibouti, le Fonds gabonais d’investissements stratégiques, le Fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal, le Fonds souverain d’Angola, le Ghana Infrastructure Investment Fund, Ithmar Capital du Maroc, la Nigeria Sovereign Investment Autority et le Fonds souverain d’Egypte) pour travailler ensemble sur le développement de projets d’infrastructures durables en Afrique et l’acquisition de compétences et de l’expertise dans le secteur des infrastructures.

Enfin, rappelons que le fonds Africa50, dont le siège est à Casablanca au Maroc, compte actuellement 31 actionnaires, dont la BAD, 28 pays africains, Bank Al-Maghrib (Maroc) et la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Par Moussa Diop
Le 21/07/2022 à 13h16, mis à jour le 21/07/2022 à 13h18