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Les fonds souverains doivent être des catalyseurs pour l’émergence de l’Afrique, estime Mohamed Methqal

Mise à jour le 22/06/2022 à 16h19 Publié le 22/06/2022 à 16h16 Par Moussa Diop

#Economie
Mohamed methqal

Mohamed Methqal, ambassadeur et directeur général de l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI).

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#Maroc : Le Forum africain des investisseurs souverains (ASIF) s’est tenu les 20 et 21 juin 2022 à Rabat. Pour Mohamed Methqal, ambassadeur directeur général de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), les fonds souverains peuvent être des catalyseurs pour l’émergence durable de l’Afrique.

Les fonds souverains et stratégiques africains peuvent être des catalyseurs pour l’émergence durable de l’Afrique, a souligné l’ambassadeur et directeur général de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), Mohamed Methqal, en marge de la clôture du premier Forum africain des investisseurs souverains (Africa Sovereign Investors Forum - ASIF), qui s’est tenu les 20 et 21 juin 2022 à Rabat, au Maroc.

Cette rencontre, la première du genre sur le continent, a regroupé 10 fonds souverains africains: Angola, Djibouti, Egypte, Ethiopie, Gabon, Ghana, Maroc, Nigeria, Sénégal et Rwanda. L'objectif était de fédérer les membres de l'ASIF autour des principaux enjeux de développement sur le continent, notamment dans des secteurs encore sous-financés tels que le climat, les infrastructures, la logistique, etc. Il s'agissait ainsi de mutualiser les efforts et le partage de savoir-faire et d’expériences pour plus d’efficacité des fonds souverains du continent qui ont du mal à jouer véritablement leur rôle au moment où l'Afrique doit faire face aux défis colossaux de financement de son développement.

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«Notre continent a besoin d’accélérer son émergence. Et pour celà, l’investissement, le co-investissement et le co-développement dans les projets et les secteurs prioritaires dans les pays africains deviennent un impératif», a souligné Methqal, en marge de la clôture du forum, ajoutant qu’«à cet égard, le rôle des fonds souverains et stratégique dans cette dynamique, avec leur effet de leviers, devient primordial. Il doit être complémentaire aux autres sources de capitaux classiques qui contribuent déjà au financement du développement africain.» 

En plus, «les fonds souverains et stratégiques peuvent être une locomotive pour les secteurs privés locaux en les tirant et en les associant dans la mise en œuvre des projets locaux ou régionaux et dans lesquels leurs ressources financières sont investies», a poursuivi le DG de l'AMCI pour qui «le potentiel de coopération entre les pays africains est vraiment massif et les possibilités existent sans limite».

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Pour rappel, un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu par l’Etat qui gère l’épargne nationale et l’investit dans des actifs (actions, obligations, immobilier, etc.) nationaux et étrangers, contribuant à diversifier ses sources de revenus. Ils sont généralement mis en place par les pays pétroliers et gaziers, mais aussi ceux qui ont d’importantes ressources minières, pour gérer une partie de leurs excédents de liquidités, notamment durant les périodes de flambée des cours des matières premières. Et pour le Fonds monétaire international (FMI), un fonds souverain doit répondre à trois critères: être géré ou contrôlé par un gouvernement national, gérer des actifs financiers dans une logique de long terme et poursuivre une politique d’investissement visant des objectifs macroéconomiques comme la diversification du PIB national, le lissage de l’activité ou encore l’épargne inter-générationnelle.

Ce forum a donc été l’occasion pour les dirigeants, les hauts responsables de fonds souverains, ainsi que les représentants des Etats et du secteur privé de divers pays d’Afrique et d’ailleurs, d’échanger sur les opportunités qu’offrent l’Afrique et le rôle que pourraient y jouer les fonds souverains du continent. Cependant, contrairement aux fonds souverains européens et asiatiques, ceux du continent ont du mal à assurer le rôle qui leur est imparti dans le financement du développement du continent.

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Certains des fonds souverains africains ne perçoivent pas de flux de capitaux et, donc, ne réalisent pas d’investissements. Ces fonds géraient près de 156 milliards de dollars à fin mai 2013, année où leur nombre s'élevait à 22. Et en 2020, les 13 plus grands fonds souverains du continent pesaient 85 milliards de dollars. Pourtant, les fonds africains ont bénéficié au cours des 20 dernières années de recettes considérables provenant des ressources naturelles (pétrole, gaz et mines) et des privatisations du secteur des télécommunications.

Pour avoir une idée du poids des fonds souverains africains, il faut souligner qu’au niveau mondial, en décembre 2021, on comptait au moins 117 fonds souverains en activité gérant 9.100 milliards de dollars, soit 10% du PIB mondial. Créé en 1990, le Fonds pétrolier norvégien est le plus important au monde avec plus de 1.100 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Grâce à une bonne gestion, ce fonds qui tire ces recettes du pétrole a contribué à faire de la Norvège l’une des sociétés les plus développées économiquement et les plus équitables au monde.

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En général, les fonds souverains africains sont confrontés à de nombreux problèmes de transparence, de détournement de fonds, de gouvernance faible et de manque de gestionnaires d’investissement qualifiés. Autant d'insuffisances qui ont entrainé de mauvaises performances et un faible impact sur l’économie africaine. Ainsi, après avoir amassé d’importantes ressources, certains fonds souverains africains ont presque disparu à cause d'une mauvaise gestion. C’est le cas du Fonds de régulation des recettes (FRR), mis en place par l’Algérie et dont les ressources avaient atteint 40 milliards de dollars en 2014, dans le sillage de la flambée des cours du baril de pétrole, avant de tomber à 7,8 milliards de dollars en 2016, puis plus rien en 2017 à cause des retraits de liquidités par le gouvernement pour équilibrer le budget suite à la chute des cours du baril de pétrole. Et le FRR n'est, malheureusement, pas un cas isolé en Afrique. Beaucoup de pays puisent dans les fonds souverains pour équilibrer leurs budgets et/ou rembourser la dette extérieure: Nigeria, Mauritanie…

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Les pays africains doivent donc affiner la gestion de leurs fonds souverains afin de garantir une contribution optimale de ceux-ci au développement économique du continent et au bien-être des populations africaines. Ceux-ci peuvent notamment s’inspirer de leurs équivalents dans le monde pour mener à bien les opérations de collecte d’épargne et d’investissement. Les fonds souverains de la Norvège et des pays du Golfe sont d'excellents modèles dans ce sens. D’ailleurs, l’un des acquis de ce premier Forum africain des investisseurs souverains est la signature de la déclaration de Rabat entre l’ASIF et trois fonds souverains des pays du Golfe: Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) et ADQ des Emirats arabes unis et le Kuwait Investment Autority (KIA) du Koweït.

Grâce à ses accords, les fonds africains pourront bénéficier de l’accompagnement des fonds du Golfe qui figurent parmi les plus importants au monde. Ainsi, tout en voulant contribuer à la redynamisation des fonds souverains africains, cette rencontre visait aussi à assurer l’arrimage de l’Afrique au système financier privé international, notamment à travers le renforcement et la généralisation des compétences pour mettre les fonds souverains africains au diapason des meilleurs standards internationaux.
Le 22/06/2022 Par Moussa Diop