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La presse mauritanienne sous perfusion

Publié le 14/07/2016 à 18h05 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

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#Mauritanie : Entre exiguïté du marché, absence de ressources publicitaires et déficit de professionnalisme, le secteur de la presse en Mauritanie traverse une situation de profonde crise. Seul bémol, la liberté d’expression reste encore une réalité, même si on note une certaine détérioration de la situation.

Nouakchott abrite, depuis mardi 12 jusqu'à vendredi 15 juillet, les états généraux de la presse mauritanienne. Un rendez-vous visant à donner un nouveau souffle à un secteur presque à l’agonie.

Ces journées de réflexion et d’échanges sont organisées par plusieurs collectifs d’organisations de la presse publique et privée. 
Ahmed Ould Cheikh, directeur de publication de l’hebdomadaire «Le Calame», résume les goulots qui étranglent la presse mauritanienne par l’«exiguïté du marché, la faiblesse da la manne publicitaire et l'insuffisance de l’appui de l’état».

Le fonds d’aide publique à la presse en Mauritanie de 200 millions d’ouguiyas, soit moins de 500.000 euros n’apporte pas grand-chose du fait de l’inflation des titres et des sites électroniques. En effet, 30% de cette subvention de l’Etat est affectée directement à l’Imprimerie nationale et 60% répartis entre 9 chaînes de télévisions, 5 chaînes de radios, plusieurs dizaines de journaux papiers et un nombre élevé de sites d’informations en ligne. 
Pourtant, c'est ce maigre soutien de l'Etat qui fait vivre nombre de médias, faisant perdre à certaines leur liberté de ton. 

La situation de profonde déprime dans laquelle est plongée la presse mauritanienne aujourd’hui est illustrée par un constat basique : aucun quotidien n’est en mesure de paraître pendant 5 jours de suite sur les 7 jours que compte la semaine. Une réalité qui donne toute la mesure de la profondeur du «désastre».

La situation est aussi difficile au niveau des chaînes de radios et de télévisions dont les employés courent parfois derrière plusieurs mois d’arriérés de salaires.

Un tableau économique sombre complété par le déficit de formation et le manque de professionnalisme des journalistes.

Le seul motif d’espoir reste symbolisé par une relative liberté de ton jamais démentie depuis 2005, qui permet au pays de trôner en tête du hit parade du monde arabe dans le classement de l’ONG «Reporters Sans Frontières». On est loin de la période durant laquelle l’administration usait et abusait de la censure.

Désormais, c’est une Haute autorité de la presse de l’audiovisuelle (HAPA) qui est chargée de la régulation des médias en Mauritanie.

Toutefois, on note une certaine détérioration de la liberté de la presse au cours de ces deux dernières années. Et la HAPA fait l’objet d’attaques régulières de la part des partis de l’opposition, de plusieurs organisations de la société civile et des intellectuels qui dénoncent «son inféodation» au pouvoir exécutif et son absence de regard sur les programmes de la télévision et de la radio nationale, transformées en médias d’Etat, relayant la seule voix du pouvoir au détriment de leur mission originelle de service public, ouvert à tous les segments de la société mauritanienne.

Le 14/07/2016 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya