Gabon. Lutte contre l’insécurité: véritable offensive ou simple remake?

Un contrôle sécuritaire à Libreville.

Le 31/01/2026 à 15h10

Le gouvernement déploie une opération d’envergure contre la criminalité et l’immigration clandestine. Si la présence renforcée des forces dans les espaces publics rassure une partie de la population, des voix s’élèvent pour dénoncer son inefficacité.

Le gouvernement a ordonné, depuis une semaine, le déploiement d’une opération de grande envergure sur l’ensemble du territoire national. Cette initiative des forces de défense et de sécurité vise un triple objectif: lutter contre l’immigration clandestine, le trafic de stupéfiants et le grand banditisme.

Dans un contexte social sous tension, l’exécutif entend restaurer l’autorité de l’État et garantir la tranquillité des populations, face à une recrudescence des faits de délinquance constatée ces derniers mois.

Cette présence massive des forces armées et policières dans les lieux publics est immédiatement visible. Aux abords des gares routières, sur les grandes artères et aux carrefours stratégiques, les patrouilles et les check-points se sont multipliés. Une démonstration de force destinée à dissuader les activités criminelles et à rassurer les citoyens.

C’est dans ce cadre que s’exprime De Gaulle, vendeur d’appareils électroménagers à la gare routière: «à la gare routière, on côtoie les bonnes et les mauvaises personnes, au point où beaucoup de personnes ne veulent plus venir au marché à cause de l’insécurité».

Pour certains habitants, cette réponse musclée des autorités est perçue comme un signal positif, un premier pas nécessaire vers le retour à l’ordre. Van Dikoussou, cadre d’administration, appelle à un renforcement qualitatif de la présence de l’État: « il faut le renforcer par des patrouilles pédestres dans les quartiers». Cette remarque met en lumière l’attente d’une sécurité de proximité, plus fine et intégrée au tissu urbain, au-delà des simples barrages filtrants.

Cependant, la crédibilité même de l’opération est remise en cause par des observations sur le terrain. Des citoyens rapportent des incohérences entre l’affichage sécuritaire et la réalité des interventions. Pierre, élève, partage une expérience qui nourrit un profond scepticisme chez les plus jeunes: «Malgré cette présence des forces de sécurité et de défense dans les rues, on observe que les braquages se passent encore sous leurs yeux sans qu’ils n’interviennent». Cette perception d’une impuissance, voire d’une passivité, des forces déployées risque de miner la confiance que l’opération est censée restaurer.

Le poids de l’histoire et la lassitude des citoyens

Ce scepticisme se transforme en cynisme chez ceux qui ont connu des décennies de promesses sécuritaires non tenues. L’annonce de ce nouveau dispositif réveille un sentiment de déjà-vu et de défiance ancrée. David, retraité, résume cette lassitude avec amertume, évoquant un cycle d’échecs qui semble immuable: «Ce qui est décourageant c’est que depuis des années, au moins 60 ans on a toujours mis des dispositifs en place. Mais ça n’a jamais fonctionné donc il n’y a pas de raison d’espérer». Cette voix porte le poids de l’histoire et rappelle que les opérations coup de poing, si elles calment temporairement le jeu, ne suffisent pas à enrayer des phénomènes criminels structurels.

Alors que l’offensive sécuritaire bat son plein, le gouvernement se trouve donc face à un double défi: démontrer dans les faits l’efficacité immédiate de son action pour restaurer une crédibilité entamée, et surtout, convaincre qu’au-delà de l’affichage temporaire, une stratégie durable et globale est à l’œuvre pour adresser les racines profondes de l’insécurité. L’adhésion de la population en dépend.

Par Ismael Obiang Nze
Le 31/01/2026 à 15h10