La rédaction Le360 Afrique vous plonge au cœur d’un mal qui ronge la vie politique africaine: l’asphyxie des partis traditionnels. Nos micros ont recueilli la parole de Gabonaises et de Gabonais de tous les horizons. Leur constat est sans appel.
Paul Moussavou, ouvrier agricole, ne mâche pas ses mots: «Non, au sein des partis politiques je n’y crois pas. Ils sont créés pour leur profit.» Une défiance qui résonne comme un signal d’alarme dans un pays où la société civile peine à faire entendre raison aux appareils partisans.
Pire que le soupçon d’enrichissement personnel, c’est la mécanique interne qui grippe. Guerres de leadership, absence de débat contradictoire, alternance inexistante… Les partis ressemblent souvent à des propriétés privées, loin du laboratoire d’idées qu’ils devraient être.
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Face à ce malaise, la réaction de nombreux militants est brutale: la démission. Jospin Mouna-Mboli, conducteur de taxi, explique avec lucidité: «Lorsqu’on adhère à un parti politique, il y a des règles. Mais si ces règles sont bafouées, on démissionne.» Une logique implacable qui transforme les partis en gares de passage, vidés peu à peu de leurs troupes.
Ce phénomène de «démission en cascade» n’est pas anodin. Il signale l’effondrement du lien de confiance entre la base et le sommet. Mais pourquoi tant de formations peinent-elles à se réinventer?
Antony Mba, cadre d’administration, met le doigt sur la plaie: «La plupart des partis politiques sont créés par un individu, et ce dernier estime que, l’ayant créé, il lui appartient parce qu’il est le seul bailleur de fonds. Très souvent, les autres membres ne participent presque pas au financement des activités.» Conséquence directe: absence de contre-pouvoir financier, donc absence de véritable démocratie interne. Et comme si cela ne suffisait pas, Antony ajoute: «Des partis en Afrique sont en outre dépourvus d’idéologie.» Des coquilles vides, sans projet de société, qui survivent grâce au clientélisme ou à la seule volonté d’un «big man».
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Alors, peut-on un jour asseoir la démocratie au sein des partis politiques africains? Pour Yves Herman, enseignant de lycée, la réponse est claire: «C’est possible, à condition d’accepter les débats constructifs et de travailler la conscience citoyenne et militante.»
Autrement dit, rien ne sera possible sans un choc culturel: admettre le désaccord, organiser la concurrence des idées, former les militants à l’esprit critique et surtout… partager le pouvoir. L’argent du parti doit cesser d’être un outil d’asservissement pour devenir un bien collectif transparent.
En attendant, les départs se multiplient, les urnes se vident, et la méfiance grandit. Faute de rénovation profonde, les partis politiques africains risquent de continuer à ressembler à ces vieux arbres creux: debout en apparence, mais rongés de l’intérieur.
