Après avoir destitué le président Umaro Sissoco Embalo le 26 novembre, juste après l’élection présidentielle, l’armée a suspendu le processus électoral et annoncé la prise de contrôle de ce pays d’Afrique de l’Ouest pour une durée d’un an.
Au cours d’une séance ouverte à la presse, le Conseil National de Transition (CNT), l’organe législatif dont les 65 membres ont été nommés par la junte, a voté à l’unanimité une modification de la Constitution, qui fait passer la Guinée-Bissau d’un régime parlementaire à un régime présidentiel.
Ce nouveau texte, dont l’AFP n’a pas vu la version finale, doit être promulgué par le chef de la junte et publié au journal officiel.
Dans cette nouvelle version de la Constitution, le Président nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement et peut dissoudre le parlement.
L’Assemblée Nationale Populaire change également de nom et s’appelle désormais Assemblée nationale.
Jusqu’à présent, le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui a donné lieu à des cohabitations difficiles comme après les législatives de 2023.
Le président Embalo avait dissout le Parlement dominé par l’opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch.
Il a dirigé par ordonnances jusqu’à sa destitution en novembre dernier.
«Si la loi est promulguée et publiée, elle mettra fin au bicéphalisme au sommet de l’Etat. Nous avons vécu ces dernières années des crises entre le Président de la République et son Premier ministre qui sort du parti vainqueur des législatives», a déclaré à l’AFP Mamadu Queita, membre du CNT en tant que représentant de la société civile.
Certains s’interrogent toutefois sur la validité juridique de cette modification constitutionnelle par la junte.
«Nous vivons une situation très dangereuse et imprévisible. Car ce Conseil national de transition n’est juridiquement pas légitime. Donc toute décision qui émane d’une telle institution n’a aucune valeur juridique», a affirmé Toni Checka, un commentateur politique interrogé par une radio portugaise.
«Que cherche le Haut commandement militaire (organe dirigeant la junte) sinon concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme qui est le chef absolu», s’inquiète Nex Farias, un doctorant en droit.
Avant le putsch de novembre, la Guinée-Bissau a déjà connu quatre coups d’Etat militaires et une série de tentatives d’insurrections depuis son indépendance du Portugal en 1974.
