Guinée. «Nous devons réformer la Cedeao et l’UA et en faire des organisations des peuples et non des chefs d’Etat»: le regard d’analystes politiques sur la levée des sanctions

Amadou Oury Diallo (d), consultant en relations internationales, et Ibrahima Mbemba Bah, analyste politique et des questions de relations internationales.

Le 11/02/2026 à 14h09

VidéoL’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont levé les sanctions imposées à la Guinée au lendemain du coup d’État de 2021 mené par Mamadi Doumbouya, élu président depuis. Quels enjeux implique ce retour au bercail pour le pays aux niveaux économique, social et géopolitique ? Regards croisés de deux analystes.

Pour Amadou Oury Diallo, consultant en relations internationales, cette levée des sanctions permet avant tout à la Guinée de réintégrer les espaces régionaux et continentaux, essentiels aux dynamiques d’intégration, de sécurité et de coopération. «Le retour de la Guinée au sein des institutions multilatérales, continentales et sous-régionales que sont l’Union africaine et la CEDEAO, constitue le premier résultat positif de cette levée des sanctions. Cette réintégration est synonyme d’échanges commerciaux, d’intégration sous-régionale et de libre circulation des biens et des personnes. Cette levée des sanctions permettra également les échanges d’informations et de renseignements sécuritaires que vous n’êtes pas sans ignorer».

Cette réintégration relance également le débat sur la nécessité de réformer les organisations africaines afin qu’elles soient davantage au service des peuples, estime Ibrahima Mbemba Bah, analyste politique et des questions de relations internationales. «Ce sont des organisations auxquelles nous devons appartenir et à l’intérieur desquelles nous devons continuer à apporter des réformes, c’est-à-dire à faire en sorte qu’on ait une CEDEAO, une Union africaine des peuples, et non un syndicat de chefs d’État africains qui vont se soutenir mutuellement quand ils ont des problèmes entre eux ou même quand ils veulent se maintenir au pouvoir» atteste Ibrahima Mbemba Bah.

Ce dernier a également soulevé la ZLECAf, la zone de libre-échange intercontinentale en phase de concrétisation, peut insuffler une dynamique importante en favorisant la mobilité des biens et des personnes à l’intérieur du continent. «Regardez ce qui se passe au sein de l’Union européenne dont les 27 pays membres ont une monnaie commune. Actuellement, ces pays réfléchissent à une armée commune. De plus, ces Etats disposent d’infrastructures aéroportuaires qui leur permettent de circuler un peu partout à travers le monde. Voilà l’idéal pour lequel l’Afrique doit aussi accepter l’intégration. Plus on est ensemble, plus on est fort

Sur le plan opérationnel, la levée des sanctions ouvre à nouveau l’accès de la Guinée aux projets communautaires, notamment dans les domaines du financement, de l’agriculture et de l’énergie, souligne Amadou Oury Diallo. «Cela permet à la Guinée de continuer à bénéficier des projets lancés par ces deux institutions, projets qui n’auraient pas profité à notre pays s’il n’avait pas réintégré la CEDEAO et l’UA. C’est d’autant plus vrai pour la question du financement des projets agricoles et les projets d’interconnexion énergétique qui existent dans l’espace CEDEAO dont la Guinée bénéficie. La Guinée a toujours eu l’ambition d’abriter un ou plusieurs sièges de certains des grands projets de la CEDEAO».

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 11/02/2026 à 14h09