Jugés pour aide aux migrants, des responsables de Terre d’asile Tunisie libérés

Saadia Mosbah, présidente de l'association Mnemty active dans la lutte contre le racisme en Tunisie.

Le 06/01/2026 à 07h42

Des travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile en Tunisie, jugés pour avoir «facilité l’entrée illégale et le séjour» de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé le comité de soutien de l’une d’entre eux.

Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de 20 mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a indiqué que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés.

L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’AFP que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés jusqu’ici placés en détention provisoire, dont Sherifa Riahi.

«Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté», a-t-il ajouté.

Parmi les 23 prévenus, figurent aussi les 17 membres du conseil municipal de la ville de Sousse (est), dont deux en détention, mis en cause notamment pour avoir prêté des locaux à l’association.

Avant l’audience de lundi, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que «toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire (avaient) été levées» pendant l’instruction.

Il en est «de même» pour «les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects», selon le comité.

Les 23 prévenus, également inculpés «d’entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement», encouraient jusqu’à 10 ans de prison.

Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’Etat tunisien, en coordination directe avec le gouvernement.

Sur sa page Facebook, la rapporteuse des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à «remettre (Mme Riahi) en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants».

Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.

La Tunisie est un point de passage clé pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer.

En février 2023, le président Kaïs Saied avait dénoncé l’arrivée «de hordes de migrants subsahariens» menaçant, selon lui, de «changer la composition démographique» du pays.

Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne, selon des ONG, aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine sont morts.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 06/01/2026 à 07h42