Le Zimbabwe au bord du précipice

Le Président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa.

Le 31/03/2025 à 13h49

Le Zimbabwe est au bord du précipice. La grève générale de ce 31 mars ou plutôt le «soulèvement» auquel ont appelé d’anciens combattants de la liberté pour forcer le Président Emmerson Mnangagwa à démissionner est un véritable test pour la ZANU-PF, parti au pouvoir depuis plus de quatre décennies.

Plusieurs leaders de partis politiques, d’organisations de la société civile et même du parti au pouvoir exigent le départ de M. Mnangagwa auquel ils reprochent, notamment, d’avoir encouragé la corruption massive et le népotisme et de ne pas avoir réussi à mettre fin à une économie moribonde.

La tension a monté d’un cran en raison de l’intention évidente du chef de l’Etat de rester au pouvoir après la fin de son second mandat en 2028, même si la Constitution lui interdit de se présenter aux prochaines élections présidentielles.

L’agitation remonte à août 2024, lorsque le Congrès national de l’Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (Zanu-PF) a adopté une résolution affirmant que les mandats de Mnangagwa en tant que chef du parti et président du Zimbabwe devraient être «prolongés au-delà de 2028 à 2030». C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Tollé face aux ambitions démesurées de Mnangagwa

Les protestataires et particulièrement les anciens combattants menés par Blessed Runesu Geza, un ancien membre du Comité central du parti au pouvoir, ont appelé le Président à se retirer et à laisser la place à un nouveau leader qui serait en mesure de sortir le pays du gouffre. Certains exigent même que le relai soit passé à l’actuel vice-président, Constantino Chiwenga, qui a mené, en novembre 2017, un coup d’État militaire contre l’ancien Président Robert Mugabe alors qu’il était chef de l’armée, permettant ainsi à Mnangagwa d’accéder au pouvoir.

Plusieurs voix au sein même du parti au pouvoir se sont élevées pour dénoncer les dérapages et la capture de l’Etat par Mnangagwa et son entourage.

L’ancien commissaire politique de la Zanu-PF, Saviour Kasukuwere, qui a été ministre sous Mugabe et s’est exilé après les élections de 2017, a déclaré que «les Zimbabwéens avaient le droit constitutionnel de protester et de changer le gouvernement». «Le peuple a droit de manifester s’il estime que les dirigeants se sont égarés», a-t-il soutenu.

Idem pour l’ancien ministre des Finances Tendai Biti, qui a appelé à la formation d’un gouvernement de transition pour sortir le pays de l’effondrement économique et mettre en œuvre des réformes démocratiques clés avant la tenue de nouvelles élections.

Dans ce contexte politique tendu, une puissante faction d’anciens combattants a même fait savoir qu’elle collaborait avec certains dirigeants de l’opposition, tels que Nelson Chamisa, Tendai Biti, Douglas Mwonzora et d’autres responsables anonymes du gouvernement et de la Zanu-PF, pour former un nouveau gouvernement après les manifestations.

Chamisa, principal chef de l’opposition du pays, qui a perdu de manière controversée face à Mnangagwa lors des élections générales de 2023, estime que le Zimbabwe a besoin de dirigeants qui considèrent la gouvernance à la fois comme un service et un devoir sacré au service du peuple.

La répression s’intensifie face aux voix dissidentes

Face aux voix dissidentes, les tenants du pouvoir préfèrent recourir, comme toujours d’ailleurs, à la bastonnade et à la répression, suscitant ainsi de nombreuses critiques au Zimbabwe et au-delà. C’est dans la foulée de ce nouveau bras de fer entre le parti au pouvoir et ses détracteurs que le journaliste Blessed Mhlanga a été arrêté après avoir diffusé des interviews de Geza, qui est toujours en fuite.

Dans une émission diffusée depuis un lieu secret, Geza, qui connaît bien le sérail politique, a énuméré les prétendus complices de Mnangagwa qui, selon lui, se seraient enrichis grâce à des contrats gouvernementaux corrompus. C’est peut-être là le principal grief des opposants au parti au pouvoir depuis 1980.


Les vétérans de guerre estiment aujourd’hui que le Président a renié ses promesses et a dirigé une économie en difficulté, caractérisée par le favoritisme, le clientélisme et le pillage organisé des richesses du pays.

Force est de constater que ce pays d’Afrique australe est aujourd’hui étranglé par une grave crise économique, aggravée par une sécheresse récurrente. Le chômage est endémique touchant près de 90% de la population en âge de travailler, alors que le dollar zimbabwéen a pratiquement perdu toute sa valeur.

C’est dans cette atmosphère chargée de grogne sociale que les anciens combattants et d’autres acteurs politiques ont lancé le mot d’ordre de grève nationale pour forcer la Zanu-PF à lever sa mainmise sur le pouvoir politique et économique du Zimbabwe. On ignore pour le moment quelle sera l’issue de toutes ces tractations et ces manœuvres politiques. Une chose est pourtant sûre: le Zimbabwe est au bord du gouffre.

Par Le360 Afrique (avec MAP)
Le 31/03/2025 à 13h49