Au pouvoir depuis 45 ans dans ce pays d’Afrique australe, le parti Zanu-PF avait voté en octobre une résolution pour étendre de 2028 à 2030 le mandat du président Emmerson Mnangagwa, qui ne peut se représenter après deux exercices.
Agé de 83 ans, le «Crocodile», comme il est surnommé, est arrivé au pouvoir en 2017 à la suite d’un coup d’État après l’évincement par l’armée de Robert Mugabe, qui est resté président pendant 30 ans.
Élu en 2018 puis réélu en 2023, Emmerson Mnangagwa est accusé par ses détracteurs de laisser prospérer la corruption et de réprimer les droits humains sans pour autant redresser l’économie. L’inflation annuelle a presque toujours compté trois chiffres de 2019 à 2024.
La réforme constitutionnelle officiellement lancée mardi prévoit également l’élection du président par le Parlement plutôt qu’au suffrage direct, selon un communiqué diffusé après sa présentation en conseil des ministres.
Elle doit encore être approuvée par le Parlement, où le parti au pouvoir dispose de la majorité des deux tiers nécessaire. Sa légalité est contestée par l’opposition qui l’estime caduque si elle n’était pas approuvée par référendum.
«Triste jour»
Le projet approuvée par le gouvernement ne précise pas si l’extension du mandat doit s’appliquer dès celui en cours d’Emmerson Mnangagwa. Mais le secrétaire général du Zanu-PF, Ziyambi Ziyambi, l’avait affiché clairement lors du congrès annuel du parti en octobre: «Il a été décidé que son mandat de président de la République du Zimbabwe soit prolongé au-delà de 2028, jusqu’en 2030».
Par ailleurs ministre de la Justice, Ziyambi Ziyambi a présenté mardi devant les caméras le processus que doit suivre selon lui la réforme, sans mentionner de référendum: «Une fois publiés au Journal officiel, il faut attendre 90 jours avant de présenter au Parlement les projets de loi constitutionnelle».
Un des principaux opposants, David Coltart, conteste ce point: «Tout amendement ayant pour effet de prolonger le mandat d’un titulaire devrait être soumis à un référendum», a-t-il déclaré à l’AFP
«Ils savent que si cela se produit, ils échoueront, alors ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher sa tenue», a ajouté celui qui est maire de la deuxième ville du pays, Bulawayo.
Les manifestations de ces derniers mois contre cet «agenda 2030» du Zanu-PF se sont heurtées à une répression policière virulente qui s’est traduite par des dizaines d’arrestations.
La limite de deux mandats présidentiels de cinq ans a été introduite par le référendum constitutionnel de 2013.
«C’est un triste jour pour le Zimbabwe. En 2013, les Zimbabwéens ont conclu un contrat social et, au-delà des clivages politiques et sociaux, ont voté un pacte qui nous lie tous», a réagi auprès de l’AFP l’avocat et défenseur des droits Paida Saurombe. «Les fondements de la nation sont attaqués par ceux qui devraient les protéger».
Meneur du coup d’Etat contre Robert Mugabe en 2017, Constantino Chiwenga, devenu vice-président, était présenté jusqu’à présent comme le possible successeur de Mnangagwa en 2028, mais apparait aussi désormais comme son rival.




