À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse, Dakar entre ordre urbain et tensions sociales

Les artères de Dakar après les opérations de déguerpissement.

Le 27/01/2026 à 15h51

À quelques mois des Jeux olympiques de la jeunesse, que Dakar accueille cette année, la capitale commence à renouer avec l’image soignée et ordonnée qui faisait autrefois sa réputation. Depuis plusieurs semaines, les autorités ont engagé des opérations de libération des emprises anarchiquement occupées, notamment le long de l’axe du BRT. Une initiative saluée par certains habitants.

«Depuis l’arrivée de Sonko et Diomaye, c’est la fin du laisser-aller. Je les encourage à continuer sur cette lancée, car c’était devenu une véritable anarchie. De nombreux vendeurs informels, d’ici et d’ailleurs, installaient leurs tables sur la voie publique et dormaient même dessus la nuit. C’est inadmissible», affirme Papa Lamine Basse, un résident dakarois.

Mais cette politique de déguerpissement ne fait pas l’unanimité. Moustapha Niasse, artiste et entrepreneur, dénonce une approche qu’il juge brutale et contre-productive. Selon lui, en procédant à des évacuations qu’il qualifie d’irréfléchies, les autorités passent à côté de ce qui fait l’âme et le charme de Dakar. «Les Jeux olympiques de la jeunesse sont censés promouvoir le sport, le tourisme et la culture. Or nous sommes aussi des acteurs culturels, de jeunes entrepreneurs qui vivent de leur sueur tout en valorisant notre culture et nos réalités. Nous sommes installés aux abords de la voie du BRT et nous ne causons de tort à personne. Qu’on nous laisse simplement travailler, c’est tout ce que nous demandons», plaide-t-il.

Il faut dire que Dakar, sous l’effet combiné de l’exode rural et de l’arrivée de populations étrangères, est devenue non seulement surpeuplée, mais a également perdu de sa superbe. Les installations anarchiques se sont multipliées, ternissant l’image de la capitale à l’heure où le monde s’apprête à poser les yeux sur elle.

Pour Papa Lamine Basse, le constat est sans appel. «Dakar était autrefois une capitale citée en référence. Chacun rêvait d’y vivre. Aujourd’hui, à cause de la mauvaise image qu’elle renvoie, les citadins d’hier quittent même la ville pour s’installer à la campagne, où il y a plus de tranquillité. Il faut changer de comportement. J’encourage l’État à poursuivre dans cette voie et je suis convaincu qu’avant les Jeux olympiques de la jeunesse, l’ordre sera rétabli», soutient-il.

Un argument que rejette Moustapha Niasse, pour qui les jeux ne doivent pas servir de prétexte à l’exclusion. Il estime que les autorités ont choisi la voie de la facilité, au détriment d’une solution concertée et durable. «Ces Jeux olympiques ne doivent pas être une raison pour se débarrasser de nous. Il faut plutôt nous organiser et nous accompagner afin de montrer une meilleure image de la ville tout en nous permettant de poursuivre nos activités. Pour ma part, je dispose de matériel démontable: à la nuit tombée, je ne laisse rien sur place et je nettoie toujours derrière moi. Nous faisons partie du décor et ils devraient en tirer profit», insiste-t-il.

À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse, Dakar se retrouve ainsi à la croisée des chemins: entre exigence d’ordre et impératif d’inclusion, le défi pour les autorités sera de concilier image internationale et réalités locales, sans sacrifier l’un au profit de l’autre.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 27/01/2026 à 15h51