Burkina Faso. Les limites sociales d’une sanction infligée au plus vieux transporteur routier

Des camions de transport de marchandises.

Le 21/02/2026 à 10h39

VidéoBien que largement approuvée, la suspension de la Société de transport Aorema et frères a eu un effet collatéral plutôt fâcheux. Dans des gares routières grouillant de vie, les activités économiques liées aux départs et aux arrivées de ces bus ont été subitement freinées. Taxis, petits commerçants, vendeurs à la sauvette... doivent prendre leur mal en patience et espérer un retour rapide à la normale.

Pour «manquements répétitifs aux dispositions du code de la route et le non-respect de la limitation de la vitesse», le ministère de l’Administration territoriale et de la mobilité a décidé de suspendre les activités de la Société de transport Aorema et frères (STAF).

Selon des données récentes de la Direction de la circulation routière, cette compagnie est responsable à elle seule de 1.306 accidents impliquant des transports en commun entre 2019 et 2024, soit 10,43% du total des accidents de la circulation.

STAF, le plus anciens transporteur routier su pays er qui dessert les localités de la quasi-totalité du territoire, n’avait d’autre alternative que d’appliquer la décision gouvernementale et cesser tout activité sur l’ensemble de son réseau routier.

Si les voyageurs sont les premiers à pâtir d’un tel blocage, la mesure suscite de nombreux débats, notamment sur ses impacts sociaux et économiques.

«La mesure est salutaire, elle est la bienvenue. Il était temps pour le gouvernement d’assainir le secteur afin d’éviter que nous perdions des vies supplémentaires. Certains conducteurs prennent beaucoup de risques par manque de professionnalisme», lâche Ambroise Yogo, travailleur du secteur privé.

Cependant, les bus de cette compagnies qui sillonnent le pays jouent également un rôles dans la création de d’emplois indirects surtout dans les gares routières toujours pleines à craquer. Commerces de toutes sortes, vendeurs ambulants, taxis... trouvent dans les passagers en partance ou qui débarquent suffisamment de clients pour gagner leur vie. Avec cette suspension de la STAF, ce sont ces activités qui sont menacées.

«Personnellement, je ne suis pas tout à fait d’accord avec la mesure, parce que je me dis que c’est l’économie du pays qui sera impactée. C’est une compagnie que les commerçants utilisent beaucoup pour le transport des marchandises. Je pense que le gouvernement aurait pu prendre d’autres mesures à la place de la suspension», estime Damiba, un usager de la compagnie.

M. Hema, gérant d’entreprise de location et de vente véhicules, est de cet avis. S’il qualifie de « graves” les accusations portées contre le transporteur, il aurait souhaité une sanction qui ne pénalise pas les voyageurs. «L’État a certes ses raisons, mais à mon humble avis, il aurait pu permettre à la compagnie d’assurer un service minimum. C’est-à-dire, ne serait-ce que deux départs par jour, parce que c’est la seule compagnie qui relie toutes les provinces», dit-il.

Pour pouvoir reprendre ses activités, la compagnie est tenue de soumettre l’intégralité de son parc automobile à une inspection technique approfondie et de présenter un plan de mise en conformité.

Ce plan devra comporter un programme d’entretien systématique des véhicules, la liste nominative des conducteurs accompagnée des preuves de qualification, ainsi que des mesures internes de renforcement de la sécurité routière.

Suite à la suspension, les dirigeants de la compagnie ont engagé un dialogue direct avec leurs conducteurs. Un consensus a été trouvé autour d’une nouvelle dynamique promue par le slogan «STAF Renouveau avec Zéro Accident».

Le transporteur s’engage également à sanctionner tout manquement aux règles de sécurité ou de l’éthique professionnelle et réserver à ses passagers un accueil respectueux et bienveillant. «Nous avons entendu vos critiques. Nous agissons pour transformer vos attentes en une réalité concrète sur chaque trajet" a écrit l’entreprise sur ses réseaux sociaux.

Cette dynamique a aussi facilité la compréhension des préoccupations profondes des employés de l’entreprise, et a renforcé leur engagement au respect scrupuleux du Code de la route.

Par Jean Paul Windpanga Ouédraogo (Ouagadougou, correspondance)
Le 21/02/2026 à 10h39