Cameroun. Héritage des biens fonciers: le lourd legs des traditions que supporte la femme

Une rue de Yaoundé, Cameroun.

Le 19/02/2026 à 13h00

VidéoLa loi autorise une femme d’hériter des biens fonciers de son père au même titre que les hommes. Seulement, ce principe du droit écrit n’est pas toujours suivi par de nombreux chefs de famille. Une autre violation de leurs droits, dénoncent les femmes.

«Je sais déjà comment mon terrain sera partagé quand je vais mourir. Mes garçons auront chacun huit hectares. Les trois hectares restants vont revenir à mes trois filles à raison d’un hectare à chacune d’elles», nous dit Nga Louna Ferdinand, rencontré dans une gare routière de Yaoundé.

Pour ce un septuagénaire, qui s’apprêtait à monter à bord d’bus en direction de son village natal Elig Bikoun dans le département de la Lékié, ses garçons sont ses principaux héritiers et il mettrait tout en œuvre pour leur garantir un avenirs, contrairement à ses filles qui se marieront et fonderont leur propre famille.

A la question de savoir qu’en est-il de ses filles qui n’iront pas en mariage? Ferdinand réponde «je ne fais qu’appliquer les convictions de nos aïeux et que je trouve justes. Selon nos us et coutumes, l’enfant fille n’a pour avenir que dans son foyer conjugal. Toute fille qui ne part pas en mariage est un échec pour sa famille. Et moi je n’ai pas élevé mes filles pour échouer», a-t-il déclaré.

Ce débat autour de l’héritage des biens fonciers surgit de temps en temps au Cameroun à cause des nouvelles pratiques.

En effet, les filles qui héritent désormais des terrains de leurs parents les revendent généralement, surtout si elles se marient au détriment de leurs frères qui se disent «dépossédés des biens de leurs familles».

Des témoignages sont légions comme celui d’Ayissi Joseph rencontré au quartier Oyom Abang à Yaoundé. «J’ai eu très mal quand j’ai vu ma petite sœur vendre tout le terrain qu’elle a hérité de notre père. Et dès que son argent des ventes est fini, son mari l’a chassée. Je crois que les enfants sont égaux comme la loi le stipule mais il y a des biens à ne pas léguer à l’enfant fille comme le terrain», a-t-il déclaré.

A chacun de tirer des conclusions dans un contexte où la loi ne crée pas des conflits mais elle se projette pour une société plus résiliente.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 19/02/2026 à 13h00