De nombreux défenseurs des droits des travailleurs au Cameroun s’accordent à dire que les travailleurs sont eux-mêmes responsables des abus auxquels ils sont confrontés dans les entreprises publiques, parapubliques et privées.
Responsables parce que plusieurs peinent à dénoncer ces abus: surexploitation, harcèlement sexuel, non-respect des clauses contractuelles et licenciement abusif.
La majorité des victimes font généralement fi de ce qui leur arrive et préfèrent passer par des voies de négociation quand bien même le préjudice qu’ils ont subi est irréfutable.
Lire aussi : Yaoundé: dur, dur, les lendemains de fête
Une attitude que certains experts comme Claudine Lucie Mboudou Mballa tentent d’expliquer «deux explications se dégagent de cette attitude. Il y a premièrement l’ignorance et la peur, parce que généralement les citoyens sont recrutés dans les entreprises sans la moindre connaissance de leurs droits. Lorsque survient une défaillance de leurs employeurs, il devient très difficile pour eux de poursuivre leurs employeurs en justice et la peur s’installe parce que le premier souci d’un employé est de protéger son emploi" détaille l’experte.
Claudine Lucie Mboudou Mballa poursuit en expliquant que «poursuivant son employeur en justice, le salarié est conscient que les portes de cette entreprise lui seront fermées et préfère ainsi subir des abus silencieusement.»
Lire aussi : Cameroun: les employés domestiques revendiquent leurs droits, le gouvernement appelé à faire le ménage
La seconde raison qui fait qu’un salarié ne recourt que rarement aux tribunaux est liée à son propre caractère. «Une autre raison évidente est que le camerounais est de nature patiente. Il est ainsi capable de supporter, dans certaines proportions, certains abus, la finalité étant pour lui d’éviter les pertes du temps en justice», a-t-elle déclaré.
Cependant, il n’en demeure pas moins que de nombreuses décisions de justice ont éloigné les justiciables des instances. Des décisions sur fond de corruption morale, matérielle et financière qui ne motivent plus les travailleurs abusés à recourir à la justice.
C’est dans cette même logique que l’inspection du travail s’est éloignée des administrés dans un contexte où le bourreau peut facilement devenir la victime et se faire payer le préjudice à lui causé, sans aucun remord. Les défenseurs des droits des travailleurs eux, sont fermes «Oui pour la justice, oui pour une collaboration harmonieuse entre les travailleurs et les employeurs».
