«C’est ici chez moi», explique à l’AFP cette désormais binationale américano-ghanéenne qui n’est rentrée «qu’une seule fois aux Etats-Unis en près de neuf ans».
Mme Robertson fait partie des 150 membres de la diaspora africaine qui ont obtenu la citoyenneté ghanéenne lundi, le dernier groupe en date d’une initiative croissante qui reconnecte les descendants d’Africains à l’étranger avec le continent de leurs ancêtres.
Ces dernières années, plus de 1.000 membres de la diaspora ont obtenu la citoyenneté ghanéenne, la plupart des Afro-Américains attirés par un mélange de motivations historiques, culturelles et personnelles.
«Famille africaine mondiale»
Pour certains, la cérémonie a marqué l’aboutissement d’années de recherche identitaire.
Nataki Kambon, qui a obtenu la citoyenneté ghanéenne en 2019 et a assisté à la cérémonie de lundi, a déclaré que sa décision de devenir citoyenne visait à renouer avec une partie de son identité façonnée par ses ancêtres, mais éloignée de sa vie quotidienne.
«J’ai grandi dans une famille où nous avons toujours su que nous étions africains», commente-t-elle, «mais il y a toujours un décalage en raison de la façon dont l’Afrique est représentée aux États-Unis».
La cérémonie, qui s’est déroulée à Accra, a réuni de hauts responsables gouvernementaux, dont la vice-présidente Jane Naana Opoku-Agyemang et le ministre de l’Intérieur Muntaka Mubarak Mohammed.
Les nouveaux citoyens ont prêté serment d’allégeance devant Annette Sophia Essel, juge à la cour d’appel, avant de recevoir leur certificat.
S’adressant à l’assemblée, la vice-présidente a déclaré que cet événement représentait plus qu’une simple procédure juridique.
«La distance peut séparer nos peuples, mais elle n’efface pas leur identité», a-t-elle déclaré tout en ajoutant que «le Ghana continue d’être la patrie de la famille africaine mondiale».
Le Ghana s’est positionné comme une porte d’entrée pour le retour de la diaspora depuis le lancement de l’initiative «Year of Return» (Année du retour) en 2019, qui commémorait les 400 ans depuis que les Africains réduits en esclavage ont été emmenés pour la première fois en Amérique du Nord.
Le programme encourageait les personnes d’origine africaine à visiter, investir et renouer avec le continent.
Selon les responsables gouvernementaux, les cérémonies de citoyenneté comme celle de lundi reflètent un effort plus large visant à approfondir cette relation.
«Responsabilités»
Pour de nombreux membres de la diaspora, cependant, le parcours vers la citoyenneté n’est pas seulement symbolique, mais aussi pratique.
Robert et Serita Faison, un couple américain qui s’était rendu au Ghana un an plus tôt, ont déclaré avoir pris la décision de demander la citoyenneté après être tombés amoureux du pays.
«Nous avons l’impression d’avoir bouclé la boucle», commente Robert Faison. «Nous avons beaucoup appris sur l’histoire de ce pays et sur ses liens avec nos ancêtres. Il nous semblait tout naturel de revenir», détaille-t-il.
Bien que le processus ait nécessité des documents et des autorisations officielles, il a déclaré que cela était gérable.
Pour beaucoup, la signification émotionnelle de cette démarche l’emporte sur les obstacles bureaucratiques de constitution du dossier de demande de naturalisation, fastidieux.
Kevin Harris, qui a grandi à Washington D.C., se dit «bouleversé» par sa nouvelle nationalité.
Sa décision a en partie été motivée par des préoccupations liées à la sécurité et à la qualité de vie aux États-Unis.
«En Amérique, on a toujours l’impression de devoir surveiller ses enfants», a-t-il admis.
«Ici, je vois des enfants jouer dehors. Je veux que mes petits-enfants grandissent avec ce sentiment de liberté», s’enthousiasme-t-il.
Le gouvernement ghanéen considère la diaspora non seulement comme une partie intégrante de sa famille historique, mais aussi comme un levier de développement.
Les communautés de la diaspora apportent une expertise, des investissements et des réseaux qui peuvent contribuer à façonner l’avenir du pays, ont défendu les responsables politiques présents à la cérémonie.
Pour Nataki Kambon, cette relation avec leur pays adoptif doit aller au-delà des gestes symboliques.
«Le passeport est une chose, mais la citoyenneté implique des responsabilités, il faut s’impliquer dans les communautés et contribuer ensemble à la construction du pays», argumente-t-elle.




