Colère et choléra dans une ville sud-africaine

Le 24/05/2023 à 08h41

La famille rassemblée dans ce jardin d’un quartier déshérité d’une petite ville sud-africaine, près de Pretoria, est en deuil: un proche, parmi les 15 victimes de l’épidémie comptabilisées dans le pays, est mort du choléra mais aussi du manque de soins.

L’Afrique du Sud a enregistré son premier décès dû à la maladie en février. Le Mozambique et le Malawi voisins sont les pays du monde les plus gravement touchés cette année par le fléau, selon les Nations unies.

Le choléra, généralement causé par l’absorption d’aliments ou d’eau contaminés par une bactérie, est en forte recrudescence sur le continent depuis 2021 et un milliard de personnes dans 43 pays sont à risque, a alerté cette semaine l’ONU.

L’Afrique du Sud compte désormais plusieurs cas.

A Hammanskraal, à environ 50 km au nord de la capitale, Kagiso Sadiki, 37 ans, raconte ne pas boire l’eau du robinet, non potable, d’aussi loin qu’il se souvienne. Le mort que l’on veille est son cousin.

«Tout le monde a le droit d’avoir accès à de l’eau propre», tempête-t-il, décrivant un flot marron qui sort habituellement des robinets dans le coin. Assis les jambes croisées sous un citronnier et visiblement ébranlé, il dit à l’AFP espérer «que mon cousin n’est pas mort en vain».

Ce dernier a souffert de diarrhées et de vomissements continus, raconte Kagiso Sadiki. Il s’est rapidement affaibli, poursuit-il, n’ayant plus la force de marcher, se laver ou même dormir. Il est mort en une semaine.

Conduit à l’hôpital le plus proche, l’hôpital Jubilee, Michael Sadiki n’a pas été pris en charge: pas assez de lit, manque de personnel. Transporté une seconde fois, il est finalement mort aux urgences, à 53 ans.

«Que deux mains»

«Les infirmières n’ont que deux mains. Et lorsqu’elles ne sont pas assez nombreuses, les patients souffrent et certains finissent par mourir», a reconnu Mogomotsi Seleke, porte-parole du syndicat du personnel soignant (DENOSA), interrogé par l’AFP devant l’hôpital Jubilee.

Sur 34 personnes contaminées, 15 sont décédées depuis vendredi. L’infection montre «un taux de mortalité très élevé», a souligné mardi lors d’une conférence de presse le Dr Sandile Buthelezi, directeur général au ministère de la Santé.

La municipalité de Pretoria, dont dépend Hammanskraal, a exhorté les habitants à ne pas boire l’eau du robinet, promettant l’arrivée de camions-citernes. Mais selon ces derniers, les passages ne se font qu’une ou deux fois par semaine.

«Pas d’eau, pas de maison ... Nous n’avons rien», se désespère Rosa Kovani, 61 ans, empruntant un chemin de terre dans une commune voisine pour chercher de l’eau à l’un de ces camion-citernes.

Un bébé accroché dans le dos et un seau à la main, elle ne croit pas qu’elle aura un jour de l’eau courante et potable dans sa baraque en tôle.

Ils sont nombreux ici à passer leurs après-midi assis devant leur maison. Le chômage est endémique dans le pays d’Afrique australe et frôle les 35%. Et derrière les minces clôtures de fil barbelé protégeant les modestes propriétés, la colère enfle.

L’épidémie mortelle est due au dysfonctionnement du traitement des eaux usées, à un manque d’infrastructures et à la corruption des élus locaux, dénoncent des habitants.

Le ministère de l’Eau et de l’Assainissement a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les problèmes d’eau à Hammanskraal.

«C’est un problème qui aurait pu être résolu il y a longtemps», estime Kagiso Sadiki.

Avec la crise de l’eau, certains commerces se sont lancés dans la vente d’eau purifiée. Mais beaucoup ne peuvent pas s’offrir les précieuses bouteilles.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 24/05/2023 à 08h41

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