En Côte d’Ivoire, dans de nombreuses localités, la fête de Pâques rime avec retour aux sources. À l’image de la tradition de «Paquinou», les fils et filles des différents villages, venus d’Abidjan et d’ailleurs, convergent vers leur terre natale pour célébrer dans une ambiance conviviale.
Durant le week-end pascal, les concessions familiales se remplissent, les salutations s’échangent et les veillées festives s’organisent, renforçant les liens communautaires.
«Je ne suis pas du village, j’ai été invité par un frère à partager ce bon moment avec lui et, j’avoue que je passe un super moment, surtout avec la sauce d’escargot que nous avons consommé accompagnée de foutou», confie Robert Aké, un invité pour l’occasion, qui dit avoir gardé de beaux souvenirs de cette célébration de Pâques au village.
«Pâques, c’est un moment où tous les enfants du village reviennent à la maison. Même ceux qu’on ne voit pas toute l’année sont là».
Au plan spirituel, Pâques est matérialisée par l’aspersion du sang d’un agneau immolé, cependant, dans cette contrée, la particularité de cette célébration réside dans la place de choix du menu du jour.
La sauce à l’escargot est incontournable dans les repas de la fête. Considéré comme un mets de choix, le gastéropode symbolise à la fois abondance et hospitalité. Préparée avec soin, accompagnée de foutou, cette sauce rassemble les familles. En Côte d’Ivoire, l’escargot est d’ailleurs une source de protéines très prisée, ce qui explique son importance dans les grandes occasions.
«Nous faisons comme nos parents et nos aïeux. Nous mangeons des escargot pendant la fête de Pâques et non de la viande», explique Dame Evelyne épouse Niangoran, qui semble raffoler de sauce.
Point de viande bœuf ni de poulet au menu mais de l’escargot, préparé sous diverses formes et considéré comme un symbole de fête et de partage.
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Cependant, cette préparation culinaire se rarifie au fil des années. «De nos jours, les forêts sont utilisées à des fins agricoles. De plus, à cette déforestation s’ajoute la raréfaction des pluies. Or, sans humidité, il n’y a pas d’escargots. Avant, après la pluie, on pouvait ramasser beaucoup d’escargots en brousse. Aujourd’hui, même en cherchant longtemps, on en trouve peu», regrette Assé Blaise, Convive.
Malgré ces difficultés, la fête de Pâques dans cette localité conserve toute son authenticité. Entre chants, danses, repas partagés et moments de convivialité, les populations continuent de perpétuer un héritage culturel riche et surtout savoureux. «On est obligé maintenant d’acheter les escargots au marché, et c’est cher. Avant, on les ramassait gratuitement», regrette dame Evelyne.
Ainsi, autour de ces plats à base d’escargot, familles et visiteurs perpétuent une tradition culinaire unique qui fait de la Pâques à Binao une célébration authentique et profondément enracinée dans la culture locale.
