De 2.800 à 1.200 Fcfa, soit une baisse significative de 1.600 Fcfa. Dans les campements, certains producteurs parlent d’un véritable choc. «Nous avions fait des investissements en pensant que le prix resterait inchangé. Aujourd’hui, vendre à 1.200 FCFA devient difficile. Nous ne sommes pas d’accord avec ce prix», se plaint Kassi G., un planteur à Binao dans la sous-préfecture de Gbolouville.
Les prix du cacao en Côte d’Ivoire sont fixés par l’Etat deux fois dans l’année, pour la campagne principale et la campagne intermédiaire. Cette baisse des prix concerne une filière qui fait vivre environ 5 millions de personnes et qui représente 14% du PIB du pays.
Interrogé sur le sujet, Bruno Koné, alors ministre de l’Agriculture, avait expliqué que «le prix du cacao sur le marché international nous oblige à faire un réajustement». Le prix de la tonne sur le marché mondial s’élève actuellement à 2.900 dollars (soit 1.600 FCFA le kilo) contre plus de 11.000 dollars début 2024. «Le cacao ivoirien coûtait ces dernières semaines 75% plus cher que le cours mondial» rapportent des agences spécialisées.
Cependant, et comme Kassi G. beaucoup expliquent avoir engagé des dépenses pour l’entretien des plantations, l’achat d’intrants ou encore la main-d’œuvre, encouragés par le prix record annoncé pour la campagne principale 2025-2026. Mais la chute des cours internationaux et le surstockage ont entraîné ce réajustement décidé par les autorités pour la campagne intermédiaire.
«C’est trop ! Nous aurions pu tolérer une prix du kilo à 2.000 F. mais diminuer le prix jusqu’à 1.600 Fcfa, c’est nous pénaliser", déplore M. Adjiri.
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Au-delà des paysans, les pisteurs et acheteurs se disent également pris au piège de la situation. Plusieurs d’entre eux affirment détenir encore d’importants stocks achetés au prix de 2.800 FCFA. Les revendre aujourd’hui au nouveau tarif représenterait pour eux des pertes importantes.
«Maintenant que le prix a chuté, qu’allons-nous faire de nos stocks bloqués? Qu’allons-nous faire pour couvrir nos dépenses et répondre aux besoins de nos familles et celles des planteurs? Aujourd’hui, c’est toute la chaîne qui souffre. Le pire est que la Côte d’Ivoire est premier producteur du cacao au monde, mais c’est chez nous qu’on achète au bas prix. Pendant ce temps, certains pays voisins, ils sont jusqu’à 5.000 Fcfa le kilogramme», explique M. Koutou, un acheteur basé dans le village, visiblement éprouvé par la situation.
Cette crise intervient pourtant dans un pays qui reste le premier producteur mondial de cacao, fournissant près de 40 à 45% de la production mondiale. La filière représente un pilier essentiel de l’économie ivoirienne et fait vivre environ cinq millions de personnes, directement ou indirectement.
Face à cette situation, producteurs et intermédiaires lancent un appel pressant au gouvernement. Ils souhaitent des mesures d’accompagnement, notamment un soutien financier, une meilleure régulation des stocks ou des mécanismes capables d’amortir les fluctuations du marché international. Pour ces acteurs de la filière, il s’agit de préserver les revenus des populations rurales et de maintenir la stabilité d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.
«Nous étions tous contents lorsqu’on avait fixé à 2.800 Fcfa, mais cette joie n’a été que d’une courte durée. Nous demandons l’intervention de nos autorités afin que nous aussi paysans, puissions jouir de nos récoltes et faire face à nos dépenses», implore cet autre planteur.
Dans les plantations comme dans les coopératives, l’espoir reste toutefois présent. Beaucoup souhaitent que les prochaines campagnes redonnent confiance aux producteurs et permettent de redonner le sourire aux acteurs de l’”or brun” ivoirien, dont la prospérité reste intimement liée aux soubresauts du marché mondial.



