Enlèvement contre rançon, tendance criminelle en Afrique du Sud

Le service de police sud-africain (SAPS) se tient près d'un barrage routier lors de l'opération O Kae Molao visant à lutter contre le niveau élevé de criminalité à Johannesburg, le 24 novembre 2022.. AFP or licensors
Le 28/12/2022 à 07h05

Un homme d’affaires kidnappé, retrouvé mort, exécuté, le sauvetage rocambolesque d’une fillette de huit ans un mois plus tôt... L’Afrique du Sud, connue pour son taux ahurissant d’homicides, voit l’explosion d’une criminalité d’un nouveau genre: le rapt contre rançon.

En cette période de fêtes, la police appelle les parents à «une vigilance accrue» autour des plages et centres commerciaux. «Des enfants disparaissent, c’est une réalité», souligne auprès de l’AFP un porte-parole de la police, Robert Netshiunda.

Les cas se sont multipliés, avec 4.000 affaires recensées entre juillet et septembre. Le phénomène a doublé en un an, a alerté le gouvernement. «Du jamais vu», souligne le militant anti-criminalité Yusuf Abramjee.

Des crimes motivés par l’argent, dans un contexte de violence toujours plus alarmant. Parfois en marge d’un braquage de voiture ou d’un cambriolage. Une belle matière à cauchemar.

Dans le même temps, plus de 7.000 meurtres ont été signalés, soit un toutes les 19 minutes, ainsi que 10.000 viols dans ce pays qui reste l’un des plus dangereux au monde.

Kevin Soal, sexagénaire blanc fortuné, avait des intérêts dans le monde des courses de chevaux et des transports. Sa disparition a été signalée mi-décembre par sa fille. Sa voiture de luxe a été retrouvée abandonnée dans un township près de Pretoria.

La police a retrouvé son corps quelques jours plus tard. «D’importantes sommes ont été prélevées sur son compte» pendant sa captivité, selon une source policière.

Une récompense équivalente à plus de 2.700 euros avait été offerte en échange d’informations. Les familles, terrorisées, qui engagent parfois des détectives privés, ne s’expriment quasiment jamais dans la presse.

Un mois plus tôt, Abirah Dekhta, huit ans, était enlevée sur le chemin de l’école près du Cap. Sur l’avis de recherche, une petite fille aux épaules étroites, en robe rose vif et foulard assorti sur la tête.

Elle a disparu en quelques minutes, en plein jour, emportée par cinq hommes armés débarqués à bord de deux voitures, selon le parquet.

Terreur

Les familles musulmanes d’origine indienne comme celle de la fillette, qui ont des fonds placés à l’étranger, sont particulièrement ciblées, selon une source policière.

Tout comme les étrangers, hommes d’affaires indiens, pakistanais ou africains en tête, relève Ambrajee, citant l’enlèvement récent d’un Somalien dans un hôtel de Johannesburg.

La police s’attaque « résolument à ces crimes qui sèment la terreur », a promis devant la presse le ministre Bheki Cele, coiffé de son indéfectible Borsalino.

Les rançons sont une pratique courante dans de nombreux pays comme le Mexique ou la Colombie ou ailleurs en Afrique. Au Nigeria, les prises d’otages sont devenues une industrie juteuse face à des autorités impuissantes.

Les entreprises étrangères dépensent des fortunes pour protéger leurs employés et certaines familles locales sont obligées de vendre leur maison, biens ou terres, pour payer les rançons.

«En Afrique du Sud, c’est relativement nouveau: il y a quatre ou cinq ans, nous ne connaissions pas le phénomène», explique à l’AFP Jean-Pierre Smith, adjoint à la sécurité de la ville du Cap. Selon lui, les rançons peuvent atteindre des millions de rands et même d’euros.

La police, habituée aux affaires d’enlèvements d’enfants dans le cadre de séparations houleuses, a tardé à comprendre que le motif était désormais pécuniaire.

Une unité spéciale a été créée en 2021. La police a récemment déclaré être sur la piste de «bandes organisées», avec de probables ramifications à l’étranger, dans le cadre de cette inflation du phénomène.

Grâce à un tuyau reçu par la police, Abirah Dekhta a été délivrée mi-novembre au cours d’un raid spectaculaire, après onze jours de captivité. Elle était séquestrée dans une baraque de l’immense township miséreux de Khayelitsha, gardée par sept hommes.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 28/12/2022 à 07h05