Gabon: à quoi sert un diplôme après la fac? À la «débrouillardise»

Des étudiants gabonais.

Le 14/02/2026 à 12h16

VidéoAu Gabon, le passage de l’apprentissage au marché du travail prend des allures de parcours du combattant, où le rêve d’un emploi conforme à son diplôme se fracasse sur la réalité d’un marché étroit et exigeant. Le chômage des jeunes diplômés demeure une préoccupation majeure, poussant une génération entière à redéfinir ses ambitions et ses stratégies.

Le parcours de Lady Nguema, 25 ans, est à cet égard emblématique. Diplômée d’une licence en logistique et transport, option transit douane, elle a rapidement déchanté. «Ce sont des débouchés qui ne suivent pas... On dépose les dossiers partout mais sans suite», confie celle qui face aux exigences d’expérience professionnelle ou aux stages non rémunérés, a choisi la «débrouillardise».

Aujourd’hui, au carrefour Cherco à Akanda, elle affronte la chaleur de sa cuisine et les effluves de son fumoir pour servir sa clientèle, ayant découvert une passion dans la restauration. «En attendant un jour une grande opportunité d’embauche», résume-t-elle, son diplôme reste en suspens.

Cette nécessité de s’adapter ou de se réinventer n’épargne personne, y compris les plus déterminés. Le témoignage d’Orlane Ompindi Odja, agent des affaires étrangères, en est la preuve. Sa licence en information et communication des entreprises n’ayant pas ouvert les portes espérées, elle a méthodiquement ajouté «plus d’une corde à son arc»: une spécialisation en anglais et hygiène et sécurité environnementale au Ghana, puis le concours de l’École Préparatoire aux Carrières Administratives (EPCA). «Ce fut là, ma chance», souligne-t-elle, montrant que la persévérance et la diversification des compétences peuvent parfois payer après un long détour.

Pourtant, cette étroitesse persistante du marché de l’emploi gabonais, une préoccupation récurrente des gouvernements, continue de nourrir une profonde anxiété chez les étudiants, bien avant la fin de leur cursus. Lévitic Akomezock, étudiant en première année de sciences politiques à l’Université Omar Bongo, en fait déjà le constat amer: «La peur de ne pas trouver l’emploi, il faut se le dire en toute vérité, elle est constante». Sa passion pour l’organisation de l’État et de la société est déjà assombrie par l’incertitude de l’après-diplôme.

Une inquiétude que tempère, à peine, l’optimisme stratégique de certains de ses camarades. Sani Maroundou, également en sciences politiques, voit dans cette filière une ouverture: «En fin de cycle je pourrais devenir enseignante, journaliste... Cette matière a plus d’opportunités qu’ailleurs». Son rêve de diplomatie guide son choix, un pari sur l’avenir dans un contexte pourtant morose.

Ces choix de filière sont d’ailleurs au cœur du problème. De nombreuses analyses pointent du doigt une mauvaise orientation scolaire ou des formations inadéquates comme source d’aggravation du chômage des diplômés. Kin Wouagni a frôlé cet écueil. Après un début de cursus difficile en sciences de la santé, il a opéré un virage radical pour s’inscrire en droit. Son témoignage rejoint celui de nombreux étudiants contraints de se réorienter pour trouver une voie qui semble, à tort ou à raison, plus prometteuse.

C’est précisément cette quête de perspectives qui anime Stevy, autre étudiant en droit. Pour lui, cette discipline «donne beaucoup de connaissances et d’opportunités». Loin de se limiter au marché local, il nourrit de grandes ambitions: devenir avocat international et se perfectionner en Afrique du Sud. Son rêve transcende les frontières gabonaises, illustrant une tendance où l’espoir se projette parfois au-delà d’un tissu économique national perçu comme trop limité.

Entre les Lady, contraintes à l’entrepreneuriat de survie, les Orlane, transformées en éternelles étudiantes par nécessité, et les Lévitic, déjà gagnés par le doute sur les bancs de la fac, une génération entière navigue à vue. Leur point commun? Devant la dure réalité du marché du travail gabonais, ils doivent faire preuve d’une résilience extraordinaire, où le diplôme initial n’est souvent que le point de départ d’un long chemin d’adaptation et de combat pour une place qui correspond à leurs aspirations.

Par Ismael Obiang Nze (Libreville, correspondance)
Le 14/02/2026 à 12h16