Dans le hall de l’aéroport, des familles entières, le cœur serré depuis des jours, scrutaient l’arrivée des passagers. Certains retenant leurs larmes, d’autres esquissant enfin un sourire après des nuits d’angoisse et d’incertitude. Ces 36 ressortissants- un premier contingent parmi près de 800 officiellement recensés par le gouvernement, sont pour la plupart des résidents, des étudiants ou des touristes pris dans l’étau des bombardements.
Wilfried Mayaka raconte encore la sidération. Parti de Libreville le 7 février, il devait rentrer début mars. Mais le 28 février, tout a basculé. «On a bombardé. Tous les aéroports étaient fermés. On a attendu sensiblement 12 jours avant que le premier aéroport n’ouvre. À l’heure où je vous parle, hier encore, ils ont bombardé la ville.»
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Dans sa voix, le soulagement d’avoir quitté l’enfer, mais aussi la fatigue de douze jours d’attente, suspendu à une issue incertaine.
Pour d’autres, le chemin du retour a été une course contre la montre. Mintsa, résidente à Dubaï, ne cache pas le traumatisme laissé par les semaines passées au cœur des frappes. «C’était très pénible, traumatisant, surtout que nous au Gabon on ne connaît pas ce genre de situation. Dans mon secteur, il y a deux missiles interceptés avec d’énormes détonations. On n’a pas dormi de la nuit. J’ai tout abandonné du jour au lendemain.» Lorsque le président a annoncé le rapatriement, elle explique avoir «sauté sur la première occasion».
L’opération, minutieusement orchestrée, doit beaucoup à la mobilisation de l’ambassade du Gabon sur place. Un dialogue s’est noué pas à pas avec les autorités locales, jusqu’à obtenir les autorisations nécessaires pour organiser ce vol. Sur place, une cellule de veille et d’assistance d’urgence a également été activée par le ministère des Affaires étrangères pour suivre chaque rapatrié, de l’enregistrement jusqu’à la réinsertion à Libreville.
Mais ce premier vol n’est qu’un début. Libreville annonce déjà qu’un second appareil est programmé pour le 24 mars prochain, afin de permettre à tous ceux qui souhaitent encore quitter la région de le faire dans des conditions sûres.
Sur les visages des 36 arrivants, ce dimanche, c’est d’abord le soulagement qui domine. Celui d’avoir échappé à l’étau, et de fouler à nouveau une terre qui, désormais, leur semble plus précieuse que jamais.




