Homosexualité et sida. «Je ne reconnais plus mon pays», le coup de filet qui traumatise la société sénégalaise

Une artère de Dakar, la capitale sénégalaise.

Le 12/02/2026 à 12h12

VidéoDans un pays qui criminalise l’homosexualité, le traumatisme est double: arrestation de 12 personnes, dont des célébrités, accusées d’actes contre nature, propagation volontaire du sida. A Dakar, l’angoisse est multiple face à des mœurs jugées dissolues et une jeunesse désœuvrée proie facile des prédateurs.

La gendarmerie avait annoncé samedi 7 février 2026 avoir arrêté douze Sénégalais pour «association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH sida par des rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui». Au Sénégal, la loi réprime d’un à cinq ans d’emprisonnement les actes dits «contre nature avec un individu de son sexe

Deux célébrités au Sénégal, un animateur radio et télévision, et un célèbre chanteur font partie des 12 personnes interpellées.

Au-delà du scandale, ce sont surtout certaines accusations qui alimentent la psychose. Des informations font état d’une propagation volontaire du VIH/Sida à d’autres personnes, des allégations qui, si elles étaient confirmées, relèveraient d’une extrême gravité.

Dans un pays attaché à ses valeurs religieuses et sociales, l’émotion est vive. Bamba, jeune débrouillard, exprime son désarroi. «La surprise est générale, mais on a trop laissé faire. Ces jeunes s’affichent de plus en plus avec des lèvres dépigmentées, manières efféminées, déhanchement... alors qu’un homme doit être vigoureux. Il est hors de question que l’on avale le prétexte selon lequel ils seraient nés comme ça. Nous sommes un pays de foi, d’islam

Coumba Ndiaye, mère de famille, pointe la responsabilité de la famille «en tant que mère, je suis inquiète. Les enfants d’aujourd’hui aiment la facilité ce qui en fait des proies faciles. Ils ne font rien de leur journée, mais s’habillent bien, ont des téléphones dernier cri. Cela devrait alerter

Pour d’autres, la question dépasse le seul scandale. Ils évoquent l’influence, la précarité et la perte de repères. Khadim Lô, conducteur de moto, confie: «Je suis surpris et j’ai mal, je ne reconnais plus mon pays. Les jeunes sont tellement influençables qu’ils en perdent leurs valeurs. On ne sait plus qui est homme et qui est femme, ce qui n’est pas normal. Un homme, on doit le reconnaître de loin.»

Dans l’attente des conclusions judiciaires, une question demeure: comment protéger la jeunesse, renforcer la prévention sanitaire et éviter que rumeurs et amalgames n’alimentent davantage la tension sociale?

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 12/02/2026 à 12h12