Située à quelques encablures du Palais présidentiel, la mosquée Hassan II a vécu un moment historique. Une présence qui transcende le cadre strictement religieux pour s’inscrire comme un geste politique fort en faveur de la cohésion nationale.
Accompagné du Chef de la communauté musulmane, Abdoul Razack Kabongo, le Chef de l’État était entouré d’une délégation de prestige réunissant les imams de la capitale ainsi qu’une figure diplomatique de poids, l’Ambassadeur du Maroc au Gabon, Abdellah Sbihi. La présence du diplomate marocain rappelait que ce lieu de culte est aussi l’un des plus beaux fleurons de la coopération fraternelle entre Rabat et Libreville.
Au-delà du protocole, c’est la portée spirituelle de cette visite qui a marqué les esprits. Dans son allocution de circonstance, Abdoul Razack Kabongo a souligné le caractère exceptionnel de la conjoncture spirituelle que traverse le Gabon.
«Nous remercions Dieu tout puissant de nous offrir ce moment historique où le jeûne du mois de ramadan et le carême chez les Chrétiens se déroulent simultanément. N’est ce pas là un signe divin?», s’est interrogé le chef de la communauté musulmane, soulignant l’harmonie rare entre les deux grands calendriers religieux.
Le président gabonais Brice Oligui Nguema quittant le palais présidentielle à destination de la mosquée Hassan II de Libreville à côté de l'ambassadeur du Maroc Abdellah Sbihi et d'autres diplomates étrangers. . A. N. Ismael/Le360 Afrique
Cette simultanéité des temps sacrés a donné une résonance particulière à la démarche du président. En assistant les fidèles pour la prière du Maghreb, le Chef de l’Etat Oligui Nguema a endossé son rôle de «garant de l’unité», s’érigeant au-dessus des clivages confessionnels.
Un message que n’a pas manqué de relayer Abdoul Razack Kabongo, en s’adressant directement au président de la République: «Excellence monsieur le président, votre présence parmi nous accompagné de vos collaborateurs scelle le pacte d’une nation où musulmans, chrétiens et enfants du Gabon marchent ensemble.»
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L’émotion était palpable du côté des fidèles, qui ont réservé un accueil chaleureux au président. Imam Maganga, porte-parole de la mosquée Hassan II, peinait à contenir sa joie: «on a pas de mots pour qualifier la joie qui nous anime car c’est exceptionnel. Nous ne pouvons que faire des invocations. Qu’Allah l’assiste et le guide dans ses lourdes missions pour le développement de notre pays.»
Même son de cloche chez l’Imam Abdoulaye, pour qui cette visite est un signe de reconnaissance: «C’est un honneur de voir le président venir rompre le jeûne avec nous. Ça prouve son estime et sa considération pour notre communauté.»
Une considération qui ne s’est pas limitée au symbole. À l’issue de la prière, le Chef de l’État a posé un acte de solidarité concrète en offrant des kits alimentaires destinés aux familles musulmanes les plus démunies. Un geste qui a touché les cœurs, à l’image de Zeinabou Ali, une fidèle présente sur place: «C’est un homme modeste parce qu’il se met à tous les niveaux pour satisfaire son peuple.»
Cette visite s’inscrit dans un contexte où les appels à la retenue et au dialogue sont régulièrement martelés par les autorités de la Transition. Pour de nombreux observateurs, elle constitue un rappel puissant des valeurs de tolérance qui caractérisent le Gabon.
Bouka, un fidèle de la mosquée, a d’ailleurs profité de cette tribune pour lancer un appel à la sagesse collective. «Le mois de ramadan est un mois de piété et de partage. Ces valeurs doivent impacter nos comportements dans la société entre nous-mêmes et vis-à-vis des non musulmans.»
Au-delà du simple rituel, la soirée de vendredi à la mosquée Hassan II restera comme une illustration de ce «pacte» national évoqué par les autorités religieuses. Un pacte où, sous le regard bienveillant du Chef de l’État, la terre gabonaise continue de s’affirmer comme un espace où chaque citoyen peut pratiquer sa foi en toute quiétude.








