À Libreville, les sièges de nombreuses fédérations sportives sont invisibles, inexistants ou dans un état de délabrement avancé. Tennis, golf, athlétisme, basketball, natation… Ces disciplines, pourtant populaires, n’ont souvent pas de maison ou doivent se contenter de locations précaires. Cette précarité infrastructurelle est le reflet criant d’un sport gabonais en souffrance, tiraillé entre le manque de moyens, l’absence de résultats probants et la désillusion des supporters.
Le siège de la Fédération gabonaise de Boxe à Libreville.
Le constat sur le terrain est sans appel. La Fédération gabonaise de handball, située à Akébé-ville, occupe un local aux murs défraîchis et abandonnés. Celle de boxe est logée dans un bâtiment colonial délabré, simple «ombre de lui-même». Même la puissante Fédération de football, à Owendo, montre des signes de mauvaise maintenance.
Une réalité amère que résume Me Stéphane Awa, expert en karaté: «Ce n’est pas facile, les fédérations sont démunies, n’ont pas de moyens. Normalement toute fédération devait avoir un siège.» Il propose même une solution collective: «Au stade de l’amitié sino-gabonaise d’Akanda qui dispose des salles, on devrait loger toutes les fédérations là-bas.»
Face à cette situation, les fédérations invoquent systématiquement le manque de financement. Un argument entendu, mais qui ne convainc plus totalement. Le journaliste Brice Ndoutoume apporte un éclairage critique: «Le comité national Olympique vient de se doter d’un siège. Nous savons tous que c’est le comité international olympique qui a donné les moyens et l’État a juste signé un accord de siège. Et c’est ce genre de négociation que les présidents de fédérations doivent poursuivre avec leurs instances internationales.» Il reconnaît toutefois les disparités: «La dynamique qui est impulsée par la FIFA dans ce sens n’est certainement pas la même avec le judo ou la boxe. Toutes ces difficultés font que le sport n’est pas développé en aval.»
Lire aussi : Gabon. Cyclisme: les professionnels freinés, la fédération perd les pédales
Dans ce paysage morose, une lueur d’espoir a jailli ce jeudi 22 janvier 2026. La Fédération gabonaise de karaté et arts martiaux affinitaires (Fegakama) a tourné une page historique en inaugurant son propre siège, flambant neuf. Fini les réunions dans les bars ou les domiciles des dirigeants. Le bâtiment comprend une salle de réunion, un secrétariat permanent, un bureau présidentiel, un dojo national et des sanitaires.
Pour le président de la Fegakama, Me Pamphile Andimi Youmou, cet achèvement est l’aboutissement d’une promesse et la fin d’une époque révolue. «Avant mon élection, je suis resté secrétaire général de la fédération pendant 17 ans. J’observais que chaque président avait son siège dans son sac. C’est dans les dojos de chaque président que s’établissait le siège d’une fédération», se souvient-il. Il rappelle une exigence fondamentale souvent ignorée: «Ça fait partie des contraintes du ministère des sports: une fédération doit avoir tous les éléments juridiques et disposer d’un siège, condition sine qua non pour exister. Alors lors de ma campagne, j’avais promis aux karatékas de briser ce passé. C’est désormais chose faite.»
Cette réussite interpelle d’autant plus que, sous l’ancien régime, des sommes importantes avaient été débloquées pour le sport. Entre juin 2019 et juillet 2022, près de 3 milliards de FCFA ont été investis. Le karaté figurait d’ailleurs dans le top cinq des disciplines subventionnées, ayant reçu 308,8 millions de FCFA, une enveloppe substantielle mais qui, visiblement, n’avait pas encore permis la concrétisation d’un siège propre.
Lire aussi : Crimes rituels au Gabon: faut-il restaurer la peine de mort? La question qui hante les esprits
L’initiative de la Fegakama démontre donc que, au-delà des subventions étatiques souvent jugées insuffisantes, une vision stratégique, une gestion rigoureuse et une détermination à mobiliser des ressources – peut-être en lien avec les instances internationales comme le suggère Brice Ndoutoume – peuvent aboutir à des résultats tangibles.
Alors que le sport gabonais cherche son second souffle, le nouveau siège du karaté n’est pas qu’un bâtiment. Il devient un symbole : celui de la possibilité pour les fédérations de prendre en main leur destin et d’offrir à leurs disciplines la stabilité nécessaire pour se développer. La balle est désormais dans le camp des autres sports pour s’inspirer de ce modèle et écrire, à leur tour, une nouvelle page.






