Alors que la CAF promeut une nouvelle Ligue des champions africaine élargie et une Ligue africaine des nations, beaucoup craignent que l’instance continentale ne sacrifie le terreau qui fait sa richesse au profit de compétitions plus commerciales, sous l’influence de ses partenaires financiers.
Pour Leyinga, fan de football interrogé dans les rues de la capitale gabonaise, l’équation est simple: supprimer le CHAN, c’est couper l’herbe sous le pied des espoirs du continent. «C’est une très mauvaise décision parce que le CHAN permet de révéler les talents locaux. Il leur permet de bénéficier d’une visibilité internationale», assène-t-il.
Ce tournoi unique est en effet la seule vitrine majeure offerte aux joueurs qui brillent dans les championnats domestiques, souvent éclipsés par les stars expatriées lors de la CAN. C’est le tremplin historique de nombreux internationaux.
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Mais cette visibilité, essentielle pour l’écosystème footballistique africain, semble menacée par des logiques qui dépassent le simple sport. C’est en tout cas le sentiment qui prévaut parmi les observateurs avertis.
Brice Ndoutoume, directeur de publication d’Infosport Gabon, pointe du doigt des influences externes. Pour lui, la CAF n’agit plus en pleine souveraineté. «On a comme l’impression que la CAF subit le diktat des sponsors, de la FIFA et des partenaires qui mettent les moyens dans le football et imposent leur volonté», analyse-t-il. Cette hypothèse d’une gouvernance sous influence éclaire les décisions récentes de l’instance, souvent perçues comme éloignées des réalités du terrain.
Et face au projet de Ligue africaine des nations, présenté comme le nouveau fleuron, le journaliste reste sceptique sur sa capacité à remplir la mission sociale et sportive du CHAN. «La ligue africaine de football, oui, c’est pas mauvais, mais elle ne remplira jamais les mêmes missions que le CHAN», estime-t-il. Une distinction cruciale : entre une compétition élitiste et commerciale, et un tournoi ancré dans l’identité et le développement de chaque fédération nationale.
Cette série de décisions controversées renvoie directement, pour beaucoup, à la figure du président de la CAF. La défiance envers sa direction ne fait que croître.
Le président Motsepe sur la sellette
Jean Claude Nounamo, DP de Gabonall Sport, ne mâche pas ses mots. Il lie explicitement cette possible suppression aux autres choix controversés de la présidence Motsepe, créant un sentiment de défiance grandissant. «J’espère bien que si jamais Motsepe était appelé à partir de la CAF, c’est une décision qui devrait être revue, selon moi», lance-t-il. Il dresse un bilan sévère: «Déjà il est en train de ramener la CAN à 4 ans, c’est une décision que les Africains n’ont pas encore digérée, et il envisage encore de supprimer le CHAN.»
Pour lui, aucune justification économique ou calendaire ne peut légitimer ce qu’il considère comme une faute contre l’essence du football africain. «Quelle qu’en soit la raison, elle ne pèse pas...», conclut-il, laissant en suspens un lourd sentiment d’incompréhension et de colère.
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Alors que la CAF n’a pas encore officialisé sa décision, les réactions de Libreville résonnent comme un avertissement. Supprimer le CHAN, c’est, aux yeux de ses défenseurs, priver le football africain de son laboratoire, de son âme et de son avenir. Un prix qui, pour beaucoup de passionnés, semble trop lourd à payer sur l’autel des intérêts commerciaux. Le débat est lancé, et il promet d’être brûlant.








