Fermer

Algérie: voilà pourquoi la catastrophe inflationniste est inévitable

Mise à jour le 25/09/2017 à 13h54 Publié le 25/09/2017 à 13h52 Par Mar Bassine

#Economie
Algérie: voilà pourquoi la catastrophe inflationniste est inévitable
© Copyright : DR

#Algérie : Pour les trois derniers mois de 2017, l'équivalent de pas moins de 5 milliards de dollars sera produit afin de s'ajouter à la masse monétaire algérienne. Et ce, sans soubassement économique, uniquement grâce à la planche à billets. On risque une catastrophe dès 2018, à cause de l'inflation.


Alors que nous sommes fin septembre et que l'an de grâce 2017 se termine dans trois mois, le gouvernement algérien fait un aveu qui en dit long sur le niveau de difficultés auquel il est confronté. Le Premier ministre avait reconnu tantôt que même les salaires de novembre ne seraient pas payés, mais désormais, il évoque des chiffres précis. 

Dans le préambule de son projet de loi sur "la planche à billets", appelée pudiquement "recours aux méthodes non conventionnelles de financement du Trésor", il reconnaît que les besoins de 2017 demeurent supérieurs à 500 milliards de dinars, soit quelque 4,45 milliards de dollars, selon la publication en ligne Tout sur l'Algérie

Par extrapolation de ce chiffre sur une période de 12 mois, il est possible de dire que le besoin réel de l'Etat algérien est de l'ordre de 15 à 20 milliards de dollars au niveau actuel des cours du pétrole. D'ailleurs, il suffit de voir à quel rythme le Fonds de régulation des recettes (FRR) s'est épuisé ces dernières années pour s'en convaincre. On est passé de près de 7.917 milliards de dinars en 2012, soit 72 milliards de dollars, à l'épuisement total, dès le premier trimestre 2017. C'est dire que chaque année, le déficit du Trésor public algérien a atteint 15 milliards de dollars, avec une accélération durant les deux dernières années. Puisque les 2.075 milliards de dinars, soit 18,46 milliards de dollars, de début 2016 ont été puisés dès les premières semaines de 2017. 
 


LIRE AUSSI: Algérie. Ouyahia: "sans la planche à billets, nous ne pourrions plus payer les salaires dès novembre"



Aujourd'hui, la question qui se pose est celle de l'impact sur les prix qu'aura une augmentation de la masse monétaire de l'ordre de 15 milliards de dollars. Selon les données du FMI et de la Banque Mondiale, la masse monétaire globale de l'Algérie n'a cessé d'augmenter ces dernières années pour atteindre 13,9 milliards de dollars en fin 2016. Par conséquent, l'utilisation de la planche à billets aura pour effet immédiat de doubler la masse monétaire fiduciaire en moins de 12 mois. Or, le fait d'injecter ces sommes dans le circuit bancaire aura un effet multiplicateur à cause du crédit. 

Les études montrent que si la Banque centrale limitait le taux de réserves obligatoires à 20% de la masse fiduciaire issue du financement non conventionnel du Trésor, le multiplicateur serait de 5. Cela signifie que sur 100 dinars issus de cette planche à billets, même si seulement 80 dinars étaient de nouveau octroyés en crédit, au final le système créera 400 dinars supplémentaires qui viendront gonfler la masse monétaire existante. Techniquement, moins le taux de réserves monétaires est élevé plus sera grand le coefficient multiplicateur.
 


LIRE AUSSI: Algérie. Officiel: la dangereuse option de la planche à billets



Actuellement, le taux de réserves obligatoires de la Banque centrale algérienne n'est que 4%, ce qui veut dire que l'une des premières mesures accompagnant la mise en fonctionnement de la planche à billets sera de le relever sensiblement pour limiter l'effet multiplicateur. L'autre mesure qui suivra sera d'augmenter les taux au point, il ne sera plus compétitif de recourir à un crédit bancaire, notamment pour investir ou pour consommer. Les deux mesures pourront certes limiter l'impact de l'inflation, mais elles ne l'endigueront jamais suffisamment. De plus, elles seront contre-productives dans une économie moribonde qui cherche à se diversifier. 

Quoi qu'il en soit, l'inflation sera inévitable et dès 2018, il faudra s'attendre à ce qu'elle soit galopante pour atteindre un taux à deux chiffres. C'est une manière de reprendre aux Algériens les avantages salariaux qui leur ont été accordés durant ces longues années. Car d'augmentation en augmentation de salaire, les revenus des fonctionnaires ont plus que doublé durant les années fastes marquées par la hausse des cours du pétrole. C'est dire qu'en l'espace de quelques mois, cette planche à billets retirera d'une main, ce que le gouvernement de Bouteflika a donné de l'autre. 
 


LIRE AUSSI: Interdiction des importations: le syndrome vénézuélien s'abat sur l'Algérie



Le gouvernement algérien a choisi la solution de la facilité pour résoudre la crise la plus sévère à laquelle l'a mené la mauvaise gestion de la manne pétrolière. Il sera malheureusement rattrapé par une crise encore plus sévère liée à l'inflation qui se profile à l'horizon et par la crise sociale qui l'accompagnera. Une catastrophe, similaire à celle qui a ruiné le Venezuela, n'est pas bien loin. 

Le 25/09/2017 Par Mar Bassine

à lire aussi