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Algérie. Alarmant: plus de gaz à exporter à partir de 2022!

Mise à jour le 15/12/2018 à 14h05 Publié le 15/12/2018 à 10h46 Par Karim Zeidane

#Economie
gaz algérien
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#Algérie : L’augmentation du rythme de la consommation nationale de gaz inquiète les autorités algériennes. Au rythme actuel, il n’y aura plus de gaz à exporter dès 2022, a souligné le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni. Explications.

Coup sur coup, deux responsables du secteur gazier en Algérie sont sorti de leur silence pour faire part de leur grande inquiétude concernant l'avenir de l'exploitation du gaz en Algérie. 

Ainsi, après les révélations de Mohamed Arkab, PDG du groupe Sonelgaz, qui a indiqué que le groupe de production de transport et de distribution de gaz et d’électricité, qu'il dirige, traîne la dette faramineuse de 1.650 milliards de dinars, soit 14 milliards de dollars.

Mohamed Arkab a également expliqué que Sonelgaz ne disposait pas des ressources nécessaires à d'indispensables investissements, à cause de larges subventions étatiques, qui font que le prix du kwh ne couvre pas l’ensemble des frais de la Solnelgaz, ni ceux de la production et du transport d’électricité.

Et c’est désormais au tout de son ministre de tutelle, en charge de l’Energie, Mustapha Guitouni, d'alerter l'opinion publique quant à l’avenir de l’Algérie en tant qu’exportateur majeur de gaz.


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Le ministre a exprimé très franchement ses inquiétudes. «Si on continue à consommer à ce rythme, on arrêtera d’exporter à l’étranger, à l’horizon 2022, il restera juste de quoi satisfaire les besoins internes», a-t-il ainsi averti.

Pour l’Algérie, dont l’économie ne repose quasiment que sur les exportations du pétrole et du gaz, qui représentent plus de 60% des recettes budgétaires et plus de 95% des recettes d’exportation du pays, cette éventualité est à prendre très au sérieux, à un moment où le pays n’arrive pas à lancer un véritable -et nécessaire- processus de diversification économique.

Cette crainte de l'épuisement du gaz destiné à l’export s'explique par le rythme de l’augmentation de la consommation nationale de gaz en Algérie par la population et les industries, une forte consommation qui s’explique surtout par les fortes subventions accordées par l’Etat. 


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Ainsi, «l’Algérie produit actuellement 130 milliards de mètres cubes de gaz, dont la moitié est consommée en interne et 30% doit rester dans les puits pour qu’ils puissent demeurer actifs», a expliqué le ministre de l’Energie.

En 2017, par exemple, sur 100 millions de mètres cubes de gaz produits quotidiennement par l’Algérie, 55 millions de m3 ont été exportés et le reste a servi à répondre à la demande intérieure.

D’après Mustapha Guitouni, le gaz butane représente à lui seul 40% de la consommation locale, fortement subventionné par l’Etat, et dont la consommation croît beaucoup plus vite que sa production.

La consommation intérieure progresse en effet de 10% chaque année, et face à une production qui ne suit pas, l’Etat ponctionne inéluctablement sur les quantités destinées à l’exportation.

En conséquence, pour ce ministre, à l’horizon 2022, l’Algérie risque de ne plus être un exportateur de gaz.


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Face à ces prévisions catastrophiques, l’Etat algérien, par le biais de la Sonatrach, première entreprise d'Afrique, a lancé plusieurs projets dans le but d'accroître la production gazière. C’est le cas notamment de Timimoun (5 millions de m3/an), Reggane Nord (8 millions de m3/an et de Touat (12,8 millions de m3/an).

Malgré tout, cette stratégie reste insuffisante. L'Algérie ne devra son salut qu'à la réduction de la consommation intérieure de gaz.

C’est ce que le gouvernement a entrepris de faire dès 2017, en introduisant de nouvelles taxes, qui ont eu pour effet de commencer à freiner la consommation des Algériens.

Seulement voilà: ces taxes demeurent encore faibles pour réduire significativement la consommation. L’Etat, qui a habitué la population à des tarifs très bas, ne peut se permettre de bouleverser ces habitudes à la veille d'élections présidentielles cruciales. La paix sociale est à ce prix, même si les déclarations alarmistes de ces deux responsables sonnent comme des avertissements. 


Le 15/12/2018 Par Karim Zeidane