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Air Algérie au bord du gouffre et sans plan de restructuration face à la crise

Mise à jour le 26/02/2021 à 16h38 Publié le 26/02/2021 à 16h09 Par Karim Zeidane

#Economie
Air Algérie
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#Algérie : Air Algérie traverse une crise financière aiguë. La pandémie du Covid-19 est venue aggraver une situation déjà critique. Et contrairement à d’autres compagnies qui se restructurent pour préparer l’après-Covid-19, le pavillon algérien n’a aucune visibilité et aucun plan de sauvetage.

La crise que traverse Air Algérie n’est pas nouvelle puisqu'elle dure depuis plusieurs années. Toutefois, elle a été aggravée par la pandémie du Covid-19 qui a cloué au sol, à l’instar d’autres compagnies aériennes, sa flotte. Ainsi, les pertes occasionnées par la crise sanitaire sont estimées à 40 milliards de dinars, soit environ 250 millions d’euros. Et selon les projections, elles devraient dépasser les 80 milliards de dinars, sachant qu'avec les 56 appareils de la flotte, globalement cloués au sol, la compagnie n’a transporté que 1,5 million de passagers en 2020, contre 17 millions en 2019. C’est dire que la situation est catastrophique.

Mais, si face à la crise sanitaire qui a durement touché les compagnies aériennes africaines, certaines ont réussi à s’en sortir en innovant comme Ethiopian Airlines ou à limiter la casse en mettant en place des plans de restructuration devant leur permettre de traverser cette période de turbulences, Air Algérie a brillé par son statu quo.

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Aucun plan de sauvetage n’a été mis en place, l’instabilité au niveau du ministère et de la direction de la compagnie n’aidant pas. En janvier dernier, le ministre des Transports Lazhar Hani et le PDG d’Air Algérie, Bekhouche Allache, ont été limogés par le président Abdelmadjid Tebboune, suite à une opération d’importation, par la compagnie, de fournitures, liée à l’activité de catering alors que les autorités sont engagées dans une politique de gestion rationnelle des devises.

Avant son limogeage, l’ancien PDG avait tenté de réduire les charges d’exploitation. Il avait alors décidé des coupes de 30 à 50% sur les salaires des collaborateurs, sachant que les salaires constituent le poste le plus lourd au niveau des charges de la compagnie. A titre d’exemple, la compagnie et ses filiales (Cargo, Catering, Handling et Technics) emploient 9.600 salariés, pour une flotte de quelque 56 appareils, soit plus du triple de ses besoins en ressources humaines. Et avec une telle charge salariale, il est difficile d’être rentable sachant que pour une situation normale, les charges salariales représentent un peu plus de 30% des charges d’une compagnie aérienne.

Les salariés de la compagnie se sont opposés catégoriquement à cette décision et le management a été obligé de faire marche arrière par crainte de troubles sociaux.

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A titre de comparaison, Royal Air Maroc, avec une flotte identique de 56 appareils, ne comptait que 2.133 collaborateurs pour une masse salariale de 2,27 milliards de dirhams. Et depuis la crise, dans le cadre d’une nouvelle restructuration, la compagnie s’est engagée à réduire ses effectifs et a cédé une partie de sa flotte pour faire face à la crise. Ce sont au total 858 suppressions d’emplois qui ont été annoncées et 600 collaborateurs avaient quitté la compagnie allégeant sa masse salariale.

La seule décision, s’il en est, concerne la suspension du programme de renouvellement de la flotte vieillissante qui consistait en l’acquisition de 29 appareils. Seulement, avec une flotte ayant un âge moyen de 11 ans, l’entretien et les charges d’exploitation de certains vieux appareils plus consommateurs en fuel deviennent lourds.

En clair, cette décision n’est pas la meilleure au moment où la compagnie est appelée à plus de compétitivité pour faire face à la concurrence d’autres compagnies, notamment Air France et Turkish Airlines.

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Seulement, l’abandon du programme de renouvellement du parc n’émane pas du management, mais de l’Etat algérien qui avait promis 2 milliards de dollars pour l’achat d’appareils modernes et qui faisant face à une crise financière aiguë consécutive à la chute des recettes pétrolières, et donc aux réserves en devises du pays, qui ne pouvait plus honorer son engagement.

Depuis, aucune décision tendant à contribuer à la restructuration de la compagnie n’est entreprise. Du coup, les salariés qui ont peur pour leur avenir demandent la réouverture des frontières aériennes afin de sauver la compagnie. Toutefois, les autorités aériennes auraient décidé de suspendre les vols de rapatriements des Algériens entre le 1e et le 31 mars prochain, du fait des craintes des nouveaux variants du Covid-19 dans les pays européens. Une situation qui va encore aggraver la crise que traverse la compagnie. Ainsi, sans les aides publiques de l’Etat,  celle-ci risque de ne pas être en capacité de reprendre ses vols.

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Pourtant, Air Algérie a tous les moyens pour être performante. Elle bénéficie d’un prix du fuel exceptionnellement bas pour les vols au départ de l’Algérie, sachant que cette rubrique pèse énormément pour les compagnies concurrentes. Elle dispose aussi, à travers sa filiale, d'un monopole sur les lignes domestiques et ne fait pas face à une concurrence internationale acharnée sur les lignes au départ ou à destination de l’Algérie, le pays n’ayant pas signé un accord d’Open sky avec l’Europe. En outre, la compagnie bénéficie d’une forte demande de l'importante diaspora algérienne vivant en Europe.

Néanmoins, à cause d’une masse salariale exorbitante, un manque de vision stratégique, une corruption et une garantie de secours des pouvoirs publics, la compagnie Air Algérie n’arrive pas réellement à décoller en dépit de ses potentialités et avantages compétitifs.
Le 26/02/2021 Par Karim Zeidane