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Algérie: Tin-Zaouatine, un député dénonce «une prison à ciel ouvert» dont les populations se soignent chez les Français

Mise à jour le 18/06/2020 à 23h56 Publié le 18/06/2020 à 18h11 Par Karim Zeidane

#Politique
Algérie: émeute à Tin Zaouatine (Tamanrasset), un mort et plusieurs blessés

Emeute à Tin Zaouatine (Tamanrasset), le 15 juin 2020.

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#Algérie : Après les émeutes de Tin-Zaouatine, qui ont fait un mort et des blessés, un député FLN de Tamanrasset est revenu sur le malaise des habitants de la région qui vivent dans «une prison à ciel ouvert». Pire, tout manque à cette population obligée d’aller se soigner au Mali chez les militaires français!

Les autorités algériennes ont beau minimiser les émeutes de Tin-Zaoutine, il n’en demeure pas moins que le malaise dans cette région du Sud algérien est profond.

Comme celles de Tamanrasset, les populations des régions Tin Zaoutine crient leur abandon par les autorités centrales et les conditions que leur impose l’armée, au nom de ses luttes contre les terroristes et les contrebandiers. D’ailleurs, la ville de Tin-Zaouatine, située à 2.700 km au sud d’Alger, à l’instar de Tamanrasset, chef-lieu de la wilaya, est habituée aux violences.

Aussi, après les émeutes du début de la semaine à Tin-Zaouatine qui ont fait un mort et des blessés, El Bekkai El Hamal, député du Front de libération nationale (FLN) de la région de Tamanrasset, se fait l’écho du malaise des populations du sud de l’Algérie, dans un entretien accordé au quotidien algérien Liberté.


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Sans ambages, il déclare que le malaise s’explique par le fait que tout manque à ces habitants du Sud, dont l’eau, mais aussi les infrastructures routières et sanitaires.

Le problème d’accès à l’eau, fondamental dans les régions sahariennes, a été aggravé à Tin-Zaouatine par la mise en place d’une barrière en fil de fer barbelé par l’armée, coupant les populations de la principale source d’eau. Celle-ci est située en territoire malien. Selon le député de la première formation politique du pays, à cause de ces barbelés, «Tin-Zaouatine est devenue une prison à ciel ouvert».

C’est entre 14.000 et 15.000 personnes qui sont «emprisonnées» à Tin-Zaouatine, à cause des accusations de contrebande. Ce qui fait pester l’élu, qui souligne que «la contrebande existe partout en Algérie, et à Alger c’est avec des conteneurs, comme elle existe à Tébessa, Mostaganem et Tlemcen. A Tamanrasset il y a, certes, des contrebandiers, mais ils sont connus», avant de se demander: les «14.000 habitants sont-ils tous des contrebandiers?»


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Cet enfermement de la population explique le ras-le-bol de la population, qui s’est décidée à enlever les barbelés installés par l’armée sur la bande frontalière. À la suite de quoi, les heurts ont éclaté entre les deux parties. Aux jets de pierres des jeunes de la ville, les militaires ont riposté par des tirs à balles réelles, tuant un des habitants et en blessant 4 autres, a-t-il expliqué.

Rappelons qu’après cette émeute, les autorités nationales se sont réunies avec les représentants de la population et les autorités locales, dans le but d’apaiser la situation. Il a été décidé de «l’enlèvement définitif de la ligne de séparation» érigée à la frontière, et d'y substituer «un rempart tout au long duquel seront disposées cinq portes, afin de permettre aux personnes autorisées, notamment les éleveurs nomades, de le traverser en toute liberté», selon une annonce faite par un membre de l’Assemblée populaire communale de Tin-Zaouatine.


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Seulement, comme le souligne le député, les revendications des populations de Tin-Zaouatine vont au-delà de la disparition de cette clôture de barbelés. En effet, à l’instar des villes des régions du Sud, les revendications, maintes fois rappelées lors des manifestations et émeutes, au cours de ces dernières années, concernent, entre autres: la construction de routes pour désenclaver la ville; la création d’emplois pour réduire le chômage des jeunes ainsi que la tentation à la contrebande; de favoriser l’accès à l’eau; la création d’infrastructures sanitaires, etc.

A titre d’illustration, le déficit en infrastructure sanitaire est tellement accablant que les gens partent se soigner du côté malien, à l'hôpital militaire que l’armée française a installé au nord du Mali, selon le député El Bekkai El Hamal.


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«Imaginez qu’une partie de la population de Tin Zaouatine va se soigner à Tessalit (distante de 80 km de la ville), dans un hôpital de l’armée française, grâce notamment à la qualité des prestations et à la proximité géographique. Demain, certains pourront alors dire que "la France nous veut du bien". Cela se produit jusqu’à présent. Et cela pose problème», a souligné le député.

Le malaise est tellement profond que les populations et les représentants politiques de la région ont perdu confiance vis-à-vis de l’autorité centrale. «Depuis mon jeune âge, je n’entends que des promesses. Je vous donne un exemple: on nous a promis de l’eau à partir de Tin-Zaouatine ou Timiaouine. L’étude a été faite. Mais il n’y a toujours rien», explique-t-il. Et cette fois-ci encore, les populations ont adressé un message direct au président Abdelmadjid Tebboune, dans lequel elles listent leurs revendications.



Le 18/06/2020 Par Karim Zeidane