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Affaires Crypto Ag: voici les 18 pays africains espionnés pendant des décennies par la CIA et les services secrets allemands

Mise à jour le 17/02/2020 à 11h29 Publié le 17/02/2020 à 10h41 Par Moussa Diop

#Politique
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#Autres pays : La CIA américaine et les services de renseignements allemands (BND) ont espionné 18 pays africains, dont l’Algérie et le Maroc, et plus d’une centaine d’autres pays, pendant des décennies par le biais de l’entreprise suisse Crypto Ag. Un scandale qui questionne la protection des pays d'Afrique.

Crypto Ag est au cœur d’un scandale mondial d’espionnage, révélé par une émission, Rundschau, de la télévision suisse-alémanique SRF,  le mardi 11 février dernier.

L'émission a ainsi informé les téléspectateurs que la CIA, ainsi que les services de renseignements allemands de la BND auraient, durant des dizaines d’années, intercepté des milliers de documents issus de plus de 100 pays, via les appareils de chiffrement de l'entreprise suisse Crypto Ag. 

L’affaire, qui fait actuellement scnadale, avait également été traitée, le même jour, par un consortium de médias, dont le journal américain The Washington Post, la chaîne de télévision allemande ZDF, en plus de la radio-télévision suisse SRF, dont le travail d'investigation des journalistes a pu prouver que les services secrets américains et allemands ont espionné plus de 120 pays, dont 18 pays africains, y compris l'ensemble des pays du Maghreb –Maroc, Algérie, Libye, Tunisie-, et ce, durant plus de cinquante ans.


La CIA et la BND se sont appuyés sur Crypto Ag,entreprise pionnière dans le cryptage de documents, dont les locaux se trouvent dans le canton de Zoug, du nom d'une petite ville suisse-allemande à mi-chemin entre Zurich et Lucerne.


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Les pays africains concernés par cet espionnage américano-allemand sont l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Angola, l’Egypte, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Libye, Maurice, le Maroc, le Nigeria, la République du Congo, la République Démocratique du Congo, le Soudan, la Tanzanie, la Tunisie et le Zimbabwe.

Il s'agit là des des pays les plus importants, par leur poids économique, du continent, et sont jugés "stratégiques et/ou pétroliers": ce sont là les raisons pour lesquelles les Etats-Unis ont eu besoin de soutirer des informations stratégiques à leur sujet. 

De nombreuses représentations diplomatiques des pays ciblés qui ont ainsi, en toute discrétion, été "équipés" par la technologie d'espionnage développée par Crypto Ag.



Une technologie qui a ensuite permis aux Etats-Unis d’accéder à des renseignements dits "critiques" dont de nombreuses conversations entre responsables officiels.

En Egypte, l'espionnage mis en place par Crypto Ag a ainsi permis, en 1978, de renseigner les Etats-Unis, alors dirigées par Jimmy Carter, sur les positions du président de cette époque, Anouar Sadate, pendant les négociation de l’accord de Camp David avec Israël. 


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Ce que ces Etats espionnés ne savaient pas, c’est que Crypto Ag était, depuis 1970, la propriété de la CIA.

Mais cette entreprise suisse-allemande est b ien plus ancienne: en partenariat avec les services de renseignement allemands, Crypto Ag a fourni des informations aux services de renseignement américains dès 1955, grâce à un accord entre le fondateur de Crypto, un Suédois d’origine Russe, Boris Haguelin, qui avait conçu des machines cybernétiques qui chiffraient les communications des nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Autre fondateur de cette entreprise: William Friedman, qui a été l’un des pfondateurs de la NSA, l’agence chargée de l’écoute des télécommunications aux Etats-Unis.

En clair, durant 63 ans, cette entreprises a permis à la CIA de décrypter facilement des documents qui avaient été préalablement cryptés.

L’astuce était, en fait, très simple. Selon le Wahington Post et les chaînes allemandes ZDF et suisse SRF, à l’origine de l’enquête d'investigation, les services de renseignements allemands et américains espionnaient les pays clients en leur fournissant des appareils de l’entreprise suisse Crypto Ag, qui étaient, en fait, truqués, dans le but de pouvoir facilement briser les codes d'envoi de messages cryptés utilisés par les pays espionnés.

La CIA et la NSA ont ainsi contrôlé l'ensemble des aspects des opérations menées par Crypto Ag, depuis la technologie utilisée, en passant par le trucage de ses algorithmes et en ciblant ses acheteurs, selon le Washington Post.

Crypto Ag a donc vendu ses produits à 120 pays, dont ceux du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Amérique du Sud.


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Au départ, cette opération avait été baptisée «Thesaurus», avant qu'elle ne change de nom et devienne «Rubicon», après le retrait des Allemands d'entreprise Crypto Ag en 1993.

La CIA américaine a poursuivi ses opérations d'espionnage via cette entreprise suisse, qui lui appartenait, jusqu’en... 2018.

En Suisse, ce qui est aujourd'hui scandale porte un sérieux coup à l'image de neutralité prônée par ce pays, mais entâche aussi le sentiment de sécurité et de confiance que souhaite véhiculer la Suisse.

Ces révélations portent également préjudice à l’attractivité de ce pays pour maintes sociétés étrangères, et ce, d’autant que Crypto Ag, à l’origine de ce scandale possède une "société-sœur", InfoGuard, dont les produits sont utilisés par les plus grandes banques suisses.

Selon l’enquête des médias américain, suisse et allemands, Israël, le Royaume-Uni, la Suisse et la Suède n'ignoraient pas cette affaire d’espionnage et avaient même bénéficié de renseignements fournis par la CIA et les services secrets allemands.

Idem pour la France, qui avait montré son intérêt pour le rachat de Crypto Ag.


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Ce nouveau scandale révèle, enfin, les lacunes dont font encore preuve des pays africains dans la protection de leurs données, en continuant à faire confiance de manière aveugle aux entreprises européennes et américaines, lesquelles en profitent pour placer à leur insu des algorithmes qui leur permettent ensuite d’avoir accès à des informations pourtant top secret, de pays qui leur ont fait confiance.

Un espionnage qui se poursuit encore de nos jours, alors même que beaucoup d’entreprises publiques, d’institutions étatiques et militaires africaines bénéficient encore de «dons» en matériel informatique de la part de pays développés.

Or, ce matériel généreusement octroyé par ces super-puissances est souvent piégé, pour que celles-ci puissent leur soutirer des informations de première main.
Le 17/02/2020 Par Moussa Diop

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